Ça roule pour le Guyana

Depuis son avènement en 1920, le football "made in Guyana" n'a jamais marqué de son empreinte les compétitions de la CONCACAF. Coincée au nord-est de l'Amérique du Sud, au beau milieu de la jungle, cette ancienne colonie anglo-hollandaise de 700 000 habitants a aujourd'hui prouvé qu'elle pouvait légitimement prétendre participer à sa première phase finale de Coupe du Monde de la FIFA.

Après une série de 14 matches sans défaite en 2005 et 2006, les Guyanais ont fait un bond de 95 places au Classement mondial FIFA/Coca-Cola et occupent aujourd'hui le 111ème rang. Ce résultat leur a conféré le statut de tête de série numéro 12 de la Zone CONCACAF pour la phase préliminaire de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010.

"Notre progression au cours des dernières années a été incroyable", déclare Randolph Jerome, l'attaquant vedette de la sélection, à FIFA.com. "On ne sait pas grand-chose de nous. On me demande toujours : Guyana est-t-elle une île ? Comment l'épelez-vous ? Mais maintenant, les gens commencent à savoir qui nous sommes'', conclut-il.

Un petit but de différence
Malgré le coup d'arrêt donné à sa longue série de matches sans défaite par St Vincent, en janvier 2007, la sélection du Guyana récolte encore les fruits des transformations opérées depuis quelques années. Le point culminant de son ascension coïncide avec sa qualification pour la phase finale de la Coupe des Caraïbes, en 2006.

Après avoir engrangé quatre points en phase de poules grâce à une victoire sur la Guadeloupe et un nul face à Cuba, elle s'est vue privée de demi-finale pour un petit but de différence. Cette verdict cruel signifiait en outre que les Jaguars ne participeraient pas à leur première Gold Cup de la CONCACAF, en 2007.

Pour Randolph, qui a marqué 10 buts en 20 sélections, la Coupe des Caraïbes a été la source d'une "énorme désillusion" ; une déception à la mesure des ambitions d'une équipe en pleine progression. La raison de la récente embellie est toute simple selon l'attaquant, qui, en 2008, a déjà inscrit deux buts en trois rencontres pour son équipe de troisième division américaine, Cleveland City Stars.

Un homme avec des idées
"Tout cela, nous le devons à Shabazz", affirme Randolph en référence au sélectionneur Jamal Shabazz.

Il fallait un homme comme Shabazz pour rassembler les joueurs et donner à l'équipe la cohérence et la combativité nécessaires
Randolph Jerome, attaquant du Guyana à propos de l'apport du sélectionneur Jamal Shabazz

Le Trinidadien, qui a pris les commandes en 2005, a insufflé au groupe un professionnalisme et un optimisme qui lui faisaient cruellement défaut.
"Il y a toujours eu des footballeurs de talent au Guyana", poursuit Randolph, qui, comme beaucoup de joueurs guyanais, a fait ses débuts dans la Premier League de Trinidad. " ." Et le longiligne attaquant de conclure : "Il est arrivé avec des idées et des schémas tactiques dont il était persuadé qu'ils marcheraient".

L'actuelle sélection de Guyana compte douze joueurs évoluant dans l'élite professionnelle de Trinidad-et-Tobago, patrie de Shabazz. Parmi eux, cinq proviennent de Caledonia AIA, jadis entraîné par l'actuel sélectionneur. Quelques-uns jouent encore dans le championnat amateur local et dans les différentes ligues semi-professionnelles des Etats-Unis et du Canada. Un joueur, Shawn Beveney, est même installé en Angleterre où il joue pour Lewes FC. L'intérêt affiché Hereford et Leeds United pourraient même en faire très bientôt le premier Guyanais à exercer ses talents de professionnel en Europe.

D'autres pourraient le rejoindre sur le Vieux Continent dans les années à venir si les Jaguars poursuivent sur leur lancée. "Depuis que nous (la Fédération guyanaise) avons un site web et que nous obtenons des résultats, beaucoup de gens nous contactent dans l'espoir de jouer pour nous !"

Entrée en lice contre le Surinam
Dispensés de premier tour, les Guyanais entament leur campagne qualificative pour Afrique du Sud 2010 en juin avec une double confrontation avec leurs voisins du Suriname, vainqueurs de Montserrat 7:1 au tour précédent. Au vu de leur forme actuelle, les Jaguars partent grands favoris.

Mais Randolph ne veut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué...
" ", confie l'ancien sociétaire de la première division libanaise. "Nous sommes vraiment satisfaits de la direction prise par le football guyanais. Nous attendons avec impatience le début des hostilités."

On le voit, les Golden Jaguars sont prêts à rugir avec les grands. Etats-Unis, Mexique et autres nations-phares de la CONCACAF n'ont qu'à bien se tenir.