"Les oriundi sont les nouveaux Italiens", a lancé le sélectionneur de l’Italie Cesare Prandelli à la veille du match amical contre l'Espagne (0:1) disputé  le 5 mars dernier, où la Nazionale alignait trois oriundi dans le onze titulaire. Mais la présence de ces joueurs étrangers d’origine italienne dans le calcio n'est pas une nouveauté. Ils ont même largement contribué aux heures de gloire du football italien...

Dans la langue de Dante, le mot oriundo (oriundi au pluriel) désigne un immigré d’origine italienne, né et vivant hors d'Italie. Il vient de la contraction du latin oriri (être né) et du mot Orient, l'Italie se situant à l'Est de l'Amérique du Sud, terre d’accueil de la majorité des immigrés italiens concernés. Réduit à son sens sportif, le terme désigne aujourd’hui un joueur sud-américain d’origine italienne, revenu en Italie pour y faire sa carrière. Pour avoir droit au statut d'oriundo, il faut démontrer notamment qu'un membre de la famille proche, parents ou grands-parents, est ou était Italien ce qui ouvre le droit à réclamer un passeport italien.

En 94 ans, 63 oriundi sont ainsi venus jouer au pays de leurs ancêtres, et 42 d’entre eux ont porté le maillot de la Nazionale, dont 21 venus d'Argentine. Paradoxalement, le premier oriundo, l’attaquant Ermanno Aebi qui a porté deux fois le maillot azzurro en 1920, est venu de la voisine Suisse. Preuve de leur importance dans le football transalpin, pas moins de sept oriundi ont remporté la Coupe du Monde de la FIFA™ avec l'Italie : cinq en 1934 (Anfilogino Guarisi, né au Brésil, Attilio Demaria, Enrique Guaita, Luis Monti, Raimundo Orsi, nés en Argentine), un en 1938 (Miguel Andreolo né en Uruguay) et un en 2006 (Mauro Camoranesi, né en Argentine).

Historique et décisif
Le plus célèbre restera sans doute Luis Felipe Monti, né à Buenos Aires d'une famille originaire d'Emilie-Romagne, qui présente la particularité d'avoir disputé deux finales de Coupe du Monde sous deux maillots différents. En 1930 en Uruguay, il défend les couleurs de l'Argentine, dont il portera le maillot à 16 reprises pour cinq buts, dont le tout premier de l’histoire albiceleste en Coupe du Monde contre la France (1:0), avant d'échouer en finale contre le pays hôte. En 1931,  il rejoint la Juventus où il va passer sept saisons. Retenu avec la Squadra Azzurra, il joue un rôle décisif dans la victoire finale en 1934 contre la Tchécoslovaquie (2:1 a.p.). Deux autres oriundi participaient à cette finale. Le formidable ailier gauche Raimundo Orsi, auteur du but de l'égalisation, et Enrique Guaita, qui reste le meilleur buteur dans un championnat à 16 clubs avec 28 réalisations lors de la saison 1934/35.

Loin d'être des mercenaires revenus provisoirement au pays dans un but purement lucratif, la majorité de ces champions du monde se sont enracinés dans la terre de leurs ancêtres, à l'image d'Andreolo, quatre fois champion d'Italie avec Bologne, Guarisi, qui a disputé 137 rencontres et marqué 43 buts pour la Lazio, ou encore Demaria avec l'Inter Milan (268 matches, 76 buts) avant d'entamer une carrière d'entraineur. Guaita a préféré repartir rapidement en Argentine quand il a été mobilisé le 19 septembre 1935 pour aller faire la guerre en Ethiopie.

La campagne mondiale a été moins fructueuse pour d'autres stars comme Juan Schiaffino, champion du monde en 1950 avec l'Uruguay (21 sélections) avec qui il marque un but en finale, avant d'échouer avec l'Italie en 1958 en Suède. Pour sa part, Omar Sivori, auteur de neuf buts en 19 sélections avec l'Argentine et huit en neuf matches avec l'Italie, ne soulèvera le trophée mondial avec aucune des deux nations, mais reste un monument des deux côtés de l’Atlantique. Champion du monde avec le Brésil en 1958, Jose Altafini a ensuite passé 19 ans en Serie A, mais n'a disputé que six matches avec la Nazionale dont deux lors de la Coupe du Monde 1962.

Camoranesi relance la tendance
Après l'élimination en phase de poules, lors de la Coupe du Monde de la FIFA, Chili 1962™, les dirigeants italiens rechignent à puiser dans ce réservoir et on ne recense aucun oriundo entre la dernière sélection d'Angelo Sormani en octobre 1963, et les débuts de Mauro Camoranesi le 12 février 2003. Originaire de la province argentine de Tandil mais ignoré par l’Albiceleste, le milieu offensif de la Juventus endosse le maillot azzurro grâce à ses grands-parents, originaires des Marches, et devient le recordman de sélections (55) des oriundi.

Depuis sa prise de fonction, Prandelli n'hésite pas à perpétuer la tradition. Après Cristian Ledesma et Amauri, ce fut le tour de Thiago Motta, Pablo Osvaldo et dernièrement, Gabriel Paletta, 28 ans, le plus Calabrais des Argentins, même s'il a remporté la Coupe du Monde U-20 de la FIFA 2005, en compagnie des Lionel Messi et autres Sergio Agüero. "J'ai grandi en Argentine ou se trouvent tous mes proches. Mais je me sens Italien si je pense au rêve de mon grand-père qui voulait que ses fils reviennent en Calabre avec un peu d'argent en poche pour démontrer qu'il avait réussi", confie le dernier oriundo appelé, grâce à ses excellentes prestations avec Parme. "D'une certaine façon, cette sélection me permet d'accomplir son rêve."

Outre la raison sentimentale, la réalité est que les oriundi sont désormais presque devenus une nécessité. "Lors du dernier week-end de Serie A, il y avait seulement 38% de joueurs de nationalité italienne", précisait Cesare Prandelli pour justifier ses choix…