L'incroyable qualification de la Nouvelle-Zélande pour la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010 est en partie l'œuvre d'un héros tout à fait improbable. Certes, les vieux habitués de la sélection que sont Ryan Nelsen et Ivan Vicelich ont joué un rôle prépondérant. Le gardien Mark Paston a lui aussi connu son quart d'heure de gloire en arrêtant un penalty décisif. Pourtant, le nom qui restera à jamais gravé dans la mémoire de tous les supporters néo-zélandais n'est autre que celui de Rory Fallon.

En inscrivant le but de la qualification de son pays, l'attaquant de Plymouth a rejoint dans les annales Wynton Rufer, le Joueur océanien du siècle. Quoi qu'il arrive, sa reprise de la tête sur un corner de Leo Bertos à la dernière minute du temps réglementaire de la première période marquera à jamais l'histoire des All Whites. Clin d'œil du destin, Rory se trouve être le fils de Kevin Fallon, le sélectionneur adjoint qui avait mené la fameuse génération 82 à sa première phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA, il y a 28 ans de cela.

Après avoir porté les couleurs de l'Angleterre en équipes de jeunes, Rory Fallon a fêté sa première sélection chez les Kiwis en septembre dernier. Rapidement, ses qualités de buteur lui ont permis d'écarter le jeune Chris Wood de la liste des titulaires. Les mois à avenir s'annoncent très prometteurs pour ce grand attaquant, qui est également en passe de s'imposer dans son club.

Réaliser son rêve
Les joueurs et l'encadrement de la sélection n'ont eu de cesse de le répéter avant le match, ces barrages constituaient une opportunité unique pour le football néo-zélandais. Victorieuse de la compétition préliminaire de la zone Océanie, la Nouvelle-Zélande se savait dans l'obligation de battre Bahreïn pour décrocher son billet pour l'Afrique du Sud. Après avoir obtenu le nul (0:0) à Manama le mois dernier, les All Whites n'ont pas laissé passer l'occasion qui s'offrait à eux.

"J'ai vu l'équipe de 82 (les joueurs ont été présentés au public avant le coup d'envoi) pendant que nous nous échauffions et je me suis dit qu'il fallait vraiment que nous nous qualifions. Après tout ce temps, personne ne les a oubliés. C'était vraiment une occasion unique qui se présentait. Nous avions la chance de laisser une trace dans l'histoire du football néo-zélandais et de changer les choses dans notre pays".

Le destin de Fallon et des Kiwis a pourtant bien failli déraper. En effet, quelques minutes avant le but, le gardien bahreïni Sayed Jaffar avait réalisé une parade miraculeuse sur une action pratiquement identique. "J'étais très déçu sur le coup mais j'ai prié qu'on me donne une deuxième chance. Je sais que je suis toujours capable de marquer, à condition d'être correctement servi. Avant le match, je me suis dit que c'était mon jour".

La voix du sang
Kevin Fallon, le père de Rory, est l'un des grands noms du football néo-zélandais. Non content d'avoir participé à la qualification légendaire pour Espagne 1982, le technicien anglais a lui-même occupé les fonctions de sélectionneur national à plusieurs reprises. Souvent présenté comme un homme rigoureux et sévère, Kevin s'est pourtant effondré en pleurs juste avant le match. "Cela prouve à quel point cela comptait pour lui", remarque Rory.

"Je tiens à le remercier pour tout ce qu'il a fait pour moi. Il n'hésitait pas à se lever à six heures du matin pour m'entraîner. Ce n'est pas fini, il me reste encore beaucoup de choses à accomplir, mais je tiens à le remercier d'avoir toujours cru en moi". Régulièrement interrogé sur le développement du football en Nouvelle-Zélande, Kevin a eu cette fois-ci l'occasion de s'exprimer sur un sujet beaucoup plus personnel. "En tant qu'entraîneur et en tant que parent, c'est une expérience fantastique de voir son propre fils réussir quelque chose d'aussi exceptionnel. Je crois que c'était écrit", a sobrement commenté l'ancien sélectionneur national.

Steve Sumner, capitaine en 1982, a trouvé les mots justes pour résumer la situation : "Quelle belle soirée pour les Fallon ! Rory est vraiment un grand joueur. On devrait les cloner !" Mais le mot de la fin revient évidemment au héros du jour, qui pense déjà à écrire un nouveau chapitre de l'histoire du football néo-zélandais. Interrogé sur la perspective de croiser la route de l'Angleterre en Afrique du Sud, le jeune attaquant de Plymouth n'a pas hésité une seconde avant de répondre : "J'en rêve ! Un groupe avec l'Angleterre, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ça aurait de l'allure…"