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Coupe du Monde de la FIFA™ 1978

Kempes: "Nous donnions de la joie aux gens"

Mario Kempes
© FIFA.com
  • *Mario Kempes a marqué deux buts en finale de Coupe du Monde 1978
    *
  • ​Au micro de FIFA.com, l'Argentin dévoile ses secrets derrière ce doublé
  • Près de 30 ans après, El Matador retrouve un Trophée qu'il chérit

Certes, Mario Kempes a dû patienter dix matches de Coupe du Monde pour enfin ouvrir son compteur dans cette compétition. Mais une fois le chemin des filets trouvé, c'est à coup de doublé que le Matador a marqué, trois pour être précis, dont un en finale de "sa" Coupe du Monde 1978, organisée chez lui en Argentine. En plus du titre, il recevra le Ballon d'Or et le Soulier d'Or adidas du Tournoi.

Au micro de *FIFA.com, *Mario Kempes revient sur cette épopée et sur le lien indéfectible qui existe entre lui et la Coupe du Monde. Ses retrouvailles avec le Trophée, au cours de l'entretien, parlent d'elles-même. Il dévoile notamment les secrets qui se cachent derrière ses deux buts en finale et raconte une incroyable histoire de ... moustache ! Récit.

Mr Kempes, quand vous étiez enfant, vous avez commencé à entendre parler de la Coupe du Monde de la FIFA. A l'époque, que signifiait cette compétition pour vous ?
Quand on joue dans un club, la première chose à laquelle on rêve, c'est d'accéder un jour à la sélection. Ma première Coupe du Monde, je l'ai écoutée à la radio. C'était en 1966 en Angleterre. J'étais avec mes parents, en train de construire notre maison. Il n'y avait pas encore la télévision. Pour la première fois, j'ai écouté une Coupe du Monde racontée à la radio par une légende, José María Muñoz. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment commencé à comprendre ce qu'était une Coupe du Monde.

Vous avez connu votre première expérience mondialiste en Allemagne en 1974. Quels sont vos souvenirs ?
Je me souviens de mon inexpérience. J'arrivais tout juste de Rosario Central, un club de première division argentine. J'étais un bleu, très jeune, j'avais 17 ou 18 ans. Le premier choc a été de voir les joueurs qui évoluaient déjà en Europe. Je ne les connaissais même pas. Je connaissais seulement ceux qui étaient en Argentine. Ceux qui jouaient à l'étranger inspiraient le respect aux autres. Jusqu'à ce que l'on vive ensemble, bien sûr. Car à partir de ce moment-là, les amitiés se sont formées.

En 1978, vous faisiez partie des rares joueurs qui arrivaient de l'étranger, mais vous aviez terminé deux fois de suite meilleur buteur de votre championnat. On devine que cela vous a rempli de confiance dans l'optique de la Coupe du Monde de la FIFA...
Nous étions tous confiants car ce groupe était très uni. Je suis arrivé très peu de temps avant la Coupe du Monde. J'ai atterri le 8 mai et le 2 juin, je jouais notre premier match. Mes coéquipiers étaient en pleine préparation depuis le mois de février. L'important, c'est qu'ils m'ont accueilli comme si j'avais travaillé avec eux pendant les trois derniers mois. Il n'y avait pas d'égoïsme, pas de fâcheries. Il n'y avait pas non plus de petit chef qui criait ou qui s'entretenait avec le sélectionneur pour faire office de relai. Tout le monde pouvait parler avec l'entraîneur et faire sa vie tranquillement. Chacun pouvait se coucher tôt ou regarder la télé. Il n'y avait pas de règlement rigide quant à notre comportement pendant le stade de préparation.

*Pour vous, le match contre la Pologne lors de la deuxième phase a été une libération personnelle...
*
Une libération, une explosion, car je n'avais pas marqué beaucoup de buts de la tête. Et le premier que je mettais en Coupe du Monde, je le marquais comme ça. Dans les cages, il y avait (Jan) Tomazsewski. Ce qui est marrant dans cette histoire, c'est que j'avais joué contre lui quelques années auparavant, pour un match amical en Allemagne. A la première minute, j'étais entré seul dans la surface et ne j'avais pas réussi à marquer. On ne sait jamais quand on peut avoir sa revanche. J'ai pu l'avoir ce jour-là. Ç'a été mon premier but en Coupe du Monde ; il était très beau.

*Menotti a raconté une histoire à votre sujet. Comme quoi il vous aurait dit "Ecoute, Mario..."
*
( Il coupe) "Il faut te raser la moustache ?"

