Pour avoir présidé aux destinées de la Suisse, des Émirats Arabes Unis et de la Finlande, Roy Hodgson est rompu au métier de sélectionneur national. Cependant, sa dernière nomination l'a propulsé dans une nouvelle dimension. Le 1er mai 2012, il s'est en effet vu confier les rênes de l'Angleterre suite au départ de Fabio Capello.

FIFA.com a rencontré Hodgson dans son bureau de Wembley, à une trentaine de kilomètres de sa ville natale de Croydon. Dans la première partie de cette interview (la seconde sera publiée mardi 20 novembre 2012), l'ancien entraîneur de Fulham se remémore sa réaction lorsque le poste lui a été proposé, dresse un bilan des qualifications pour Brésil 2014 et définit l'ouverture de St. George's Park, le nouveau centre technique national anglais, comme une étape capitale pour le développement des joueurs et des entraîneurs.

Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez appris que la fédération anglaise s'intéressait à vous pour le poste de sélectionneur national ?
De la joie, j'étais vraiment content. Il était déjà arrivé que mon nom soit suggéré parmi les candidats sérieux, mais à chaque fois le poste était revenu à quelqu'un d'autre. Après être resté dans l'ombre à quelques reprises, c'était très agréable de recevoir ce coup de fil. C'était en quelque sorte un fait accompli, ça n'allait pas passer par un long processus décisionnel. La fédération était déjà passée par ce stade et elle avait pris sa décision. Il fallait juste trouver un terrain d'entente, ce qui a été assez simple car je voulais ce poste et ils me voulaient. Cela a été un très bon moment, que j'attendais depuis longtemps.

Quel bilan dressez-vous des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014 jusqu'ici ?
Nous avons deux points de moins par rapport à notre tableau de marche. Si nous avions dix points, nous serions assez satisfaits compte tenu de notre calendrier, mais nous en avons huit. Onze matches après ma prise de fonctions, nous sommes toujours invaincus, ce que je trouve satisfaisant. En revanche, je suis déçu que nous ne nous soyons pas imposés contre l'Ukraine, qui a marqué un but magnifique puis très bien défendu. Nous avons certes dominé dans le jeu, mais nous avons mis longtemps à égaliser. En Pologne, je suis déçu que nous n'ayons pas mieux joué et que nous ne soyons pas accrochés à notre avantage. À mon avis, ce match était un cran au-dessous. Personne n'a été satisfait du déroulement de la rencontre, ni notre équipe ni la Pologne. Mais ce n'est jamais évident de voir un match soudainement repoussé au lendemain (en raison des intempéries). Le terrain n'était pas en bon état. Au final, le match nul n'est pas un mauvais résultat, mais dans l'idéal, cela aurait été mieux d'avoir dix points. Je suis heureux et satisfait, mais je ne me roule pas par terre parce que nous avons pris huit points en quatre matches. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir mais nous pourrons piocher dans un réservoir de joueurs beaucoup plus large lors des prochaines rencontres. J'aurai plus de choix pour composer mon équipe car de plus en plus de monde va frapper à la porte, se battre pour une place. Cela va intensifier la concurrence et, je l'espère, élever le niveau de performance.

Que signifierait pour vous une participation à Brésil 2014 ?
Cela serait une expérience exceptionnelle d'aller à la Coupe du Monde. Cela aurait une saveur encore plus particulière car c'est l'Angleterre qui m'a prodigué ma formation d'entraîneur, c'est la fédération qui m'a lancé sur la voie du métier d'entraîneur de football. Ce serait fantastique d'aller au Brésil avec l'équipe d'Angleterre.

Avez-vous hâte à l'idée de disputer les matches qui se profilent ?
Les matches amicaux n'ont d'amicaux que le nom. À mes yeux, il y a toujours un enjeu. Contre le Brésil, la plupart des joueurs vont avoir envie de jouer. Ensuite, il y aura l'Écosse et l'Irlande, pour des affiches traditionnelles. Ces rencontres vont être très chaudes en raison de la rivalité fraternelle qui existe entre les pays.

