Seize ans après, les supporters japonais n'ont toujours pas oublié ce qu'ils appellent "l'Agonie de Doha", survenue le 28 octobre 1993. Ce jour-là, les Nippons ont concédé une égalisation dans le temps additionnel qui a enterré leurs rêves de Coupe du Monde de la FIFA. Suite à ce résultat, le Pays du soleil levant sera devancé par l'Arabie saoudite et par son meilleur ennemi, la République de Corée, qui décrocheront les deux sésames asiatiques pour Etats-Unis 94.

FIFA.com revient sur ce match capital que le football japonais n'est pas fier de posséder à son patrimoine.

28 octobre 1993, Stade Al-Ahli, Doha, Qatar
Irak 2:2 Japon
Buteurs : Japon (Miura 5', Nakayama 69'), Irak (Radhi 55', Salman 90'+1)
Japon : Matsunaga, Horiike, Ihara, Hashiratani, Katsuya, Moriyasu, Ramos, Yoshida, Hasegawa (Fukuda 59'), Nakayama (Takeda 81'), Miura

Irak : Saad, S. Hussein, S. Radhi, Hassan, Abdul, Hamed (Hanoon 71'), Jassim (Salman 45'), Minshed, L. Hussein, Kadhim, A. Radhi.

A l'époque
La dernière phase des éliminatoires asiatiques met aux prises six sélections. A une journée du dénouement, le Japon conserve une petite avance dans un tableau très serré où cinq pays peuvent toujours rêver des Etats-Unis. Les Blue Samouraïs n'ont jamais été aussi près de décrocher leur première qualification à l'épreuve suprême, mais avant d'exulter, ils doivent affronter un gros client, l'Irak, présent à Mexique 1986. Avant la rencontre, les Japonais savent qu'un nul pourrait être suffisant en cas de résultats favorables dans les autres confrontations. Quant aux Irakiens, ils sont toujours en course, mais ils doivent absolument prendre les trois points et bénéficier d'issues propices par ailleurs.

Le match
Dès la cinquième minute, l'attaquant Kazuyoshi Miura offre un départ de rêve à son équipe. Bien placé, il ouvre le score de la tête suite à un boulet de canon du milieu de terrain Kenta Hasegawa repoussé par la transversale. Compacts dans l'entrejeu, les hommes de Hans Ooft sont rarement inquiétés en première période.

Après la pause, l'Irak présente un visage radicalement différent. Alors que la chaleur étouffante de la capitale qatarie commence à faire son oeuvre sur les organismes japonais, Ahmed Radhi égalise au bout d'une course rageuse, dix minutes après la reprise. Mais un petit quart d'heure plus tard, Masashi Nakayama remet les siens dans la course à la qualification. Sur une balle en profondeur du stratège Ruy Ramos, il déjoue le piège du hors-jeu et s'en va marquer.

L'Irak ne baisse pas les bras et continue à mettre la pression sur son adversaire. Il sera récompensé de ses efforts dans le temps additionnel, lorsque Jaffar Salman reprend de la tête un centre d'Ala Kadhim. En l'espace d'une seconde, les joueurs japonais passent du rêve au cauchemar. Alors qu'ils tenaient une qualification espérée depuis si longtemps, ils viennent de tout perdre. Les Samouraïs s'écroulent, le ciel vient de leur tomber sur la tête. Le coup d'envoi n'est qu'une formalité, qui permet à l'arbitre de siffler la fin de la rencontre. L'haletante victoire 4:3 de l'Arabie saoudite contre l'Iran et le succès 3:0 de la République de Corée contre son voisin septentrional condamnent le Japon à la troisième place à la différence de buts. Jamais il n'avait échoué aussi près du but.

Malgré cette égalisation, les Irakiens ne passeront pas non plus, terminant à deux longueurs du bon wagon. S'ils n'ont pas disputé de Coupe du Monde de la FIFA depuis 1986, ils ont goûté à la gloire continentale en remportant la Coupe d'Asie 2007, un titre synonyme de qualification pour la Coupe des Confédérations de la FIFA, Afrique du Sud 2009 du mois prochain.

Le héros
Par ses dribbles déroutants et sa soif de buts, Miura aura été le fer de lance du Japon. C'est d'ailleurs lui qui avait signé l'unique réalisation de la victoire capitale contre la République de Corée trois jours plus tôt. Le "Roi Kazu" aura frappé lors de trois journées consécutives au cours de la dernière phase qualificative pour Etats-Unis 1994, en octobre 1993, mais au final, ses prouesses n'auront pas suffi à envoyer le Japon à l'épreuve suprême.

Entendu...
"Je ne me souviens pas de l'ambiance dans le vestiaire après la rencontre, ni des interviews d'après-match, ni du retour à l'hôtel en bus. Je m'étais entièrement consacré à mon rêve de Coupe du Monde. Nous avions fait tellement de stages que j'avais passé plus de temps avec mes coéquipiers qu'avec ma famille. J'avais la Coupe du Monde devant mes yeux, mais quand je suis allé la chercher, elle s'est évaporée dans les airs." Hajime Moriyasu, milieu de terrain du Japon

"Ç'a été un match magnifique entre deux équipes qui voulaient la victoire à tout prix. Même si nous n'avons pas gagné, je considère ce match comme l'un des meilleurs de ma carrière. Les Irakiens ont joué viril, mais correct, avec beaucoup de fierté. Je suis tombé sur eux à l'hôtel ce soir-là. Je me souviens qu'ils m'avaient dit que le Japon avait une équipe fantastique. Je les ai remerciés et je leur ai dit qu'eux aussi, avaient une équipe fantastique." Ruy Ramos, milieu de terrain du Japon

Et après ?
Le Japon enterrera ses démons de Doha en se qualifiant pour France 1998. Takeshi Okada remplacera Shu Kamo en 1997 après une série de résultats décevants en début de campagne. Ce changement d'entraîneur métamorphosera l'équipe, qui arrachera sa qualification grâce à une victoire 3:2 en barrage contre l'Iran.