Voilà. Comme cela s'est passé ?
On était tellement dans notre coquille que le fait de me raser tous les deux ou trois jours me pesait vraiment. Au bout d'un moment, je me suis laissé pousser la barbe et la moustache. Vingt jours plus tard, j'en avais une belle épaisseur. J'ai joué le premier match comme ça, ainsi que le deuxième. Pour le troisième, je me suis rasé, mais que la barbe. Quand on est revenus à notre quartier général, sachant qu'on devait aller à Rosario, Menotti m'a apostrophé et m'a dit : "Et pourquoi tu n'essaierais pas de te raser la moustache, pour voir si la chance tourne ?" Il avait été avec moi à Valence avant la Coupe du Monde. Il avait vu que je marchais bien. A ce moment-là, je n'avais ni moustache, ni barbe. C'est pour ça qu'il m'a redit : "A Valence, tu n'avais pas de barbe ni de moustache. Si tu te rases à Rosario, peut-être que tu te souviendras comment mettre des buts..." Et comme par hasard, ou par chance, c'est là que mon histoire a commencé. Dès le premier match, j'ai commencé à mettre des buts. Du coup, chaque fois qu'il me voyait, il me disait : "Aujourd'hui, tu mets dedans, hein ?". Voilà l'histoire de la moustache et des buts.

Quel souvenir gardez-vous de la finale contre les Pays-Bas ?
Les premières minutes ont été très dures pour nous. (Rob) Rensenbrink, (Jonny) Rep et tous les autres nous mettaient très facilement en danger. El Pato ["le canard", son surnom] Fillol a sorti trois ou quatre arrêts. On aurait facilement pu prendre deux ou trois buts. Au fil des minutes, on a commencé à faire jeu égal avec les Pays-Bas et on a pu marquer le premier but. A partir de ce moment-là, on a été plus sereins, car on était conscients d'avoir l'initiative. Ensuite, (Dick) Nanninga a égalisé à 7 ou 8 minutes de la fin. Puis il y a eu cette fameuse frappe de Resenbrink repoussée par le poteau.

*Quelle était atmosphère à ce moment là du match ?
*
Le Monumental s'est tu. C'est comme si une sirène d'alarme avait sonné : tout le monde s'est tu. Quand le ballon a été hors de danger, il y a eu une explosion de joie. Je ne sais pas si ça aurait été juste qu'on perde ce match, mais pour gagner, il faut marquer des buts. Et là, on en aurait pris un deuxième en l'espace de huit minutes. Ça aurait pratiquement été synonyme de défaite.

*Mais c'est vous qui mettez ce deuxième but dans les prolongations...
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Ça n'a pas été l'un de mes plus beaux buts, mais c'est sûrement celui qui m'a procuré le plus d'émotions. Même le public soufflait pour aider le ballon à entrer. Il y a eu du suspense, mais le ballon est entré.

Certains de vos coéquipiers racontent que Passarella...
( Il coupe) S'est accroché à la Coupe et ne l'a pas lâchée !

C'est vrai ?
Disons qu'il a été fidèle à son style sur le terrain, avec les coudes bien en dehors. Il ne laissait personne toucher la Coupe (rires). Je ne l'ai pas touchée une seule fois, ni même à l'hôtel, quand on est allés dîner, ils ne nous laissaient pas en approcher ! Je ne sais pas si quelqu'un la gardée, ou si elle a été cachée. En tout cas, je ne l'ai ni vue, ni touchée. Mais ça ne me faisait rien : je savais qu'on avait fait ce qu'il fallait, à savoir remporter le titre. Les gens étaient heureux et nous, on était satisfaits. Non pas d'avoir accompli notre mission, mais d'avoir donné cette joie au peuple, d'avoir placé l'Argentine à sa juste place. Nous avions toujours eu d'excellentes sélections, mais nous n'avions jamais été champions du monde. Nous avons ouvert la voie.

(On lui tend le Trophée) Quoi ? Je vais enfin pouvoir le toucher ? Trente ans après...

28 ans...
28 ans ! Enfin, merci à vous ! Ce trophée est très lourd, il est beau, très beau. Je me souviens aussi des nombreux cadeaux que j'ai reçus. J'en recevais beaucoup à la maison, de tous les côtés. Il y a eu cette réplique de la coupe en chocolat, elle était immense. Je n'ai pas pu la manger. C'était du chocolat pur, excellent. Un jour, je l'ai mise dans le patio, il y avait des enfants. Ils l'ont dévorée !

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