Nous jouons la 85ème minute du match électrique qui oppose le Ghana à l’Allemagne. Le tableau d’affichage indique 2:2. Malgré la chaleur et l’humidité régnant sur l’Estadio Castelao de Fortaleza, les deux équipes n’ont cessé de multiplier les va-et-vient. Dans de telles conditions, il est courant que le rythme baisse d’un cran et que les jambes se fassent plus lourdes. Pourtant, un joueur ne semble pas concerné par les limites du corps humain. En témoigne cette action où il récupère un ballon et se lance dans une folle chevauchée dans son couloir avant d’ajuster un centre dangereux.

Ce joueur, c’est Harrison Afful, latéral droitdu Ghana sur le papier mais dévoreur d’espaces sur le rectangle vert. Il est sur le terrain depuis le coup d’envoi, mais il semble courir plus vite et avoir davantage d’énergie que les 21 autres acteurs. Comment un joueur aussi impressionnant a-t-il pu passer inaperçu du grand public, d’autant plus qu’il a 28 ans ? La réponse est simple : parce qu’il n’a jamais joué en Europe. Pourtant, celui qui porte les couleurs de l’Espérance de Tunis depuis quatre ans n’a pas manqué d’offres.

"J’ai reçu des propositions, mais j’ai estimé qu’elles ne correspondaient pas à ce que j’attendais", raconte-t-il à FIFA.com après le match contre l’Allemagne. "Je suis bien en Tunisie, on s’est toujours bien occupé de moi là-bas. Je ne voulais pas partir juste pour tenter l’aventure. Cela dit, si je reçois un jour une offre qui m’intéresse, c’est clair que je vais l’étudier", assure-t-il, l’œil brillant.

Rien à regretter
La palette de l’arrière ghanéen ne se limite pas à sa pointe de vitesse et son volume du jeu. Le joueur de couloir accompli se distingue aussi par la qualité de ses centres, comme il l’a montré en servant parfaitement André Ayew sur l’égalisation des Black Stars. Cela dit, l’intéressé est le premier à reconnaître qu’il a forgé son identité footballistique grâce à sa ténacité et sa capacité à ne rien lâcher.

"C’est en moi. Si je ne jouais pas comme ça, ce ne serait pas moi", reconnaît à voix basse ce petit gabarit d’1m70. "Depuis que je suis enfant, je vais très vite. Et comme j’ai toujours aimé avoir le ballon, quand je l’ai à proximité, je ne peux pas m’empêcher d’aller le chercher. En plus, j’aime beaucoup mes coéquipiers et mon pays, donc je ne vais jamais ménager mes efforts pour les aider."

Après le match de ce 21 juin, Afful voit l’avenir du Ghana dans la compétition avec optimisme, même si son équipe n’a pas toutes les cartes en main. "C’est dommage de ne pas avoir gagné aujourd’hui", regrette-t-il à propos du spectaculaire 2:2 face à la Nationalmannschaft. "Une victoire aurait été très positive. Mais on a laissé les tripes sur le terrain et on a sorti un très bon match contre cette grande équipe. Il nous reste un match et on va faire le maximum pour passer. Si on ne se qualifie pas, on n’aura rien à regretter."