Sous un ciel espagnol bleu azur, les deux meilleures équipes dans la Coupe du Monde de la FIFA, Espagne 1982 - l'Italie et la République Fédérale d'Allemagne - se sont disputé une finale que tout le monde attendait et peu parmi les millions de spectateurs de la rencontre ont été déçus. Une deuxième mi-temps maîtrisée par les Italiens leur a permis de soulever leur premier trophée de Coupe du Monde de la FIFA depuis 1938. De leur côté, les Allemands devaient attendre jusqu'à l'Italie 90 pour accomplir leur triplé de champions du monde.


Les deux formations alignent une pléthore de joueurs hors pair : Dino Zoff, Giuseppe Bergomi, Claudio Gentile, Marco Tardelli et un certain Paolo Rossi d'un côté ; Hans-Peter Briegel, Paul Breitner, Bernd Forster, Pierre Littbarski et Karl-Heinz Rummenigge de l'autre. On peut s'attendre à quatre-vingt-dix minutes de football-spectacle.


En place dès le début


Le coup d'envoi est donné par la Squadra Azzurra, qui cherche immédiatement à imposer son rythme. Mais ce sont les Allemands, entraînés par Jupp Derwall, qui se créent la première occasion après deux minutes de jeu. Littbarski s'échappe sur la gauche, donne en avant pour Klaus Fischer, qui lui remet instantanément. L'ailier, connu sous le nom de "Litti", décoche une frappe assez facilement maîtrisée par Zoff, le légendaire gardien italien.


Quelques minutes plus tard, c'est au tour du capitaine allemand Rummenigge de s'illustrer. Dans la surface de réparation, il élimine Bergomi et Antonio Cabrini, mais son tir en pivot passe largement à côté du but défendu par Zoff. À la cinquième minute, une collision au milieu du terrain entre Wolfgang Dremmler et Francesco Graziani voit le banc italien se lever comme un seul homme. Sur cette charge de l'épaule virile du colosse allemand, Graziani retombe malencontreusement sur l'épaule. M. Arnaldo Coelho, l'arbitre brésilien, fait signe de continuer à jouer. L'Allemagne poursuit son action sur le flanc gauche, alors que sur la ligne médiane, l'avant-centre italien se tord de douleur, le visage grimaçant.


Finalement, Graziani se relève et reprend le jeu, non sans difficultés. Deux minutes plus tard, l'attaquant italien, visiblement diminué, laisse sa place à Alessandro Altobelli. On joue depuis sept minutes.


Dans une impasse


Après un début de partie sur les chapeaux de roues, le jeu se calme. Les Allemands essaient à deux reprises de passer par la droite, mais les efforts de Littbarski et de Rummenigge échouent sur une défense italienne menée de main de maître par le jeune Bergomi.


Au cours du quart d'heure suivant, les deux équipes butent l'une sur l'autre, se neutralisant en milieu de terrain sans réussir à porter le danger devant le but adverse. Seul moment chaud : à la 23ème minute, un dégagement raté de Bernd Forster frôle la barre du gardien allemand, Harald "Toni" Schumacher. Sur le corner, la balle flottante de Bruno Conti n'inquiète pas les Blanc et Noir.


Quelques instants plus tard, Altobelli déborde sur la gauche, centre dans la surface à destination de Conti, marqué de près par Briegel. Conti s'écroule sous la charge du défenseur allemand et l'arbitre n'hésite pas à indiquer le point de penalty. Les joueurs de la Mannschaft se précipitent vers M. Coelho en protestant, mais l'arbitre ne revient évidemment pas sur sa décision.


Face à face entre Antonio Cabrini et Schumacher : c'est le gardien allemand qui semble le moins nerveux. Cabrini s'élance, frappe, et le ballon file à l'extérieur du montant droit. L'Italie vient de gâcher une occasion de prendre l'avantage.
Dans un match jusqu'ici correct, le premier avertissement revient à Bruno Conti, pour une faute sur Karl-Heinz Forster à la 31ème minute. Ce carton jaune et le penalty manqué sont à peu près les seuls faits marquants d'une première période plutôt décevante.


Les deux équipes devront se montrer plus entreprenantes pour prétendre au titre de champion du monde. La mi-temps donne un quart d'heure au sélectionneur italien Enzo Bearzot et à son homologue allemand Jupp Derwall pour réviser leur tactique en vue des 45 minutes à venir.


Qui est le patron ?


La reprise débute par une attaque de Rummenigge et de Manfred Kaltz, qui essaient de mettre du rythme dans la partie en s'infiltrant dans le camp italien. Ce mouvement se termine par un coup franc à moins de 20 mètres du but de Zoff, qui n'est pas inquiété. Progressivement, le milieu de terrain italien impose sa domination. Les hommes de Derwall tentent d'opposer leur force physique à la supériorité technique des Transalpins. Mais il en faut plus pour désarçonner les Azzurri. Partant de l'arrière et procédant en passes courtes et précises, ils font peser une pression croissante sur la défense allemande.


