FIFA.com vous propose de découvrir la seconde partie de l'entretien exclusif réalisé avec Vicente Del Bosque. Le sélectionneur espagnol évoque les relations avec les médias, les doutes au moment de prendre des décisions et la complexité des qualifications mondialistes en cours, le tout dans une interview passionnante de bout en bout.

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Vicente Del Bosque, ces dernières années, et malgré vos nombreux succès, avez-vous connu des moments de doute ?
Il va de soi que dans le football, vous avez toujours des doutes, même quand vous gagnez. Lors du dernier EURO, nous avons joué quasiment depuis le premier match sans un vrai avant-centre. Nous avons préféré chercher un joueur qui puisse évoluer plus en retrait et participer à la création du jeu, mais qui possède quand même des qualités de finisseur. À ce moment-là, nous avons eu nos doutes. C'est complexe. Je ne crois pas qu'on puisse être sûr à 100 % de toujours faire ce qu'il y a de mieux. Moi-même, j'ai beaucoup de doutes.

Comment perçoit-on les critiques qui peuvent surgir quand on a gagné autant de titres ? À l'UEFA EURO 2012, on a notamment critiqué votre système tactique.
J'écoute les critiques et je les estime. Je ne peux pas rester sourd à ce qui se dit, car quelquefois il y a du bien-fondé. Ce qui se passe, c'est que nous avons l'avantage de savoir comment nous sommes arrivés à une certaine situation. Quand nous avons joué contre l'Italie, c'est Andrea Pirlo qui nous a amenés à penser à cette solution. Ce jour-là, ça n'a pas bien fonctionné pour nous, mais ensuite, nous nous sommes améliorés au fil de la compétition. Et le jour de la finale contre l'Italie, nous avons de nouveau joué avec la même équipe que lors du premier match.

Il y a quelque temps, vous aviez affirmé ne pas souhaiter revenir travailler dans un club après avoir dirigé la sélection. Est-ce toujours vrai aujourd'hui ?
Je l'ai dit par rapport à mon âge. J'ai 61 ans et il me reste un peu plus d'un an de contrat avec la sélection. Ça va être très difficile, mais je ne me vois pas entraîner à l'âge de 70 ans. Sincèrement (rires). Je m'arrêterai sûrement là.

Sous certains aspects, on dirait qu'entraîner un club et une sélection sont deux professions qui n'ont rien à voir. Qu'y a-t-il de si différent ?
Cette année, nous avons disputé 16 rencontres, à comparer avec la cinquantaine de matches, au minimum, joués par les clubs. Voilà un élément essentiel. Dans un club, il y a un travail quotidien qui permet de faire progresser une équipe peu à peu, sur des points précis. En club, il y a plus de frictions avec les joueurs, et il peut même y avoir de vrais conflits. Ce genre de choses arrive beaucoup moins en sélection. Quelqu'un peut faire la tête parce qu'il ne joue pas, ou s'énerver pour une raison ou une autre, mais il n'y a pas ce contact quotidien qui complique beaucoup la vie. Voilà les principales différences.

Quelle est la première chose que Vicente Del Bosque dit à un joueur arrivant dans un groupe qui a gagné autant de choses que cette sélection espagnole ?
Lors du premier entretien, du premier contact, je dis en général au joueur de se sentir à l'aise. Je lui explique qu'il sera bien entouré, qu'il n'y aura aucun problème et qu'il va s'intégrer facilement. C'est une pure formalité, car je sais que ceux qui sont en équipe nationale depuis plus longtemps, qui ont plus l'habitude, vont traiter le nouveau comme s'il était là depuis toujours. En effet, ça se passe comme ça avec tous les nouveaux. Nous n'avons pas de gros problèmes de ce point de vue.

Pendant ce premier entretien, peut-on déjà se rendre compte si le joueur est prêt à supporter la pression que confère le maillot de l'équipe nationale ?
Oui, mais je crois que tous les joueurs le sont. Ce ne sont plus des gamins. Ils sont jeunes, mais possèdent déjà une certaine expérience dans le football. Je n'ai jamais vu quelqu'un arriver dans ce groupe et devenir nerveux. Les plus jeunes, s'ils sont bons, c'est parce qu'ils ont du culot. S'ils étaient timides, cela pourrait leur coûter, mais ils ont en général une certaine maturité pour leur âge.

On est quand même surpris de voir la vitesse à laquelle certains joueurs se sont adaptés. Jordi Alba, par exemple, donne l'impression d'avoir joué toute sa vie dans cette équipe…
Cela arrive avec les joueurs qui acceptent rapidement leur rôle. C'est d'ailleurs la meilleure chose que puisse faire un footballeur aussi jeune. Il faut savoir montrer du respect aux plus anciens, avec la réserve et l'attitude qui permettent d'obtenir la reconnaissance des autres. C'est ainsi qu'on voit que nous pouvons les utiliser à n'importe quel moment. Ce sont eux qui gagnent leur place, c'est tout. Le cas de Jordi Alba est exemplaire. Nous devions être prêts car son moment allait venir. Nous l'avons finalement lancé au poste de latéral, où Joan Capdevila n'avait pas un rendement extraordinaire. Nous avons fait entrer Alba à ce poste et il a répondu de manière fantastique.

Parlez-nous des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, dans lesquelles l'Espagne fait partie du plus petit groupe du tournoi, aux côtés de la France. Peut-on imaginer une Coupe du Monde de la FIFA sans le champion du monde en titre ?
Les règles sont ainsi faites et il faut les accepter. Nous avons gagné deux matches et concédé un nul, mais il reste encore 15 points à prendre. Il est vrai que nous devons nous déplacer en France, mais il y a également d'autres adversaires qui peuvent prendre des points à la France et à l'Espagne en cours de route. Certaines équipes nous ont fait beaucoup souffrir, comme la Géorgie, contre qui nous avons gagné in extremis. Ces qualifications sont loin d'être terminées.

Est-il devenu plus difficile d'affronter des sélections qui ne sont pas considérées comme de grandes équipes ?
Oui, ça devient de plus en plus difficile. Les adversaires nous connaissent très bien et savent parfaitement comment nous jouons. L'important est que nous croyons en ce que nous faisons et que les joueurs ont la patience pour pouvoir briser n'importe quel système défensif. Il ne faut surtout pas que nous commencions à croire que nous devons absolument gagner dans les dix premières minutes.