Rafael Márquez est le joueur le plus connu de la sélection mexicaine, dont il est capitaine depuis maintenant six ans. Considéré comme l'un des meilleurs joueurs du monde à son poste, le défenseur central du FC Barcelone est également l'un des piliers de la formation catalane.
Toutefois, son exclusion récente contre les Etats-Unis en éliminatoires pour Afrique du Sud 2010 a fait couler beaucoup d'encre. C'est pour parler de cela ainsi que de la situation de l'équipe du Mexique que le numéro 4 d'El Tri a accepté de répondre en exclusivité aux questions de FIFA.com.
Rafael Márquez, qu'est-ce qui vous a poussé à rompre votre silence ?
Le moment me paraît opportun, d'abord parce que je n'ai pas pu aller au Mexique cette semaine comme je l'aurais voulu. Etant suspendu, je n'aurais pas pu jouer, mais j'aurais bien aimé y être pour soutenir mes coéquipiers. Je veux également sortir du silence parce qu'il me paraît injuste de me faire porter la responsabilité des mauvais résultats du Mexique en ce moment. Le problème du football mexicain, qui a provoqué la situation actuelle, me semble beaucoup plus profond. Je pense que notre football est en perte de vitesse et j'ai jugé qu'après tout ce qui s'est passé récemment, le moment était venu de parler. Si tout le monde se tait, on sera tous perdants.
Pourriez-vous préciser ?
Beaucoup de choses se sont passées. Il faut commencer par les analyser pour savoir à quoi elles sont dues. Il n'est pas dans notre intérêt de nous porter préjudice à nous-mêmes. Cela dit, il y a des gens dans notre football - je pense en particulier aux médias - qui font dans le négatif dès qu'il s'agit de parler de l'équipe du Mexique, tout simplement parce que cela fait vendre.
Quel est le rôle des joueurs dans ce genre de situation ?
Parfois, j'ai l'impression que nous sommes laissés à notre sort. Mais en même temps, je suis bien conscient que nous sommes les seuls à pouvoir redresser la situation. Nous devons travailler avec nos moyens et surtout ne pas perdre de vue que nous n'avons plus le droit à l'erreur. En d'autres termes, nous allons devoir faire beaucoup de sacrifices pour accrocher la qualification. On en oublierait presque que nous n'en sommes qu'au début de ces éliminatoires. Mais il est certain qu'il va falloir tout donner, avec les qualités et défauts qui sont les nôtres.
Comment vous sentez-vous, un mois après votre exclusion face aux Etats-Unis ?
Plus serein. Pendant les jours qui ont suivi le match, ç'a n'a pas été évident. J'ai dû digérer mon erreur, ce qui a demandé pas mal de réflexion. Je me suis appuyé sur mon expérience. Maintenant, je suis concentré sur le Barça, je suis en forme et nous sommes toujours en course dans trois compétitions, avec de bonnes chances de les remporter. Evidemment, je suis triste de ne pas être en sélection. J'ai demandé l'autorisation de faire le voyage malgré ma suspension, mais je ne l'ai pas obtenue.
Au Mexique, on a remis en cause votre amour pour le maillot vert...
Cela vient de gens qui ne me connaissent pas, et qui d'ailleurs ne connaissent pas grand-chose aux sentiments en général. Si je n'avais pas l'amour du maillot, il y a longtemps que j'aurais arrêté en équipe nationale. Non. Je porte toujours dans mon cœur les couleurs de mon pays et je veux toujours les défendre. J'ai été dans toutes les sélections mexicaines depuis les catégories les plus jeunes et j'ai bien l'intention de continuer à servir le Mexique, et surtout de ne plus jamais répéter mon erreur. Car c'est un fait, j'ai commis une faute, qui vient de mon caractère agressif sur le terrain. Dans ce cas précis, je ne me suis pas contrôlé, mais j'en ai tiré les conclusions. Je dois apprendre à canaliser mon énergie et c'est exactement ce que je fais. Maintenant, les critiques malintentionnées à mon égard m'importent peu, car elles viennent de gens qui ne savent pas grand-chose du football.
Aujourd'hui, plusieurs internationaux mexicains évoluent en Europe. Cela a-t-il aidé El Tri ?
On s'est longtemps plaint du peu de joueurs mexicains expatriés, en particulier en Europe. Aujourd'hui, cela s'est beaucoup amélioré, mais il s'agit maintenant de travailler sur les détails. Je vais vous donner un exemple. Chaque fois que nous voyageons sur le continent américain pour disputer un match, nous faisons beaucoup plus de correspondances ou d'escales que le strict nécessaire. C'est épuisant. Je me demande au passage pourquoi il en est ainsi. Je sais que ce sont de petits détails, mais dans la réalité, ça finit par beaucoup peser.
Malgré tout, pensez-vous que le Mexique sera en Afrique du Sud en 2010 ?
Je n'ai aucun doute là-dessus et vous répondrai donc : bien sûr que oui ! Nous allons nous qualifier pour la Coupe du Monde car nous avons un bon équilibre entre une jeune génération pleine de talent et des joueurs d'expérience. Il faut en profiter.
Sven-Goran Eriksson et le groupe de joueurs que vous évoquez constituent donc la bonne formule pour obtenir la qualification ?
Oui, nous devons être nous-mêmes. C'est le seul moyen.
Que pensez-vous du Costa Rica, prochain adversaire du Mexique dans ces éliminatoires ?
C'est une équipe très difficile à jouer, comme elle l'a démontré en venant gagner au stade Azteca en 2001. Mais nous sommes très forts à domicile. De plus, les Costaricains ont déjà fait des déclarations comme quoi ils allaient gagner. Sincèrement, il est quasiment impossible que nous perdions au Mexique.
Avec le décalage horaire, le match débutera à 3 heures du matin, heure barcelonaise. Vous allez rester éveillé pour le regarder ?
Oui, absolument. Pour moi, la question ne se pose pas.
Quel message aimeriez-vous faire passer aux supporters mexicains ?
Qu'ils aient confiance en nous et qu'ils nous apportent leur soutien, car nous en avons besoin plus que jamais. Je leur demanderais également de ne pas prêter trop d'attention aux commentaires faits par certains médias mexicains. Nous avons des supporters magnifiques et j'espère qu'ils viendront très nombreux au stade Azteca.
Et au niveau personnel ?
Il m'est impossible de leur garantir que je ne serai plus jamais exclu, mais une chose est sûre : je vais faire tout mon possible pour que cela ne se reproduise pas et pour ne pas porter préjudice à l'équipe du Mexique. J'ai vécu pas mal de choses, et j'en ai toujours tiré les leçons. Cette fois, ç'a été particulièrement dur, mais en même temps c'est une bonne leçon, donc une excellente garantie pour que ça n'arrive plus.
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