À 30 ans et 74 sélections à son compteur, le défenseur central brésilien Juan Silveira dos Santos, alias Juan, en connaît un rayon sur la pression inhérente à la tunique auriverde. Fort de son vécu, le joueur de l'AS Rome mesure parfaitement la difficulté du défi proposé aux hommes de Dunga le 5 septembre prochain en Argentine, dans le cadre des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010.

Le clásico de samedi sera le troisième disputé en Argentine pour le compte de la compétition qualificative au rendez-vous suprême. Juan était présent lors des deux dernières éditions, la première fois sur le banc, la deuxième en tant que titulaire. À chaque fois, le choc avait pour cadre le Monumental de Buenos Aires et il s'était soldé par le même résultat : une défaite brésilienne.

Le 5 septembre 2001, le revers 2:1 de la Seleção de Luiz Felipe Scolari avait marqué le début d'une profonde crise. À l'époque, personne n'imaginait que cette équipe triompherait moins d'un an plus tard à Corée/Japon 2002. En juin 2005, Juan faisait partie du onze de départ lors de la défaite 3:1. L'Argentine avait fait coup double puisque cette large victoire avait fait d'elle le premier pays sud-américain qualifié pour Allemagne 2006.

Ce week-end au Gigante de Arroyito de Rosario, le Brésil a donc l'occasion d'enregistrer son premier succès en Argentine dans le cadre d'une compétition préliminaire. Ce faisant, il rendrait la politesse à son éternel rival en compostant son billet pour Afrique du Sud 2010. À quelques jours de la rencontre, Juan a accordé un entretien exclusif à FIFA.com. Le défenseur y évoque ses précédentes expériences sur le sol argentin et se projette vers le choc de ce week-end.

Que retenez-vous de ces matches de 2001 et 2005 ?
Celui de 2001 était, je m'en souviens, un match très fermé. Un Brésil - Argentine dans la plus pure tradition où ils sont revenus au score. Je pense que le résultat le plus juste aurait été un nul. En 2005, nous avons complètement raté notre premier quart d'heure et nous avons pris trois buts de suite. Ensuite, nous avons réussi à équilibrer la physionomie de la rencontre et nous avons eu des occasions de quitter Buenos Aires avec un meilleur résultat que cette défaite 3:1...

Exception faite de ces deux rencontres, le Brésil obtient de bons résultats contre l'Argentine. En 2005, 20 jours après cette défaite, il l'avait largement emporté 4:1 en finale de la Coupe des Confédérations de la FIFA. Est-ce si particulier de jouer les Argentins chez eux ?
L'Argentine est toujours un adversaire redoutable. Quand elle évolue chez elle, elle est en pleine confiance, mais c'est quelque chose de naturel chez toutes les bonnes équipes. Nous devons éviter que les Argentins montent en puissance au fil de la rencontre, comme les deux dernières fois où nous avons joué là-bas. La différence se situera dans notre capacité à imposer notre rythme dès le début.

La possibilité de réserver votre place en Afrique du Sud grâce à une victoire contre vos plus grands rivaux représente-elle une source de motivation supplémentaire ?
Notre premier objectif est de nous qualifier pour la Coupe du Monde et nous allons tout faire pour l'atteindre, quel que soit l'adversaire en face de nous. Si le match pour accomplir notre mission est celui contre l'Argentine, ce n'est que mieux. Nous allons tout faire pour assurer notre billet le plus tôt possible afin de vivre la suite des qualifications avec davantage de sérénité. Mais attention, le fait de revêtir le maillot de la Seleção constitue toujours une grosse motivation, que ce soit en match officiel ou en amical. C'est normal.

La présence de Diego Maradona sur le banc argentin ajoute-t-elle un piment supplémentaire à l'événement ?
Maradona a été un immense joueur, qui a vécu une magnifique histoire avec la sélection argentine. De même, Dunga a sa propre histoire avec le Brésil. Mais aujourd'hui, ils ne sont ni l'un ni l'autre sur le terrain. Nous respectons Maradona pour tout ce qu'il représente dans le football mondial, mais nous avons nous aussi un grand entraîneur. Une fois que le match commence, nous sommes donc sur un pied d'égalité.

Ils sont nombreux à affirmer que dans le stade Gigante de Arroyito, le Brésil ressentira encore plus de pression qu'au Monumental. Ce paramètre peut-il constituer un facteur décisif ?
Tout dépend de notre façon d'aborder le match et de le jouer. Si nous ne nous démontons pas et si nous jouons notre jeu habituel, nous aurons de grandes possibilités d'obtenir un bon résultat. Nous savons que dans le stade de Rosario, les supporters sont plus près du terrain, ce qui implique davantage de pression. De toute façon, un Brésil - Argentine est toujours un match tendu et compliqué, où qu'il se joue.

Le Brésil a toujours été reconnu pour sa puissance offensive. Aujourd'hui, les observateurs saluent également la solidité du socle défensif que vous formez avec Lúcio et Júlio César. Pensez-vous avoir atteint l'équilibre idéal avec Dunga ?
Je pense qu'après Allemagne 2006, le Brésil a commencé à accorder davantage d'importance à ses défenseurs. Dunga est pour beaucoup dans ce changement de mentalités. Il a créé les conditions nécessaires pour que tous les joueurs se sentent aussi importants les uns que les autres. Pour lui, les défenseurs sont tout aussi décisifs que les attaquants, ce qui n'était pas le cas avant. Nous, les joueurs qui formons le dispositif défensif, nous connaissons maintenant sa philosophie et ça nous donne beaucoup de confiance. La preuve, c'est que plusieurs joueurs ont eu leur chance lors de la dernière Coupe des Confédérations et qu'ils ont tous très bien réussi.

En tant que pilier de cette défense, que pensez-vous du trident argentin formé par Messi, Agüero et Tevez ?
C'est clair qu'ils font partie des meilleurs joueurs du monde et qu'il ne sera pas facile de les maîtriser. Mais de son côté, l'Argentine aura également du souci à se faire car Robinho, Kaká et Luís Fabiano traversent une période fantastique. Les deux équipes possèdent des talents individuels capables de faire la différence sur n'importe quel match. Les Argentins auront donc autant de mal que nous.