A voir la détresse de certains lorsqu’ils en sont les auteurs, les buts contre son camp sont parmi les faits de jeu les plus cruels du football. Parfois spectaculaires, de temps en temps lourds de conséquences, le plus souvent amusant, ils en ont, en tout cas, jalonné l’histoire.

Ce 12 juin, en match d'ouverture de Brésil 2014, Marcelo en a jouté un à la liste, en inscrivant le premier du genre, concernant le Brésil, dans l'histoire de la Coupe du Monde de la FIFA. Trois jours plus tard, pour son baptême du feu, la Bosnie-et-Herzégovine a vu Sead Kolasinac marquer celui le plus rapide de l'histoire de la compétition (2'07) face à l'Argentine. 

Le tout premier but en compétition officielle a d’ailleurs été un "own-goal", selon l’expression britannique ! Le 8 septembre 1888, face à Wolverhampton, le défenseur anglais Gershom Cox fut ainsi le premier à trouver le chemin des filets. Malheureusement les siens… Depuis, des milliers de "CSC" ont été inscrits, FIFA.com revient sur les plus célèbres.

De "vilains" buts
Cox portait à l’époque les couleurs d’Aston Villa, un club tout particulièrement marqué par ce type de buts. Pour preuve, ce doublé du Lion Chris Nicoll inscrit le 20 mars 1976 contre Leicester City. Mais, ce jour là, il allait faire mieux, puisqu’il inscrivait aussi les deux buts pour son équipe. Score final 2:2, quatre buts de Nicoll ! Il n'est toutefois pas le pionner en la matière puisque Sam Wynne d'Oldham Athletic a réalisé pareille performance contre Manchester United  le 6 octobre 1923.

Richard Dunne n’a lui jamais inscrit un tel quadruplé. Ni de doublé d’ailleurs. Mais depuis le 23 octobre 2010, et la défaite de son équipe face à Sunderland (0:1), il est le détenteur d’un record peu enviable en Angleterre. L’Irlandais est devenu le joueur qui a inscrit le plus de buts contre son camp, avec huit réalisations. "Oublie ça ! Ce sont des choses qui arrivent dans le football", lui a laconiquement conseillé son entraîneur de l'époque Gérard Houllier.

C’est sans doute ce qu’a dû se dire Peter Enckelman, en 2002, lors du bouillant derby opposant Birmingham City et son équipe… Aston Villa ! Ce CSC a eu la particularité d’être inscrit sur une touche directe ! Ce but peu banal a été rendu possible par l’erreur du gardien des Villans. Il manquait en effet de contrôler le lancer d’Olof Mellberg et laissait le ballon rentrer dans ses cages.

Des doublés et un coup du chapeau !
Deuxième après Dunne dans ce peu glorieux classement, Jamie Carragher rivalise aussi pour le CSC le plus étonnant. Lors d’un match opposant Liverpool à son meilleur ennemi, Everton, le défenseur des Reds, fan des Toffees dans sa jeunesse, s’est rappelé au bon souvenir de Goodison Park en inscrivant un but contre son camp… sur pénalty ! A sa décharge, c’était pour la bonne cause lors d'un match de charité.

Par contre, son doublé contre l’autre grand rival, Manchester United, a coûté à Liverpool trois précieux points au classement en 1999 (2:3). Mais il est loin d’être le seul à avoir trompé son propre gardien deux fois dans la même partie. Nikolce Noveski, défenseur de Mayence, a signé cet exploit en trois minutes, le 19 novembre 2005 contre l’Eintracht Francfort (2:2). Le Tunisien Karim Haggui a lui aussi inscrit deux des trois buts contre son camp de son équipe lors de la défaite d’Hanovre face au Borussia Mönchengladbach, au cours de la saison 2009/10.

La même année, en Turquie, Emre Toraman, milieu défensif d’Eskisehirspor, a aussi inscrit un doublé dans le mauvais sens contre Bursaspor (2:1). Lors d’un match de qualification pour Afrique du Sud 2010, le capitaine géorgien Kakha Kaladze en a fait de même contre son pays d’adoption, l’Italie (0:2), où il joue depuis neuf ans. Le seul triplé recensé est l’œuvre du Belge Stan Van Den Buijs, lors du match de Jupiler League opposant le Germinal Ekeren à Anderlecht (3:2), saison 1995/96.

Bides et beaux buts
C’est davantage pour leur grotesque que pour leur nombre, que d’autres buts ont une place à part entière dans la légende. Celui du gardien de Cruz Azul José Marín datant du 23 mai 1976 a fait le tour du monde : voulant envoyer la balle à la main à l’un de ses coéquipiers, le malheureux a continué son geste et visé ses buts. Chris Brass lors de la rencontre Bury-Darlington du 22 avril 2006 a lui tenté de dégager son camp mais a envoyé la balle sur son nez, avant qu’elle ne prenne la direction du cadre. Résultat : un nez de cassé et un but encaissé !

D’autres joueurs ont inscrit leur nom dans les annales pour la beauté du geste. A ce titre, Helmut Winklhofer est le premier joueur dont la réalisation contre son camp a été votée "but du mois". Sa frappe limpide pleine lucarne lors du match Uerdingen-Bayern de 1987 en valait la peine. Mais beaucoup en la matière n’ont rien à lui envier. Le Français Franck Queudrue, par exemple, lors d’un match Bastia-Lens datant de 2001, auteur d’une frappe des 35 mètres imparable pour son gardien, a laissé dans l’hexagone d’impérissables souvenirs.

L’Argentin Facundo Quiroga a lui marqué de son empreinte le championnat argentin. En 2008, face au Racing Club (3:3), le défenseur de River Plate exécutait un retourné acrobatique impeccable qui prenait à contre pied son propre gardien. Le but des fesses du Brésilien Vitor Hugo à l’occasion du match Santo Andre-Portuguesa est à ranger dans la même catégorie. Et que dire de l’enchaînement coup du sombrero-tête lobée de Jamie Pollock qui envoie son club en troisième division, et maintient en deuxième division son adversaire des Queens Park Rangers, le 25 avril 1998 ?

CSC décisifs
Aussi malencontreux qu’ils puissent être, certains de ces buts ont eu une grande importance. Celui de John Arne Riise , à la dernière minute de la demi-finale de Ligue des champions de l’UEFA opposant Liverpool à Chelsea l’illustre. L’erreur de Paul Robinson, surpris par une motte de terre, sur une passe supposée facile de Gary Neville, face à la Croatie (2:0) a elle aussi vraisemblablement pesé lourd dans la non-qualification des Trois lions à l’UEFA EURO 2008…

Du premier but contre son camp, œuvre du Mexicain Manuel Rosas face au Chili à l’occasion d'Uruguay 1930, au dernier du Nigérian Joseph Yobo, contre la France, à Brésil 2014, le CSC a également fait basculer de nombreux destins en Coupe du Monde de la FIFA, le triste cas du Colombien Andrés Escobar, assassiné à son retour au pays après Etats-Unis 1994, en étant la plus grave illustration.

Enfin, pour terminer sur une note plus gaie, le cas Grenade-La Barbade comptant pour la Coupe Caribéenne des Nations 1994 mérite d’être cité tant il prête à sourire. Un point du règlement de la compétition avait finalement poussé les deux équipes à marquer contre leur camp. Inutile de préciser que les organisateurs changèrent le règlement l’année suivante…