À la 57ème minute, alors que le match devient un peu brouillon, Uli Stielike déstabilise Bruno Conti sur la gauche. Le coup franc qui suit est dégagé par la défense allemande, mais pas assez loin se sa surface. Conti récupère le ballon aux 30 mètres.


Rummenigge crochète l'attaquant italien par derrière, ce que l'arbitre ne manque pas de sanctionner. Pendant que les Allemands protestent, Tardelli joue rapidement le coup franc en direction de Gentile, démarqué sur la droite. Ce dernier centre du bord de la surface. Le ballon échappe à Altobelli, mais pas à Rossi, pour qui le moment est venu de montrer pourquoi il est considéré comme l'un des meilleurs buteurs italiens de tous les temps. Il est là pile à l'heure pour placer une tête puissante qui propulse le ballon du 1-0 au fond des filets. Une nouvelle fois, les Allemands protestent, demandant un hors-jeu. En vain. L'Italie mène au score.


Les Allemands se livrent


L'Allemagne est maintenant obligée d'attaquer pour conserver une chance de victoire. Stielike montre l'exemple, en se portant de plus en plus fréquemment aux avant-postes pour aider ses attaquants. Fischer, Rummenigge et Littbarski mettent tout en œuvre pour trouver des ouvertures aux abords de la surface italienne. Mais la défense transalpine tient bon et réussit à repousser les assauts allemands.
Derwall doit trouver une solution. À la 62ème minute, il décide de renforcer son attaque. Le chemin de l'égalisation passant peut-être par les airs, il fait entrer Horst Hrubesch. Quelques minutes plus tard Kaltz, son complice à Hambourg, lui adresse un de ces centres fuyants dont il a le secret. La tour de contrôle allemande devance Zoff, mais son coup de tête n'est pas placé.


Depuis le but de Rossi, le match s'est emballé. À la 69ème, Scirea part une nouvelle fois de sa propre moitié de terrain à toute allure. Arrivé au niveau de la ligne médiane, il renverse le jeu sur la droite. Altobelli s'empare du ballon et, aux abords de la surface, élimine Briegel d'une belle feinte de corps. Il transmet à Rossi, qui lève la tête et adresse un centre à ras de terre dans la course de Scirea. Le joueur de la Juventus choisit de ne pas tirer. Il talonne pour Rossi, qui a trouvé le temps de se démarquer dans la surface allemande. L'auteur du premier but remet à Scirea, qui sert Tardelli à 17 mètres du but, en position légèrement excentrée. Tardelli tombe, mais réussit quand même à frapper le ballon. Son tir vient se loger dans le coin inférieur droit du but de Schumacher, qui n'était pas sur ses appuis. L'Italie a deux buts d'avance.


L'Italie dans le rythme


Ce qui se produit alors est resté gravé à jamais dans la mémoire du football. Tardelli se relève et court en direction de son banc, situé au niveau de la ligne médiane, où l'entraîneur et les remplaçants sont en train de se féliciter. Alors que la foule exulte, le visage de Tardelli à cet instant n'est que pure extase.
Dans la loge présidentielle, on surprend le chef d'État italien Alessandro Pertini, assis à côté du roi d'Espagne Juan Carlos, debout les bras en l'air. Ce deuxième but a un goût d'irréversible.


L'Allemagne a maintenant 20 minutes pour marquer deux fois et décrocher la prolongation. Derwall procède à un nouveau changement. Il joue son va-tout en faisant entrer Hansi Mueller à la place de Rummenigge. Le capitaine allemand n'en peut plus. Le jeu devient de plus en plus haché. Stielike bouscule l'arbitre et s'en sort à moindres frais, avec seulement un carton jaune.


La Mannschaft doit absolument inscrire un but pour revenir dans le match. Mais ses attaques sont de plus en plus décousues et trahissent un sentiment de désillusion. Le double vainqueur de la compétition tente de se remettre en course par des longues balles dans la surface ou par des tirs lointains et hasardeux. Sans succès.
À la 81ème minute, l'Italie tue ce qu'il restait de suspense. Conti part de sa moitié de terrain et se dirige vers le camp adverse. La défense allemande étant placée assez haut, Conti a tout le temps de trouver Altobelli, libre de tout marquage à 11 mètres du but. Schumacher sort, mais l'attaquant italien réussit à glisser la balle hors de portée du gardien allemand. Avec ce troisième but à neuf minutes du coup de sifflet final, l'Italie peut déjà se considérer comme triple vainqueur de la Coupe du Monde de la FIFA.


Le match se termine sur le score de 3-1, Breitner ayant sauvé l'honneur à sept minutes de la fin. La réaction du défenseur chevelu symbolise parfaitement l'humeur dans le camp allemand : aucun signe de joie, aucun sourire, seulement le regard résigné d'un homme conscient de l'échec de son équipe, qui n'a jamais pu remettre en question l'emprise des Italiens sur ce match. L'extraordinaire demi-finale contre la France a-t-elle laissé trop de traces chez les Allemands ? La Squadra Azzurra était-elle simplement trop forte ce soir-là ? Une chose est sûre : en 1982, en Espagne, les qualités techniques des Sud-européens en ont fait des Champions du Monde dignes de ce nom.