La jeune carrière de Michael McGlinchey se résume à une histoire de deuxièmes chances. À 15 ans, ce surdoué du ballon rond tourne le dos à Manchester United pour rejoindre le Celtic. Très vite, il entre dans les annales du club écossais comme plus jeune joueur à porter le fameux maillot cerclé blanc et vert. Avance rapide : début 2009, le garçon se retrouve sans club. Aujourd'hui âgé de 22 ans, il tente de se relancer en Australie, avec les Central Coast Mariners.
Parallèlement, en équipe de Nouvelle-Zélande, il est à 90 minutes d'une qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010. Encore une histoire de deuxième chance. En effet, le milieu de terrain Kiwi a déjà participé à l'épreuve reine du football mondial, mais pour le compte d'un autre pays. Né à Wellington, où son père était joueur de foot pour un club local, McGlinchey a quitté le pays du long nuage blanc à l'âge de neuf mois. Destination Glasgow, Écosse. Depuis, il n'a jamais revu sa ville natale, à une exception près : le mois dernier, lorsque les Mariners ont rencontré les Wellington Phoenix. Le barrage intercontinental retour AFC/OFC entre la Nouvelle-Zélande et Bahreïn, le mois prochain, constituera donc son deuxième retour au bercail. Vous avez dit deuxième chance ?
Quelque 20 000 kilomètres séparant Glasgow de la Nouvelle-Zélande, McGlinchey choisit logiquement l'Écosse lorsque se manifestent les sirènes de l'équipe nationale. Il fait partie des U-19 écossais qui, en 2006, atteignent la finale du Championnat d'Europe des moins de 19 ans de l'UEFA. À cette occasion, il aligne des performances aussi brillantes que prometteuses, ce qui lui vaut d'être retenu pour participer à la Coupe du Monde U-20 de la FIFA. Ses débuts idylliques en sélection connaîtront toutefois une fin brutale. Pour avoir critiqué le système défensif mis en place par Archie Gemmill lors de l'épreuve reine U-20, il ne sera plus convoqué. Qui plus est, début 2009, McGlinchey se voit remettre son bon de sortie par le Celtic. Un talent avorté de plus ? Tout porte à le croire. Mais Ricki Herbert, sélectionneur de la Nouvelle-Zélande et admirateur de longue date du jeune phénomène, voit les choses autrement.
"C'est vraiment bizarre, quand j'y repense, explique McGlinchey à FIFA.com. J'étais littéralement en train de descendre de l'avion qui m'avait emmené en Australie pour faire un essai avec les Mariners, quand mon téléphone a sonné. C'était Ricki, qui voulait savoir si j'étais intéressé pour jouer avec la Nouvelle-Zélande. Cela date d'il y a trois mois. À cette époque, je n'avais pas de club et je n'avais aucune idée si mon essai avec les Mariners allait être concluant. Mais ce qui est certain, c'est que ça fait un bien énorme de savoir que quelqu'un comme ça a complètement confiance en vous. Je lui en serai toujours reconnaissant.
Ricki m'avait déjà contacté juste avant la Coupe du Monde U-20 pour essayer de me convaincre de jouer avec les seniors néo-zélandais. À cette période, toute mon attention était tournée vers l'équipe d'Écosse et la Coupe du Monde au Canada. Je suis très heureux de la façon dont les choses se sont passées. En équipe de Nouvelle-Zélande, les gars m'ont tout de suite fait comprendre que j'étais l'un des leurs, même s'ils n'arrêtent pas de me chambrer au sujet de mon accent. Au moins, on rigole bien. C'est un vrai plaisir de jouer dans cette équipe."
McGlinchey a déjà fait ses preuves dans le championnat d'Australie et il est en passe de faire de même en sélection. Lors du barrage aller contre Bahreïn, il a enregistré sa deuxième titularisation avec les All Whites. Selon toute vraisemblance, il sera aligné d'entrée pour le match retour, le 14 novembre prochain à Wellington. Interrogé sur l'événement, McGlinchey le qualifie aussitôt de "plus grand match de [sa] carrière", mais ne cache pas qu'il a du mal à considérer la capitale néo-zélandaise comme sa ville natale.
C'est une obsession. Dès que j'ai une seconde, je pense à ce match de barrage
"Quelle ironie que le match se joue à Wellington. Honnêtement, je n'arrive pas à m'habituer au fait que c'est la ville où je suis né. J'en suis parti quand j'étais bébé et ensuite, j'ai vécu toute ma vie à Glasgow, sans jamais retourner en Nouvelle-Zélande. Jusqu'au mois dernier... Maintenant, je me sens chez moi ici. C'est différent en Australie, où j'ai toujours le sentiment de vivre à l'étranger, même si c'est un pays que j'adore. Je crois que cela vient du fait que la Nouvelle-Zélande et l'Écosse ont beaucoup de points communs, à commencer par les gens. Cela est vrai également du climat et de la géographie. Je ne suis pas du tout dépaysé."
En outre, McGlinchey n'a pas vraiment le temps de se pencher sur ces considérations sentimentales. La Nouvelle-Zélande est aujourd'hui à 90 minutes d'une deuxième participation à la Coupe du Monde de la FIFA, la première remontant à 1982. La principale préoccupation du néo-Néo-Zélandais est de rendre la monnaie de la pièce à Herbert pour la confiance inébranlable qu'il lui a toujours accordée. "Je vais vous dire franchement : c'est une obsession. Dès que j'ai une seconde, je pense à ce match de barrage. C'est le plus grand match de ma carrière, il n'y a aucun doute là-dessus. Mais je crois que cela vaut pour tous les garçons. Tout le monde a hâte d'y être. Cela dit, il n'y a pas de nervosité. Tout le monde est confiant.
Cela fait 27 ans que la Nouvelle-Zélande n'a plus participé à la Coupe du Monde. Par conséquent, personne n'a besoin de nous expliquer l'importance de la chose. Avant le match aller à Bahreïn, Ricki nous a même montré des vidéos de la qualification pour Espagne 1982 et de toutes les célébrations qui ont suivi. Quand vous voyez ça, vous n'avez qu'une envie : vivre la même chose. J'espère que nous serons à la hauteur. C'est incroyable d'être aussi proche d'une Coupe du Monde."
Depuis quelques mois, McGlinchey vit un conte de fées auquel il ne manque qu'un élément : une fin heureuse. Comme dans tous les contes de fées ?

