Luton Shelton est l'auteur d'un exploit que peu de footballeurs ont accompli. L'attaquant jamaïcain s'est offert un quadruplé à l'occasion de sa première sélection en équipe nationale, contre Saint-Martin en 2004. À voir le sang-froid et l'efficacité de Shelton, on jurerait que sa carrière de buteur a débuté au berceau. La réalité est un peu différente. "Dans ma jeunesse, j'étais un des plus mauvais joueurs du quartier", s'amuse-t-il au micro de FIFA.com. "Quand nous jouions au coin de la rue, tous mes amis se moquaient de moi. La plupart du temps, ils me demandaient de garder le but."  

Comment ce garçon, relégué aux postes les plus ingrats, est-il devenu en quelques années le principal atout offensif de son pays ? "À l'époque, notre entraîneur n'arrêtait pas de me dire que je pourrais devenir le meilleur buteur de l'équipe nationale un jour", se souvient le joueur de 27 ans. "Pour être franc, je n'y croyais pas du tout. Il essayait juste de me motiver en me racontant des histoires. Pourtant, j'ai travaillé dur et j'ai tout donné. Au bout de quelque temps, je me suis mis à marquer à chaque fois que j'entrais sur le terrain."  

Son bilan sous les couleurs de Harbour View FC, son premier club professionnel, s'établit à 44 buts en 43 matches. C'est le début d'une carrière qui le mènera successivement en Angleterre, en Norvège, au Danemark et en Turquie, où il porte depuis 2011 le maillot de Karabukspor. Il y a deux ans, Shelton est effectivement devenu le meilleur buteur de l'histoire de la sélection jamaïcaine. Plus incroyable encore, les Reggae Boyz n'ont jamais connu la défaite lorsque leur attaquant a trouvé le chemin des filets.

Le bon état d'esprit
Sans surprise, Shelton s'est imposé comme l'un des grands artisans de la victoire jamaïcaine sur les États-Unis en septembre, au tour précédent. "Nous avons encaissé un but dès la première minute mais nous ne nous sommes pas désunis. Nous étions chez nous et nous sommes restés calmes." Les Jamaïcains ont pris le jeu à leur compte et sont ainsi revenus à égalité avant la pause. Sur un coup franc superbement tiré par Shelton à l'heure de jeu, le ballon s'est élevé au-dessus du mur américain avant de terminer sa course au fond des filets malgré de Tim Howard. "Je savais que nous allions gagner", assure Shelton. "Nous étions dans le bon état d'esprit."

Après 19 tentatives infructueuses, la Jamaïque tenait enfin son premier succès sur son puissant voisin. La perspective de débuter le tour final des qualifications pour Brésil 2014 face au Mexique, champion continental et olympique en titre, n'effraie donc pas les Reggae Boyz. "Le Mexique est la meilleure équipe de la CONCACAF, juste devant les États-Unis", juge l'attaquant. "Nous le savons. Mais nous sommes rapides et nous sommes particulièrement à l'aise en contre. Si nous restons vigilants pendant 90 minutes, nous aurons nos chances. La défaite n'a rien d'inéluctable."  

Programmé le 6 février, le choc entre les deux équipes aura lieu à l'Azteca. "C'est l'endroit le plus intimidant du monde", estime le Jamaïcain. "La chaleur est étouffante et le bruit assourdissant. Quand 100 000 personnes vous crient dessus en même temps, vous pouvez difficilement les ignorer." La rencontre s'annonce d'autant plus difficile pour les visiteurs qu'El Tri n'a perdu qu'une seule fois en qualifications dans son antre.

Tout commence ici
De son côté, Shelton était entré en cours de jeu lors de la défaite (3:0) concédée ici même par la Jamaïque, en 2008. "J'étais jeune à l'époque. Cette fois, je saurai faire abstraction des circonstances", assure le meilleur buteur jamaïcain, qui se verrait bien créer la surprise en ajoutant quelques unités à son compteur personnel. "Tout commence ici. C'est la prochaine étape vers le Brésil."

La dernière qualification de la Jamaïque pour la Coupe du Monde de la FIFA™ remonte à l'édition 1998. Bien entendu, Shelton conserve un souvenir ému de cette époque. "C'est à ce moment qu'est né mon rêve de représenter mon pays", poursuit l'attaquant. Du haut de ses 13 ans, l'enfant de Kingston a vibré en entendant l'hymne national retentir pour la première fois sur la plus belle des scènes. "Je m'en souviens comme si c'était hier."

L'actuel sélectionneur, Theodore Whitmore, lui-même vétéran de France 1998, s'est attaché dès son arrivée à bâtir un groupe capable de tirer son épingle du jeu lors du tour final des qualifications de la CONCACAF. "Cette équipe est sans doute la meilleure depuis 1998. Elle est peut-être même encore plus forte que celle à laquelle j'appartenais", confie Whitmore.

"C'est vrai", confirme Shelton. "Nous pouvons nous qualifier pour la Coupe du Monde. Je n'ai aucun doute à ce sujet. Par le passé, nous avons été minés par les égos et tout le monde n'a pas toujours tiré dans le même sens. Aujourd'hui, l'échec est impensable."