Que ce soit avec le Cameroun, la Thaïlande, le VfB Stuttgart ou Al Ahli, l'Allemand Winfried Schäfer collectionne les succès depuis près de 30 ans. L'ancien milieu de terrain (403 matches de Bundesliga pour 46 buts) a notamment remporté la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2002 avec les Lions Indomptables. L'année suivante, il a mené son équipe en finale de la Coupe des Confédérations de la FIFA.  

Il s'apprête pourtant à relever son plus grand défi, à l'âge de 63 ans. Les dirigeants de la Jamaïque lui ont demandé de qualifier les Reggae Boyz pour la prochaine Coupe du Monde de la FIFA™, Brésil 2014. La tâche s'annonce extrêmement difficile, d'autant que les Caribéens sont au plus mal dans les préliminaires de la CONCACAF.  

Au micro de FIFA.com, le grand voyageur évoque sa nouvelle mission, son métier d'entraîneur et ses projets pour l'avenir.

Winfried Schäfer, vous êtes désormais sélectionneur de la Jamaïque depuis quelques semaines. Comment se sont passées vos débuts depuis votre nomination ?   
Je me suis rendu aux États-Unis pour assister à la Gold Cup, afin d'observer nos prochains adversaires dans les qualifications pour la Coupe du Monde. J'ai déjà rencontré les trois quarts de mes joueurs dans leurs clubs. Ils ont pu constater que je prenais mon travail très au sérieux. Je les ai sentis motivés.

Avec deux points, la Jamaïque occupe actuellement la dernière place du tournoi hexagonal final, à 11 longueurs des États-Unis. Espérez-vous encore décrocher votre billet pour la phase finale ?
Si je n'y croyais pas, je n'aurais pas accepté cette mission ! En consultant le classement, je me suis inquiété. Deux points, ça n'est pas grand-chose. Mais en analysant le contenu des rencontres, j'ai compris que cette équipe méritait mieux. Les joueurs ont réussi un bon match contre le Mexique, mais ils ont commis l'erreur de se relâcher. Ils ont cru que le reste était gagné d'avance. Le match contre le Panama le 6 septembre prochain sera décisif. Nous ne pouvons pas nous permettre de le perdre. Actuellement, nous avons peut-être 30 % de chances de nous qualifier. Si nous battons le Panama, nos chances passeront à 60 %. Il sera temps ensuite de nous concentrer sur le match suivant, contre le Costa Rica.
Le plus important est d'établir une relation forte avec les joueurs. À ce stade, il me semble plus utile de les mettre en confiance et de les convaincre que tout est encore possible, que de leur expliquer comment tirer un corner. Bien entendu, il nous faudra aussi un peu de réussite.

Votre équipe n'a inscrit que deux buts en six sorties. Comment résoudre ces difficultés offensives ?
Tous mes joueurs mesurent entre 1m80 et 1m90. Ils ont des qualités dans le domaine aérien. Nous devons donc travailler les coups de pied arrêtés. Nos deux buts ont été marqués sur un coup franc et un corner. Compte tenu du niveau de ces joueurs, c'est insuffisant. Peut-être serons-nous également amenés à modifier notre système de jeu. Jusqu'à présent, la Jamaïque a joué avec un seul attaquant, ce qui n'aide pas à marquer beaucoup de buts. Il est encore trop tôt pour annoncer que nous jouerons en 3-5-2 ou en 4-4-2. Je dois me faire une idée des possibilités de mon groupe. Je vais évaluer le niveau collectif et individuel. La rigueur tactique est aussi un élément important.

Vous êtes-vous installé en Jamaïque ou venez-vous uniquement pour les matches ?
Je ne travaille pas comme ça. On ne fait rien de bon dans ces conditions. Je suis là, en Jamaïque, pour mieux connaître le football local. Si mes collègues jamaïcains le souhaitent, j'organiserai des formations afin de favoriser le développement de joueurs de haut niveau. Je n'ai pas l'intention de rester chez moi en attendant qu'il se passe quelque chose. Je suis venu aider le football jamaïcain.  

Votre mission ne se limitera donc pas aux qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA™ ?
Nous nous reverrons à l'issue des préliminaires pour discuter de tout cela tranquillement et nous prendrons une décision. Au cours des dernières semaines, j'ai vu beaucoup de jeunes de 19 ou 20 ans très talentueux. Nous pouvons aussi construire pour la Coupe du Monde 2018. Dans un premier temps, nous allons tenter d'atteindre les barrages. Si nous y parvenons, je suis certain que nous serons du voyage au Brésil. Mais pour cela, il faudra faire preuve de courage, de volonté, de détermination, de rigueur et de concentration.

La Jamaïque a-t-elle encore sa place parmi les meilleures nations de la CONCACAF ?
Je pense qu'elle est capable de revenir au sommet, mais il faut avancer pas à pas. Il faut du temps pour reconstruire.  

Quelle place tient le football en Jamaïque ?
En ce moment, on voit beaucoup Usain Bolt, car il gagne sans arrêt. Mais le football reste très populaire. Nous voulons que le football jamaïcain retrouve la place qui était la sienne dans les Caraïbes en 1998, au moment de la Coupe du Monde. En Championship anglais, cinq équipes ont un capitaine jamaïcain. C'est à la fois un honneur et une bonne nouvelle. Les succès individuels rejaillissent sur l'équipe nationale. Si les résultats s'améliorent, il y aura forcément un effet de curiosité. Les supporters viendront alors en masse pour nous soutenir. C'est précisément ce que je cherche à obtenir et c'est la raison pour laquelle je m'applique à créer une atmosphère de renouveau autour de la sélection.   

Au niveau personnel, vous avez exercé en Europe, en Asie, en Afrique, en clubs et en équipes nationales. Qu'est-ce qui vous intéresse le plus ?  J'aime avant tout mon métier d'entraîneur. Lorsque tout le monde tire dans le même sens, on peut réaliser des choses extraordinaires. En Thaïlande par exemple, nous avons réussi quelque chose de fabuleux mais, à un moment donné, le soutien pour l'équipe nationale n'était plus au rendez-vous. Dans ces conditions, mon travail ne m'intéresse plus. J'ai besoin de me sentir entouré de gens aussi passionnés que moi par le football. C'est un métier difficile mais extrêmement gratifiant. Quand je suis arrivé au Cameroun, j'ai beaucoup voyagé pour rencontrer les joueurs. Ils m'ont expliqué ce qu'ils recherchaient. Depuis mon départ, l'équipe nationale est en difficulté. J'en éprouve une certaine fierté mais aussi de la tristesse car je pensais leur avoir montré ce qu'il fallait faire pour gagner.

Suivez-vous également la Bundesliga ?

Je reviendrais volontiers en Allemagne, mais je ne peux pas dire qu'il s'agisse d'une priorité absolue pour le moment. La Bundesliga est sans doute le meilleur championnat du monde à l'heure actuelle. Contrairement à ce qui se passe en Angleterre ou en Espagne, nous n'avons pas deux ou trois équipes qui dominent outrageusement les débats. Prenons par exemple le premier match de la saison entre le Bayern Munich et le Borussia Mönchengladbach (3:1). Le niveau est si élevé que le Bayern aurait très bien pu perdre contre le huitième du dernier championnat. On ne voit pas ça en Espagne ou en Angleterre. L'Allemagne est devenue un pays très attractif pour les footballeurs. Néanmoins, j'aimerais beaucoup avoir l'occasion de travailler un jour en Angleterre. C'est mon rêve. Là-bas, l'ambiance dans les stades est magnifique.