Tous les footballeurs connaissent des hauts et des bas dans leur carrière. Pour certains, on peut même parler de véritables montagnes russes, parfois en l'espace d'un seul match. Le destin d'Ahn Jung-Hwan a basculé en 120 minutes, le temps pour lui d'inscrire le but en or qui a donné la victoire à la République de Corée sur l'Italie dans la Coupe du Monde de la FIFA 2002.

Sur leur lancée, les Guerriers Taeguk ont ensuite atteint les demi-finales, ce qui représente à ce jour la meilleure performance d'une équipe asiatique dans cette compétition. Ironie du sort, le but marqué par Ahn face aux Azzurri a sonné le glas de sa carrière en Serie A. Huit ans après les faits, FIFA.com revient sur ce moment inoubliable qui a marqué à jamais l'histoire de deux péninsules.


18 juin 2002, Stade de la Coupe du Monde de la FIFA de Daejeon, République de Corée
République de Corée 2:1 a.p. Italie
Buts : Vieri (18') pour l'Italie ; Seol (88') et Ahn (117') pour la République de Corée

République de Corée : Lee Woon-Jae - Choi Jin-Cheul, Hong Myung-Bo (Cha Doo-Ri, 83'), Kim Tae-Young (Hwang Sun-Hong, 63') - Song Chong-Gug, Yoo Sang-Chul, Kim Nam-Il (Lee Chun-Soo, 68'), Lee Young-Pyo - Park Ji-Sung, Ahn Jung-Hwan, Seol Ki-Hyeon

Italie : Buffon - Iuliano, Maldini, Panucci, Coco - Zambrotta (Di Livio, 72'), Zanetti, Tommasi - Del Piero (Gattuso, 61'), Totti, Vieri


A l'époque

A l'heure d'aborder le premier tour, la République de Corée n'a qu'un objectif en tête : remporter enfin un match de Coupe du Monde de la FIFA. Quelques jours plus tard, les hommes de Guus Hiddink ont déjà largement rempli leurs objectifs. En dominant la Pologne et le Portugal, ils ont gagné leur billet pour le second tour. On se dit alors que, face à un adversaire du calibre de l'Italie, les Sud-coréens se contenteront sans doute d'une performance honorable, sans se soucier du résultat. C'est mal connaître le technicien néerlandais qui, tout au long du tournoi, ne cesse de répéter : "Nous avons encore faim". Malgré cette belle assurance, sa décision d'assister au huitième de finale entre l'Espagne et la République d'Irlande à Suwon est accueillie avec scepticisme. Pour beaucoup, Hiddink ferait mieux de se concentrer sur la préparation de son équipe, plutôt que de se soucier d'un possible futur adversaire.

De son côté, l'Italie cherche toujours un match référence après ses prestations en demi-teinte contre la Croatie et le Mexique. En outre, les joueurs doivent maintenant s'acclimater à la République de Corée, après avoir passé le premier tour au Japon. L'ambiance reste néanmoins au beau fixe chez les Azzurri. Avant le match, Francesco Totti prédit : "Un but suffira à battre les Coréens".

Le match
Avant même le coup d'envoi, les hommes de Trapattoni se retrouvent plongés dans une atmosphère particulièrement impressionnante. Dans les tribunes, une banderole annonce : "AGAIN 1966". Visiblement, les supporters sud-coréens n'ont pas oublié l'exploit de la RDP Corée face à ces mêmes Italiens, 36 ans auparavant en Angleterre.

Privé de sa charnière centrale Fabio Cannavaro - Alessandro Nesta, Giovanni Trapattoni décide de titulariser pour la première fois Francesco Coco et Mark Iuliano sur les côtés. Parallèlement, Christian Panucci est rapatrié dans l'axe pour évoluer aux côtés de Paolo Maldini. Malheureusement, cette défense remaniée peine à trouver ses marques et, après cinq minutes de jeu seulement, Panucci déséquilibre Seol Ki-Hyeon en pleine surface de réparation. Ahn Jung-Hwan se charge d'exécuter la sentence mais son penalty est brillamment repoussé par Gianluigi Buffon.

Comme prévu, l'Italie ouvre le score. A la 18ème minute de jeu, Christian Vieri saute plus haut que tout le monde pour reprendre de la tête un corner tiré de la gauche par Totti. Forts de cet avantage, les Azzurri se replient alors en défense et se contentent de laisser venir leurs adversaires. De leur côté, les Sud-coréens maintiennent la pression et se procurent plusieurs occasions. Par deux fois, Ahn passe tout près d'égaliser avant la mi-temps.

A l'heure de jeu, Hiddink tente le tout pour le tout et fait entrer trois attaquants supplémentaires. Conscient du danger, Trapattoni réplique en introduisant Alessandro del Piero et Gianluca Zambrotta. La République de Corée obtient finalement l'égalisation après laquelle elle courait depuis si longtemps. A deux minutes du terme, Seol récupère un mauvais dégagement de Panucci et glisse le ballon dans l'angle opposé du but, pour la plus grande joie des spectateurs présents.

La prolongation se déroule sur le même schéma. La situation va même sérieusement se dégrader pour les Italiens avec l'exclusion de Totti, averti pour la deuxième fois de la partie. La République de Corée arrache finalement la décision à trois minutes du coup de sifflet final, lorsqu'Ahn reprend de la tête un centre du latéral Lee Young-Pyo.

Le héros
Redoutable d'efficacité, Ahn Jung-Hwan a longtemps été réputé pour la précision de ses frappes du droit, avant d'accéder au statut de légende en marquant de la tête contre l'Italie. Il inscrira son troisième but en Coupe du Monde de la FIFA contre le Togo, à Allemagne 2006. Il reste à ce jour le meilleur réalisateur sud-coréen dans l'épreuve suprême.

Entendu...
"On dit toujours que les buts victorieux ne s'oublient pas et c'est bien vrai. En plus, on se souvient toujours d'un but marqué en Coupe du Monde" - Ahn Jung-Hwan, attaquant de la République de Corée

"Nous aurions pu et nous aurions dû gagner ce match mais nous n'avons pas fait ce qu'il fallait pour ça" - Giovanni Trapattoni, sélectionneur de l'Italie

Et après ?
La République de Corée bat l'Espagne au tour suivant et se qualifie pour les demi-finales, où elle s'incline sur la plus petite des marges face à l'Allemagne. De son côté, Ahn est licencié par les dirigeants de Pérouse, qui ne lui pardonnent pas le but inscrit contre l'Italie. La suite de sa carrière le mène successivement au Japon, en France, en Allemagne, en République de Corée et, plus récemment, en RP Chine. Suite à son but, l'attaquant sud-coréen est donc devenu l'un des joueurs les plus "internationaux" de l'histoire de la sélection. De son côté, l'Italie se consolera de son échec en Asie en remportant la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2006 aux dépens de la France.