Petit, mais costaud ! Du haut de son mètre soixante-dix, Philipp Lahm compte depuis longtemps déjà parmi les grands du football mondial. Ses performances impressionnent et son avis compte. Le défenseur latéral de 25 ans, qui évolue sous le maillot du Bayern Munich, est en passe de devenir une idole du football allemand, surtout depuis ses interventions rafraîchissantes lors de la phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2006, qui se déroulait précisément dans son pays.

Depuis, Lahm a revu ses ambitions à la hausse. Le Munichois, qui affiche aujourd'hui 60 sélections, rêve de se battre pour décrocher la couronne mondiale lors de la prochaine édition de l'épreuve suprême. Or le match de samedi prochain dans le Groupe 4 des qualifications européennes déterminera peut-être l'avenir de l'Allemagne à court terme.

La Mannschaft, qui occupe la première place, affrontera son poursuivant direct, la Russie, et espère ramener au moins un point de cette confrontation pour pouvoir rester en tête du groupe et accroître ainsi ses chances de se qualifier directement pour la première Coupe du Monde de la FIFA organisée sur le sol africain. Avant le duel de Moscou, Lahm a pris le temps d'accorder une interview exclusive à FIFA.com.

Philipp Lahm, pouvez-vous envisager une Coupe du Monde de la FIFA sans l'Allemagne ?
Non, je ne peux pas l'imaginer, tout simplement parce que l'Allemagne n'a encore jamais échoué au stade des qualifications. Nous ne nous posons même pas la question de savoir si nous serons présents en Afrique du Sud.

Vous faites depuis longtemps figure de leader au sein de l'équipe d'Allemagne. Quels sont les atouts de la Mannschaft actuelle, selon vous ?
Je crois que nous formons une vétiable équipe. Nous avons également une autre force, qui est de marquer des buts. Nous sommes traditionnellement bons sur les coups de pied arrêtés, les frappes et les têtes. C'est dans la surface de réparation adverse et juste avant que nous sommes le plus dangereux. Comme nous sommes forts physiquement et que nous essayons de tirer directement au but, nous réussissons toujours à marquer.

Pourquoi l'Allemagne possède-t-elle toujours une si grande force mentale ?
Parce que l'Allemagne a été couronnée de succès par le passé et que les succès donnent des ailes aux générations qui suivent. Il suffit de regarder le palmarès de l'Allemagne dans les grands tournois. En 1954, en 1974 et en 1990, nous avons été champions du monde et en 1972, en 1980 et en 1996 champions d'Europe. Sans compter les fois où nous avons été finalistes. Nous avons donc grandi en sachant que l'Allemagne était capable d'aller en finale et de gagner.

Est-ce que toutes ces qualités vous permettront d'aborder sereinement le match de qualification sans doute décisif du 10 octobre à Moscou ?
Nous serons concentrés. C'est notre qualification directe pour la Coupe du Monde qui est en jeu, c'est clair pour tout le monde. Lors du dernier championnat d'Europe, les Russes sont allés jusqu'en demi-finale et ils avaient une très bonne équipe avec des joueurs très forts individuellement. Mais nous, nous sommes l'équipe d'Allemagne et nous allons en Russie pour gagner. Ce ne sera pas facile, mais nous serons parfaitement préparés et nous sommes premiers de notre groupe, nous devrions donc pouvoir nous en sortir, même avec un nul. Je crois en tout cas que c'est nous qui avons l'avantage.

Vous avez évoqué les talents individuels de la Russie. Avez-vous particulièrement de respect pour Andrei Arshavin ?
Oui, c'est un très très bon joueur. Il est surtout excellent en un contre un. C'est l'un des joueurs les plus dangereux de la sélection russe, il est capable de faire la différence.

L'Allemagne se rend-t-elle en Russie pour agir ou pour gérer ?
L'un n'exclut pas l'autre. Nous allons à Moscou pour imposer notre jeu sur le plan offensif. Mais nous devrons bien sûr aussi nous adapter aux Russes. Nous savons déjà qu'ils comptent dans leurs rangs des joueurs très doués individuellement et qu'ils peuvent prendre le dessus à tout moment dans les situations de un contre un, nous devrons donc leur opposer une défense compacte et une organisation efficace.

