C’est la grande question en France : comment en l’espace de quelques mois, les Bleus sont-ils passés d’une équipe poussive à un groupe soudé, qui joue bien ensemble et marque des buts à n’en plus finir (26 en huit matches pour trois encaissés, depuis le match aller en Ukraine) ? Le déclic ukrainien, l’absence de fortes têtes dans l’équipe, la fraîcheur physique, de nombreuses explications ont été avancées.

Aucune certitude ou presque, en vérité. Une chose peut-être : les mots d’un sélectionneur. En France, tout le monde se souvient de Didier Deschamps, lorsqu’il était capitaine des Bleus en 1998, à la mi-temps de la finale de la Coupe du Monde : alors que la France mène 2:0, il motive ses coéquipiers, hausse le ton, puis prend à part Zinédine Zidane, calmement.

Et il semble bien que DD a choisi de garder cette formule gagnante du chaud-froid dans son rôle d'entraîneur. Au sortir de la qualification après le match contre l’Equateur, il jouait plutôt la corde enthousiaste. "C’est une grosse satisfaction pour moi, pour mon staff. Je suis fier de ce qu’ont réalisé les joueurs. Il faut qu’on apprécie ce moment : en voyant les autres matches, on se rend compte que cette Coupe du Monde est très difficile. Aujourd’hui, il y a déjà de grandes nations qui sont déjà éliminées, mais nous, on est là…", disait-il au micro de la FIFA.

Même le manque d’efficacité de ses attaquants face aux Sud-Américains ne l’inquiétait pas plus que ça. "Nous n’avons pas été efficaces, mais nous avons eu beaucoup d’occasions. Nous avions été particulièrement prolifiques dans nos matches précédents, c’était important. Cela aurait été mieux de continuer, mais ça ne gâche en rien notre joie d’être qualifiés".

Stimulation
De là à tomber à dans l’angélisme ? Non et c’est pourquoi Deschamps, déjà après le premier match, avait pris soin de préciser en conférence de presse qu’il ne "fallait pas s’emballer" mais que "pour le moment, n’ayant pas senti d’excès de confiance, je n’ai pas eu besoin d’intervenir". Avant d’ajouter : "mais il ne faut pas s’endormir non plus". Chaud-froid, vous dit-on.

Autre moyen "deschampesque" pour maintenir la corde bien raide : stimuler ses 23 joueurs. D’où la rotation face à l’Equateur, avec six habituels remplaçants sur le terrain : “Je suis assez content de leur performance, même si je pense que nous aurions pu mieux jouer collectivement. Mais c’est important que le plus de joueurs possibles gardent le rythme en ayant du temps de jeu". On notera qu’en 1998, l’équipe avait aussi été chamboulée pour le dernier match de poule.

Reste maintenant à passer l’écueil nigérian, que le technicien ne mésestime pas. "Ils vont sûrement nous poser des problèmes physiquement et ils ont des attaquants qui peuvent faire la différence à tout moment", note-t-il, en se gardant bien de dévoiler ses plans pour contrer les Super Eagles.  

En arrivant au Brésil, la Dèche avait déclaré dans les médias que "la dynamique d’équipe et le mental des joueurs seront essentiels. Ce n’est pas ce qui vous fait gagner un match, mais vous ne pouvez pas gagner sans". Avec huit buts marqués en trois matches et une première place du Groupe E, il semble acquis que l’ancien capitaine des Bleus victorieux a réussi dans cette entreprise. L’histoire dira si la fin du film est identique à la saga de 1998…