Dans un pays frappé par la crise, le football pourrait ne pas être considéré comme une priorité. Pourtant, Mohamed Salah estime qu'il peut jouer un rôle crucial et aider les habitants à oublier un temps leurs problèmes. Toujours en course pour retrouver la Coupe du Monde de la FIFA™ après 24 ans d'absence, les Pharaons ont une occasion en or de donner aux supporters locaux une raison de se réjouir. "On ressent toujours de la pression dès que les fans placent leurs espoirs en nous, surtout dans des moments si difficiles. Cela fait naître un sentiment de responsabilité ", explique l'attaquant du FC Bâle au micro de FIFA.com

À 21 ans, l'une des pièces maîtresses du club champion de Suisse a réussi à voler la vedette à plusieurs de ses aînés pour à s'affirmer comme un élément indispensable d'une sélection égyptienne désireuse de renouer avec son glorieux passé. Après s'être assurés la première place de leur groupe à une journée du terme, les Nord-Africains se préparent à disputer la dernière double confrontation qui les sépare d'une participation à la Coupe du Monde de la FIFA™. 

Le bon parcours égyptien tendrait à faire oublier que le championnat national a été annulé deux années consécutives, obligeant le sélectionneur Bob Bradley à multiplier les matches amicaux afin que ses hommes gardent le rythme. Malgré ce repos forcé en club, les septuples champions d'Afrique ont fait dominé la Guinée, le Mozambique et le Zimbabwe dans le Groupe G pour devenir la seule équipe du continent à engranger 15 points en cinq matches.

"Nous évoluons dans des conditions difficiles depuis le début des éliminatoires, en raison de l'arrêt du championnat et des problèmes auxquels est confronté le pays", admet Salah, qui a participé au Tournoi Olympique de Football Masculin, Londres 2012. "Le plus important sera de penser à tous ceux qui attendent un peu de joie. Une qualification pour la Coupe du Monde serait le meilleur moyen de les rendre heureux."

Auteur du but de la victoire sur la Guinée (3:2) dans les derniers instants, avant de signer un triplé face au Zimbabwe (4:2), le Bâlois a en outre marqué l'unique but du match retour contre le Mozambique, synonyme de qualification pour le dernier tour de la phase préliminaire. Le 6 septembre, l'Égypte aura l'occasion de continuer sur sa lancée et de rendre une copie parfaite en cas de triomphe face à la Guinée.

Un seul défaut
Formé à l'Arab Contractors, modeste club de première division égyptienne, Salah a attiré l'attention de Bâle, qui n'a pas tardé à le recruter à l'été 2012. Alors que plusieurs de ses compatriotes expatriés retournaient prématurément en Égypte, Salah a fait le pari de tenter l'aventure européenne. "Ça n'a pas été facile. Je ne savais pas ce qui m'attendait en Europe et si je réussirais à m'adapter. Mais la première année s'est bien passée et je n'ai pas vraiment eu le mal du pays", se souvient Salah, qui a fait ses débuts en sélection en 2011 et a depuis inscrit 16 buts en 23 sélections. "Tant que je joue bien et que j'atteins mes objectifs, le reste n'est pas un problème. J'espère contribuer à changer l'opinion que certaines personnes se font des joueurs égyptiens à l'étranger."  

Les passes décisives de Salah et la constante menace qu'il représente pour les défenses adverses ont largement aidé le FCB à décrocher son quatrième titre de champion de Suisse d'affilée en juin. L'Égyptien s'est également mis en évidence en UEFA Europa League pour permettre aux Helvètes d'atteindre le dernier carré. Buteur à Stamford Bridge en demi-finale face à Chelsea et auteur de neuf réalisations toutes compétitions confondues la saison passée, Salah a néanmoins dû essuyer les critiques de son entraîneur Murat Yakin, qui lui reproche de gâcher trop d'occasions. "Si les gens n'évoquent qu'un seul défaut dans mon jeu, c'est plutôt bon signe !", rigole-t-il. "On peut s'améliorer dans la finition à l'entraînement. Je travaille là-dessus." 

Souvent annoncé sur le départ après son excellente première saison au Parc Saint-Jacques, Salah, désireux de confirmer son statut de joueur d'avenir avant de s'engager avec une équipe plus importante, a préféré prolonger son séjour suisse. "Le club m'a dit que la Fiorentina, Lyon et Tottenham étaient intéressés. Mais ce qui compte pour moi, c'est le temps de jeu dont je vais disposer", annonce-t-il. "Ce n'est pas la peine de rejoindre une équipe pour gagner beaucoup d'argent et rester sur le banc. L'important, c'est de jouer."

Et Salah le fait bien, pour le plus grand bonheur de millions d'Egyptiens.