Qu'elles soient de tristesse ou de joie, de douleur ou d'espoir, le football fait couler presque autant de larmes que d'encre. Ainsi, le monde du ballon rond a indifféremment vu pleurer l'Ivoirien Serey Dié et le Brésilien Neymar à l'écoute de leur hymne national lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2014, Romario suppliant Luiz Felipe Scolari  de l'emmener dans ses valises pour participer à Corée/Japon 2002, Josep Guardiola savourant ses six titres avec le FC Barcelone en 2009, à l'issue de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, EAU 2009, ou encore Roberto Baggio manquant un tir au but décisif en finale de USA 1994...

"Quand j'étais gamin, je rêvais de disputer un jour la Coupe du Monde. J'ai vécu ce rêve en Italie, mais quand j'ai reçu le carton jaune, j'ai su que le rêve était fini. Je n'ai vraiment pas pu m'empêcher de pleurer ce soir-là". Comme Paul Gascoigne, à l'occasion de la demi-finale de Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1990 contre l'Allemagne, ils sont nombreux à avoir baissé les armes et laissé parler les larmes. Des soirs de défaites, comme de victoires d'ailleurs. FIFA.com revient sur les chagrins les plus célèbres de l'histoire du ballon rond.

Durs au coeur tendre
Et Gazza n'était pas le seul à pleurnicher ce jour là. Quelques minutes plus tard, son coéquipier Stuart Pearce, surnommé "Psycho" pour la rudesse de son jeu, était lui aussi inconsolable après son tir manqué qui envoyait l'Allemagne en finale de l'épreuve reine. Pour son non moins émouvant dernier match en tant que joueur, le défenseur latéral anglais ratera un autre penalty, qui aurait été le 100ème de sa carrière, alors que le gardien Dave Beasant avait promis de ne pas essayer de l'arrêter. A en pleurer…

En revanche, Andreas Brehme ne manquera pas le sien contre l'Argentine (1:0), permettant à la Mannschaft de ramener le prestigieux trophée au pays lors de cette même Coupe du Monde. Mais après le sang-froid, les sanglots. Six ans plus tard, une semaine avant que le club de son cœur de Kaiserslautern ne remporte la Coupe d'Allemagne, ses Diables Rouges sont relégués en seconde division, et ça Brehme ne peut le supporter. Il s'effondre dans les bras de son ami Rüdi Völler et émeut toute l'Allemagne

Autre Allemand, autres Red Devils, autre dur à cuir, autre émotion : l'image du géant bavarois Carsten Jancker à l'issue de la finale rocambolesque de la Ligue des champions de l'UEFA 1999 perdue par le Bayern Munich face à Manchester United (1:2), a fait le tour du monde. Écroulé sur la pelouse, personne n'aurait pu imaginer que ce grand gaillard d'1m93 puisse pleurer tel un enfant.

Difficile aussi de se représenter l'impressionnant défenseur anglais de Stoke City, Ryan Shawcross, les yeux remplis de larmes après avoir infligé un tacle trop appuyé au pauvre Gunner Aaron Ramsey, victime d'une double fracture tibia-péroné, le 27 février 2010. Ironie du destin, le même jour, il sera convoqué par Fabio Capello pour jouer en équipe d'Angleterre.

Serial pleureurs
Des blessures, des sélections, et des pleurs, David Beckham en a fait diverses expériences. Ce malheureux cocktail a eu raison de lui en février dernier. Victime d'une rupture du tendon d'Achille, il ne pourra pas aller chercher de nouvelles capes en Afrique du Sud. L'arrière latéral de l'AC Milan Ignazio Abate confiera : "Il était en larmes dans le vestiaire, il n'a pas beaucoup parlé. Ça nous a beaucoup touchés". Il avait déjà essuyé quelques larmes face au Portugal de Cristiano Ronaldo lors d’Allemagne 2006, pensant à l'époque - malheureuse prémonition - que c’était peut-être sa dernière Coupe du Monde...

