Après le coup de sifflet final à San Salvador, Julio de León échange son maillot avec un adversaire, console deux ou trois coéquipiers, puis se dirige vers le vestiaire. Certes, le Honduras a gagné, mais ce n'est pas suffisant. Le Costa Rica est en train de réussir l'exploit aux États-Unis, aux dépens des Catrachos.

Soudain, une rumeur monte du coin de tribune réservé aux visiteurs. Le milieu de terrain hondurien lève la tête et voit les 3 000 supporters bleus et blancs plongés dans un délire collectif. Il a compris. La chair de poule lui vient. Il s'écroule sur la pelouse et se laisse envahir par la joie... et les larmes.

Cardiaques s'abstenir
Mercredi au Honduras, il ne fallait pas être cardiaque. Les matches entre les États-Unis et le Costa Rica d'un côté, le Salvador et le Honduras de l'autre, ont commencé à la même heure. À la mi-temps, les affaires honduriennes paraissent bien mal engagées. À Washington, les Ticos dominent les Américains dans le jeu et au tableau d'affichage (2:0), grâce à un doublé de Brian Ruiz. Pendant ce temps au Salvador, les Catrachos sont accrochés par les locaux, qui se défendent bec et ongles et tiennent le match nul.

Au retour des vestiaires, Carlos Pavón - qui avait manqué un penalty quelques jours plus tôt contre les États-Unis - ouvre le score pour le Honduras. Mais cela ne sert à rien tant que le Costa Rica mène. Les Stars and Stripes réduisent alors la marque, puis il ne se passe plus rien jusqu'à la fin du temps réglementaire. Quatre minutes s'écoulent encore, et le miracle se produit : le défenseur américain Jonathan Bronstein égalise, déclenchant immédiatement des scènes de délire à des milliers de kilomètres de là.

Pavón, abasourdi au coup de sifflet final, décrit ses sensations quand il a réalisé que les Américains avaient égalisé : "C'est quelque chose d'inoubliable. Nous sommes si heureux. Je ne peux pas l'expliquer. Nous avons souffert, mais tout le Honduras mérite cela. À la fin du match, nous étions tous tristes. Mais tout d'un coup, nous avons vu nos supporters devenir complètement hystériques dans les tribunes. Nous nous sommes demandés ce qui se passait, puis nous avons compris que les Américains avaient marqué. Nous avons couru vers eux et commencé à faire la fête. Nous méritons d'aller à cette Coupe du Monde".

Dans le vestiaire et dans la rue
Le sélectionneur Reinaldo Rueda, exclu au cours du match, a vécu la frustration et l'angoisse de ne pas pouvoir assister au dénouement de deux années de dur labeur. Confiné dans le vestiaire des visiteurs, son premier réflexe est de prier pour que cette histoire se termine bien. "Après être entré dans le vestiaire, je me suis agenouillé et j'ai demandé à la Vierge qu'elle fasse un miracle aux États-Unis. Quand c'est arrivé, je n'y croyais pas. C'est le plus beau cadeau qu'on puisse faire au peuple hondurien. Il a toujours été tellement chaleureux avec l'équipe et avec moi."

L'euphorie est générale. Dans les tribunes du stade Cuscatlán, la colonie hondurienne n'est que larmes et embrassades. Immédiatement venus rendre hommage à leurs plus fidèles supporters, les hommes de Rueda entonnent à l'unisson avec eux la chanson : "Nos vamos al Mundial" ("on sera au Mondial").

Refrain identique dans tout le pays. De Tegucigalpa à San Pedro Sula en passant par La Ceiba, des millions de personnes descendent dans les rues pour fêter l'événement historique. La fontaine illuminée de la capitale se remplit de supporters en caleçon avec le drapeau du Honduras comme unique parure. Tous les axes de circulation sont immédiatement engorgés.

Sur la pelouse du "Cusca", David Suazo honore une promesse faite avant la partie : traverser tout le terrain à genoux en cas de qualification. Amado Guevara tombe dans les bras de son grand ami Pavón et lui glisse : "Ça y est mon frère, on l'a fait". En tribune de presse, les journalistes honduriens se congratulent.

Les célébrations continueront aujourd'hui, puisque le gouvernement a décrété un jour de fête nationale. Les supporters se préparent déjà à recevoir leurs héros, qui feront leur retour au pays dans le cours de la journée et défileront ensuite dans les principales rues de la capitale. Accueil triomphal en perspective, à la mesure d'une attente qui durait depuis 27 ans et qui, à quelques secondes près, a bien failli se prolonger pour quelques années encore.