Jusqu'où pensez-vous pouvoir aller lors de la phase finale en 2010, si vous parvenez à vous qualifier ?
En premier lieu, il faut réussir à passer le cap de la phase de groupes et à accéder aux huitièmes de finale. Lors de la Coupe du Monde 2006 et de l'EURO 2008, nous avons vu ce que nous étions en mesure de faire et constaté que nous étions tout à fait capables d'aller jusqu'en finale. Je dirais que tout est possible. Mais il ne faut pas oublier que l'état de forme des joueurs pendant le tournoi est souvent déterminant, en particulier quand ce sont les meilleures nations qui s'affrontent.

Considérez-vous que l'Allemagne et la Russie font partie des meilleures nations du monde ?
Je pense que les Espagnols sont un peu plus forts que nous. Les Anglais aussi évoluent à un très bon niveau actuellement et ils possèdent un très bon entraîneur. Il ne faut évidemment pas oublier le Brésil. Mais nous comptons sûrement parmi les équipes qui ont de sérieuses chances de prétendre au titre. En tant que troisièmes de la dernière Coupe du Monde et deuxièmes du Championnat d'Europe, nous avons pour objectif d'aller jusqu'en finale et de décrocher la couronne.

Vous comptez actuellement parmi les meilleurs défenseurs latéraux au monde. Quelles qualités faut-il avoir aujourd'hui pour jouer à votre poste ?
Il faut être bon à la fois dans la construction du jeu, pour pouvoir intervenir au bon moment, et en défense. Il faut aussi être fort en un contre un, être rapide et avoir une bonne maîtrise technique. Pour moi, ce sont les facteurs déterminants.

Quand on a la réputation d'être un joueur de classe mondiale, est-ce difficile à gérer?
Je ne dirais pas que c'est difficile. En tant que joueur, on sait qu'on est toujours tenu d'être bon lors de la prochaine rencontre. Se satisfaire des compliments, ça n'a pas de sens, il faut que les bonnes performances continuent d'être au rendez-vous.

Vous êtes droitier, et pourtant c'est à gauche de la défense que vous avez percé au niveau international. Aujourd'hui, aussi bien au Bayern Munich qu'en équipe nationale, vous évoluez plus souvent à droite...
C'est clair que depuis le côté gauche, j'ai cette possibilité de rentrer dans l'axe. Mais cette saison, de nombreux buts ont été marqués sur mes centres venus de la droite. Je crois en tout cas que je peux jouer à un très bon niveau d'un côté comme de l'autre.

Malgré votre jeune âge (25 ans), vous êtes déjà très engagé sur le plan social. Que faites-vous exactement ?
En décembre 2007, j'ai créé la Fondation Philipp Lahm. Il s'agit d'encourager les enfants et les jeunes dans le domaine du sport et de la formation en Allemagne, mais aussi en Afrique. Nous avons ainsi construit un terrain de football dans les environs de Johannesburg et en Allemagne, nous avons organisé cet été pour la première fois un camp d'été avec 80 enfants. L'alimentation, la personnalité, le mouvement sont autant de thèmes qui ont été abordés lors de ce camp. Nous espérons que cela va un peu se développer ces prochaines années et que nous pourrons organiser cela dans plusieurs villes.

C'est sans doute pour vous une source d'épanouissement ?
Oui, un tel engagement est une source d'épanouissement et c'est d'ailleurs nécessaire, sinon à quoi bon faire cela ? Ça prend aussi beaucoup de temps. Mais je veux simplement pouvoir rendre d'une manière ou d'une autre la chance que j'ai moi-même d'avoir le football, une famille et des amis dans ma vie. J'espère que les 80 enfants du camp d'été ont pris du plaisir et que nous leur avons apporté quelque chose qui leur sera utile pour l'avenir. Être un modèle pour la jeunesse est aussi une mission importante à mes yeux. Tous les personnages publics, pas seulement les sportifs, devraient essayer d'assumer ce rôle.