Mario Alberto Kempes fait partie des footballeurs les plus marquants de l'histoire du football argentin. Audacieux, percutant et très adroit dans les derniers mètres, l'ancien joueur de Rosario Central, River Plate et Valence, entre autres, a joué un rôle déterminant dans l'obtention par l'Argentine de la Coupe du Monde de la FIFA 1978. Il a notamment inscrit six buts qui l'ont propulsé au sommet du classement des meilleurs buteurs de l'épreuve.

"J'étais un buteur inhabituel, parce que je ne jouais pas vraiment dans la surface", reconnaît volontiers celui qui n'avait pas inscrit un seul but pendant la phase de groupes de l'édition 1978. Pourtant, son apport dans les tours décisifs, notamment le doublé en finale face aux Pays-Bas, le situe au cœur de l'histoire du football argentin.

De passage au Brésil, où il a pris part au Tirage au sort final de Brésil 2014, le Matador a partagé ses impressions avec FIFA.com concernant le tournoi de juin, les chances de l'équipe d'Alejandro Sabella et les pressions que le Brésil devra affronter en tant qu'équipe hôte.

Mario, comment analysez-vous le parcours de qualification de l'Argentine pour la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014 ?
Il a été bon, voire très bon, malgré un démarrage un peu poussif, comme souvent. Mais Sabella a su marquer un cap et atteindre son objectif. Tant que Lionel Messi est content, l'équipe marche bien. Enfin, pas seulement Messi. Il faut que tout le monde soit content.

Comment faut-il s'y prendre pour préserver la cohésion pendant les périodes de cohabitation ?
C'est très compliqué et il faut être habile. Ils jouent tous dans de grands clubs et personne ne veut parcourir 13 ou 14 000 km pour rester assis sur le banc. Et parfois ce n'était pas juste un match, mais deux ! Mais je pense que Sabella, comme n'importe quel autre sélectionneur, essaie de faire plaisir à tout le monde lors des matches amicaux. Cela permet à tous les joueurs de se sentir importants au sein du groupe.

Qu'est-ce que cela signifie une Coupe du Monde dans la carrière d'un footballeur ? Est-ce la même chose aujourd'hui qu'en 1978 ?
Non, bien sûr que  non. Aujourd'hui, tout acquiert beaucoup plus d'importance. Quand on gagne une Coupe du Monde à l'heure actuelle, ou un autre titre important d'ailleurs, on ne peut pas en profiter. Les journalistes n'arrêtent pas et on finit par se lasser. Mais quelques années plus tard, on se remémore ces instants-là et on mesure toute l'importance de ce que l'on a fait ! En tout cas, il ne suffit pas d'un joueur pour y parvenir : il faut que tout le groupe travaille à l'unisson.

On parle beaucoup de la pression que va subir le Brésil devant son public et de la façon dont il va le gérer. Quelle est l'influence de ce paramètre lors d'une telle compétition ?
C'est un peu différent, c'est vrai. Certains disent qu'il n'y a pas de pression et que le public est là pour soutenir les joueurs, mais ce n'est pas vrai. Si tout se passe bien, il n'y a pas de problème. Mais pour peu que ce ne soit pas le cas… Je pense que ceux qui sont en bas, sur le terrain, doivent entraîner ceux qui sont en haut, dans les gradins, et surtout pas l'inverse. Sauf peut-être dans une finale, où c'est du 50/50. Mais en poules, l'enthousiasme doit aller du bas vers le haut. Toute équipe qui joue à domicile doit sentir à un moment donné qu'elle est dominée par son rival et qu'elle a besoin de soutien, mais si on n'enthousiasme pas son public, le soutien ne viendra jamais.

A quel tournoi vous attendez-vous en juin ?
J'espère qu'on va sortir un peu des sentiers battus et qu'il y aura peu d'équipes mesquines, qui s'en remettent exclusivement à la contre-attaque. Il y en aura, bien sûr, parmi les débutants ou les équipes les moins huppées. Mais moi j'aimerais bien voir du beau spectacle, des matches où le ballon va d'une surface à l'autre. J'espère que les meilleurs joueurs du monde seront là à chaque match. Pas forcément pendant les 90 minutes, mais au moins par intermittence.

Si on vous dit "Brésil", à quoi pensez-vous en premier ?
Samba, bonheur, carnaval, plages… Et football !

Quelles sont les vraies chances de l'Argentine ?
Elle a ses chances même si je trouve qu'il commence à y avoir trop de différences entre l'attaque et la défense. Mais si Sabella a cru en ces joueurs, qu'il s'agisse d'un gardien qui n'est pas titulaire dans son équipe - Sergio Romero à l'AS Monaco -, ou des défenseurs, il faut lui faire confiance.

Trouvez-vous que l'équipe dépend trop de Lionel Messi ?
On dit toujours que l'entraîneur choisit les joueurs et la tactique, mais qu'ensuite ceux-ci se déplacent et les systèmes changent. Cependant, je crois que Messi a un truc en plus et que tous les joueurs de champ doivent le soutenir. Un joueur seul ne peut pas gagner la Coupe du Monde. Il peut jouer un rôle important, mais il ne va pas remporter tout seul tous les matches. C'est impossible.

Quel genre de joueur était Mario Kempes ?
J'étais différent de joueurs tels que Gabriel Batistuta ou Gerd Müller dans ma façon de me déplacer dans la surface de réparation. Je n'avais pas de grandes qualités à cet endroit-là, j'avais besoin d'espaces. Mais bon, je n'étais pas si mauvais non plus ! J'essayais de saisir les opportunités. J’étais plus un milieu de terrain, donc un attaquant d'un autre genre. Je n'étais pas un numéro neuf, comme tout le monde le croit aujourd'hui. Quand j'évoluais à cette place, je n'étais pas bon. En venant de loin, j'avais plus d'espace, une meilleure vision du jeu et plus de temps avec le ballon, ce que j'appréciais plus.