Seul un doublé de Diego Maradona en demi-finale a stoppé l'irrésistible parcours d'une solide équipe de Belgique lors de la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1986. A la mène des Diables Rouges de l'époque : un surdoué de vingt ans à l'impressionnant bagage technique, Vincenzo "Enzo" Scifo.

Ce grand espoir, fils d'un mineur sicilien installé en Belgique, a pourtant déjà six ans de football derrière lui. Le jeune Scifo, comme tous les enfants de son quartier de La Louvière, a commencé à taquiner le cuir dans la rue avant d'intégrer à sept ans les équipes de jeunes de sa ville. En quelques années, il va devenir "le petit Pelé du Tivoli" du nom du stade où évolue La Louvière. Lors de ses quatre dernières saisons avec les Louveteaux, il inscrit pas moins de 432 buts. Ces performances ne passent pas inaperçues et Scifo signe tout naturellement à Anderlecht où il va poursuivre son ascension en inscrivant 135 buts en trois saisons avec les juniors et les scolaires.

Il débute en équipe première au mois d'août 1983 lors d'un match amical contre Barcelone. Il enchante les supporteurs d'Anderlecht en réussissant notamment un double petit pont sur Diego Maradona en personne. Il a alors 17 ans et une grande carrière s'offre à lui. Mais emporté par la fougue de la jeunesse, il renverse tout sur son passage et s'attire l'animosité de certains équipiers jaloux de ce jeune italien.

Heureusement, Paul van Himst, conscient du potentiel du jeune homme, le relance lors d'un match de championnat contre Waterschei où il gagne définitivement ses galons. En quelques mois, la fédération belge établit tous les documents nécessaires à sa naturalisation. Il peut ainsi intégrer l'équipe nationale qui va disputer le Championnat d'Europe des nations 84 en France.

Elu Soulier d'Or en 1984 (meilleur joueur du championnat belge) il réalise également un Euro plus qu'honorable. Incontournable lors des éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA 86, il arrive au Mexique avec une étiquette de surdoué à la baguette d'une formation très complémentaire, faisant preuve d'un mental à toute épreuve. Scifo va disputer les sept rencontres, inscrivant deux buts, un lors du premier tour contre l'Irak (2:1) puis un second en huitièmes de finale contre l'URSS (2:2, 4 t.a.b. 3).

Malgré son jeune âge, Scifo fait preuve d'une expérience de vieux routier, même s'il oublie parfois la simplicité. Sa capacité de tenir le ballon fait pourtant merveille en quarts de finale contre l'Espagne (1:1, 5 t.a.b. 4). Mais la belle aventure de la Belgique s'arrête en demi-finale contre l'Argentine d'un certain Maradona qui n'a pas oublié les deux petits ponts du match amical. Scifo a cependant largement tenu son rang et confirmé lors de cette Coupe du Monde de la FIFA qu'il est un grand espoir du football mondial.

Repéré par les plus grands clubs européens, il choisit d'intégrer l'Inter Milan. Mais, il n'arrive pas à s'y imposer et y reste une seule saison. Il entre alors dans un cycle de blessures et dans une logique décompression après un début de carrière mené au pas de charge. Pourtant, après un délicat passage à Bordeaux il retrouve toute sa confiance à Auxerre grâce à l'entraîneur paternaliste Guy Roux. Relancé, il brille lors de la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 90. Il y est sacré deuxième meilleur joueur derrière Lothar Matthäus.

Encore une saisons sur les bords de l'Yonne et il va poursuivre sa carrière en Italie (Torino), puis à Monaco, avant de revenir à Anderlecht, douze ans après ses débuts, pour remporter en 2000 un dernier titre de champion de Belgique.

Considéré comme un des meilleurs joueurs belges de tous les temps, il décide finalement de mettre fin à sa carrière sur les conseils de son médecin. A 34 ans il ne pouvait plus jouer que sous infiltrations en raison de crises d'arthroses. Il était alors joueur, entraîneur et vice-président de Charleroi.