Successeur du Britannique à Manchester United, Cristiano Ronaldo, justement, n'est pas non plus du genre à se retenir pour pleurer. Ainsi, les larmes du Portugais ont coulé à l'occasion de la finale de l'UEFA EURO 2004 perdue par son pays contre la Grèce, après la défaite de Manchester United  contre Arsenal en finale de la FA Cup, ou lors de la défaite contre la France en demi-finale d'Allemagne 2006, pour finir sur des pleurs de joie pour célébrer la victoire des Mancuniens en finale de la C1 2008, ou après avoir reçu le FIFA Ballon d'Or 2013. Le concerné confie d'ailleurs : "Cela n’a pas été facile de partir à Lisbonne alors que je n’avais que 11 ans. Je pleurais tous les jours, mais j’ai aimé cette expérience. J’ai beaucoup appris, surtout à vivre avec la pression. Je pleure encore de temps à autre. Parfois de joie, ou de tristesse quand on perd…"

John Terry aussi. Pour l'élimination de l'Angleterre lors de l'UEFA EURO 2004, comme pour la défaite en demi-finale de Ligue des champions contre Liverpool en 2005, le défenseur anglais a également craqué en finale de l'épreuve suprême européenne en 2008 contre Manchester United après avoir manqué sa tentative lors de la fatidique séance de tirs au but. "Je n'ai pas honte de pleurer. C'est un trophée que j'ai tant voulu gagner depuis des années et ma réaction était incontrôlable. Je suis quelqu'un de très sensible et tout le monde le sait", a-t-il affirmé ensuite.

En pleurs aussi lors de la demi-finale perdue contre Liverpool avec Chelsea, William Gallas, plus étrange, s'est retrouvé larmoyant et boudant sous le maillot d'Arsenal en février 2008 après un penalty concédé par son coéquipier Gaël Clichy permettant l'égalisation de Birmingham à la fin d'un banal match de championnat. Quelques mois plus tard, les Anglais avaient même l'occasion de parier chez leurs bookmakers sur les larmes ou non de Gallas au cours d'un match !

Diego Maradona a, lui, peut-être laissé couler autant de larmes à l'occasion de la défaite de l'Argentine en finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1990 contre l'Allemagne que quatre ans auparavant, contre cette même équipe, au sommet de sa gloire. "J'ai pleuré. J'avais déjà beaucoup pleuré dans ma carrière, mais ces larmes-là sont les meilleures, elles sont sublimes", avoue Maradona quand il évoque ce 29 juin 1986.

Gagnés par l'émotion
"Cette fois je ne pleure pas. Plus de larmes ! Plus de larmes !" Deux ans après l’amère défaite face à l’Etoile Rouge de Belgrade en finale de la Ligue des champions 1991, Basile Boli a séché ses gros sanglots qui ont touché tous les supporters phocéens en permettant à l’Olympique de Marseille de remettre les pendules à l'heure. Il devenait le héros de la finale de 1993 en signant le seul but de la victoire face à l'AC Milan.

Du reste, un vieux proverbe chinois rapporte qu' "un héros ne pleure pas". Un dicton qui va bien à Fan Zhiyi, l'ancien capitaine de l'équipe nationale de la RP Chine... jusqu'au 7 octobre 2001. Alors que la Chine décroche le premier billet de son histoire pour participer à la Coupe du Monde de la FIFA 2002 en disposant d'Oman (1:0), l'ancien défenseur de Crystal Palace s'enveloppe dans le drapeau national, et s'en va pleurer dans les vestiaires, gagné par l'émotion.

A 17 ans, ému aux larmes après sa victoire en Coupe du Monde de FIFA, Suède 1958, Pelé soutenu par Didi, Gilmar et Orlando devait certainement penser à son père à cet instant précis. Un père qui n'avait pas su retenir ses larmes lors de la défaite du Brésil huit ans plus tôt, comme tout le pays lors du Maracanazo uruguayen en finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1950, et à qui le petit Pelé avait laissé entrevoir l'espoir de la gagner un jour. Car finalement, "dans toutes les larmes s'attarde un espoir" comme l’a écrit la romancière et philosophe française Simone de Beauvoir.