Que pensez-vous de St. George’s Park, le nouveau centre technique national ?
Je crois que ça va être le vaisseau amiral de la formation des entraîneurs anglais et du développement du football anglais. Lorsque les équipes fanion - les A, les U-21, les U-19, la sélection féminine - s'entraîneront là, cela sera vraiment la cerise sur le gâteau, mais ce centre a un rôle encore plus important à jouer. Quel que soit le niveau, l'Angleterre a toujours bénéficié de conditions d'entraînement exceptionnelles. Nous n'avons jamais manqué d'infrastructures pour nos quelques jours de rassemblement, mais c'est une bonne chose d'avoir un centre dédié. C'est bien mieux que de devoir emprunter un terrain d'entraînement et de loger à l'hôtel. Mais à mon avis, cette infrastructure va jouer son vrai rôle au niveau du développement des jeunes joueurs et des entraîneurs travaillant avec eux. Elle sera un élément central qui montre à quel point la fédération prend au sérieux la formation des jeunes joueurs et d'entraîneurs pouvant former des joueurs. C'est là que je vois sa fonction principale.

Est-ce difficile d'être à la fois concentré sur le présent et tourné vers l'avenir ?
C'est le métier de sélectionneur national qui veut ça. Certains pensent qu'il faut uniquement se focaliser sur le présent. Je ne suis pas d'accord. Je crois qu'il faut essayer de travailler dans le présent tout en ayant au moins en tête que l'on va un jour quitter son poste et laisser un héritage derrière soi. Et cette question : quel travail aura été accompli lorsque mon mandat prendra fin ? Mais il est évident que le présent est très important. Il faut avoir une équipe qui gagne. Si nous échouons au niveau de l'équipe nationale, alors nos messages vont être plus difficiles à mettre en avant. Nous allons assister à une grande amélioration dans les dix années à venir. On le voit déjà avec les jeunes joueurs qui s'affirment aujourd'hui. Oxlade-Chamberlain, Welbeck, Cleverley, Bertrand, Gibbs, Wilshere : on peut voir que chez tous ces garçons, il y a une très grande qualité technique. On ne peut que progresser.

Vous avez donné à ces joueurs l'occasion de briller. Êtes-vous fier de la façon dont ils ont répondu ?
Satisfait oui, fier non. Quand on sélectionne un groupe de 23 joueurs, l'espace ne manque pas pour prendre des garçons qui ne sont peut-être pas encore prêts aujourd'hui. Il ne faut pas oublier que si l'on se qualifie pour le Brésil, la compétition sera dans bientôt deux ans. Il faut dès aujourd'hui avoir un œil sur ces joueurs car qui sait, certains des jeunes qui sont aux portes de l'équipe aujourd'hu, à engranger de l'expérience, à se mettre dans la peau d'un Wayne Rooney, d'un Steven Gerrard ou d'un Ashley Cole, pourraient, dans deux ans, évoluer aux côtés de ces joueurs. Ils pourraient même leur prendre la place si les titulaires ne sont pas à la hauteur du statut qu'ils ont acquis.

Quel sont les aspects les plus exaltants et les plus frustrants du rôle de sélectionneur de l'Angleterre ?
Le plus exaltant, ce sont les matches, il n'y a aucun doute possible. À chaque fois, c'est un grand événement. On travaille avec des joueurs fantastiques, chaque match est un événement incroyable. Même contre Saint-Marin, il y avait 85 000 personnes à Wembley. C'est une expérience que beaucoup de gens seraient heureux de vivre ne serait-ce qu'une seule fois dans leur vie. Pour les frustrations, je pense que c'est l'inquiétude de perdre des joueurs-clés au moment d'un match ou d'un rassemblement. C'est quelque chose que l'on ne peut pas maîtriser. L'autre frustration est évidente : tout sélectionneur national vous parlera du manque de temps passé avec les joueurs. On aimerait disposer de plus de temps pour les connaître, pour être davantage à leurs côtés aux niveaux technique et individuel, pour avoir l'occasion de travailler collectivement. Mais tout ça, on le sait en acceptant le poste. On ne peut pas s'en plaindre, c'est la vie du football.