Dans les buts américains, Tim Howard est un roc. Gardien athlétique et fiable, il a apporté sa contribution à l'excellente cinquième place d'Everton dans la Premier League anglaise 2013/14 et a récemment fêté sa 100ème sélection avec les États-Unis. Alors qu'il se prépare à disputer sa troisième Coupe du Monde de la FIFA, le meilleur gardien de l'histoire du football américain est l'un des cinq joueurs, parmi les 23 présents au BRésil, à avoir déjà participé au Mondial.

Aujourd'hui âgé de 35 ans, Howard évoque avec FIFA.com quelques aspects de sa personnalité, le record qu'il a battu et qui a longtemps été détenu par un ami qui lui est cher, et le premier match des États-Unis contre le Ghana.

L'équipe des États-Unis est omniprésente en ce moment dans les médias américains. Cela peut-il vous perturber ?
C'est vrai, il y a un gros buzz. Nous avons essayé, autant que possible, de répondre à toutes nos obligations médiatiques, les interviews, les conférences de presse, tout cela. Maintenant, nous sommes prêts et tous très impatients d'arriver à São Paulo. C'est là que tout commencera réellement. Le but est de nous concentrer au maximum et d'être prêts à sortir de la cage aux lions, pour ainsi dire, dès notre premier match, contre le Ghana.

La Coupe du Monde, vous connaissez bien. Est-il difficile de négocier la transition entre une saison intense en Angleterre et la concentration que demande une telle épreuve ?
Nous nous donnons tous à fond pendant toute l'année et la Coupe du Monde n'est qu'une prolongation de cet effort. Si vous avez bien terminé la saison, il vous suffit de continuer sur votre lancée, d'utiliser la fin de saison comme un tremplin vers la Coupe du Monde.

Et si ce n'est pas le cas, que vous avez connu une fin de saison difficile ?
Si vous n'avez pas terminé la saison au mieux, c'est le moment de jouer votre joker. Tout est nouveau en Coupe du Monde : les terrains, l'ambiance, votre entraîneur, vos coéquipiers. Tout votre environnement change. Ça aide beaucoup à passer l'éponge sur la saison qui vient de s'achever.

Jürgen Klinsmann a choisi un effectif inexpérimenté, avec seulement cinq joueurs qui ont déjà participé à la Coupe du Monde. Vous êtes l'un de ces cinq rescapés. Cela vous donne-t-il automatiquement un rôle de leader ?
Oui, mais un leader par les actes, pas par les mots. C'est un travail quotidien. Je fais mon boulot avec la bonne attitude et beaucoup d'intensité. Quand les jeunes voient mon comportement, ils voient d'une certaine façon comment il faut s'y prendre et peuvent l'utiliser comme exemple.

Que faut-il d'autre pour être un véritable leader dans une équipe ?
Il est important de ne rien laisser passer à l'entraînement. Si je vois qu'un coéquipier ne fait pas les choses comme il faut, ou qu'il lève le pied, je lui fais remarquer. À l'entraînement, il est très important de contrôler le tempo, qui doit toujours rester intense. Un leader, ce n'est pas forcément quelqu'un qui crie sans arrêt. C'est quelqu'un qui veille à ce que les choses soient faites correctement, qui montre l'exemple en faisant lui-même à fond ce qu'il exige des autres.

Vous montrez l'exemple par les actes. Cela dit, on vous entend de loin sur le terrain…
(Rires) Hurler sur le terrain fait partie de ma nature, c'est à prendre ou à laisser. Je veux contrôler la situation et ma manière de le faire est de communiquer avec mes défenseurs.

La ligne arrière américaine probable au Brésil aura peu d'expérience, voire aucune, en Coupe du Monde. Comment faites-vous pour souder quatre défenseurs en un bloc ?
J'essaie de ne pas perdre le contact avec mes défenseurs pour qu'ils sachent à tout moment où ils doivent se trouver. C'est pour ça que vous m'entendez beaucoup parler. Ils doivent connaître leur rôle et si ce n'est pas le cas, ce ne sera certainement pas de ma faute, vu que je parle tout le temps. La communication est un aspect essentiel en défense.

En guise de préparation, vous avez disputé trois matches, contre l'Azerbaïdjan, la Turquie et le Nigeria. Vous les avez tous gagnés. Comment interprétez-vous ces résultats ?
Il y a du positif et du négatif dans les rencontres amicales. On peut en tirer des leçons. C'est là-dessus qu'il faut focaliser son attention. La raison d'être de ces matches est de voir ce qui va et ce qui ne va pas, d'identifier les problèmes avant d'être jetés dans le grand bain. L'objectif général est que tout soit en place au moment d'affronter le Ghana.

Cela fait plus de six mois que vous connaissez vos adversaires en phase de groupes. Chronologiquement, vous allez affronter le Ghana, le Portugal et l'Allemagne. Votre perception de ces adversaires a-t-elle changé depuis le tirage au sort ?
Il y a un frisson au moment du tirage au sort, mais ça finit par passer. Après, vous oubliez les adversaires pour vous concentrer sur vous-même et sur votre équipe. Maintenant que le premier match approche, notre attention est exclusivement axée sur le Ghana. Nous ne pensons à rien d'autre. Il s'agit de bien connaître leur tactique, leurs joueurs les plus dangereux, leur style préféré. Les quelques jours qui nous séparent du 16 juin, nous allons les passer à étudier le Ghana.

On dit souvent qu'il est crucial de gagner le premier match ? Cela dit, l'Espagne a gagné la dernière Coupe du Monde après avoir perdu sa première rencontre dans la compétition...
Je suis de ceux qui pensent qu'il est essentiel de prendre quelque chose dès le premier match. Cela dit, c'est vrai, il ne faut pas en faire trop. Mais une victoire d'entrée signifie à la fois un surplus de confiance et la mise en route d'une dynamique. Car si vous perdez, vous vous retrouvez tout de suite dans une situation de rattrapage, ce que personne ne veut. Le pire scénario est de ne plus maîtriser son destin au coup d'envoi du troisième match de la phase de groupes, et de se ronger les ongles en espérant qu'une autre équipe obtienne le résultat dont vous avez besoin.

Qu'en est-il de vos deux autres adversaires, le Portugal et l'Allemagne ? Y pensez-vous déjà ou gardez-vous le sujet pour plus tard ?
Disons que nous sommes conscients qu'après le Ghana, nous avons deux autres grosses équipes qui nous attendent. Mais ça ne va pas plus loin. Nous nous intéresserons à chacune de ces équipes quand elle sera notre prochain adversaire. C'est comme ça.

Parmi les 23 Américains, il y a des surprises, comme l'inclusion de Julian Green et Timmy Chandler, et des absences qui ont fait beaucoup de bruit, comme celle de votre coéquipier de longue date, Landon Donovan. Combien de temps cela prendra-t-il pour que les nouveaux se fondent dans le moule ?
Ça va beaucoup plus vite que ce que vous pouvez imaginer. Nous sommes tous des professionnels et donc, nous savons comment les choses fonctionnent. Certains sont sélectionnés, d'autres non, mais tout le monde se connaît. Ça fait partie de la vie, de la vie professionnelle en tout cas.

Récemment, vous avez gagné votre 54ème match avec les États-Unis, soit un de plus que Kasey Keller, qui détenait ce record avant vous. Vous étiez sa doublure à Allemagne 2006. Avez-vous beaucoup appris de lui ?
J'ai été sa doublure pendant quatre ou cinq ans. Il m'a toujours donné de bons conseils, mais j'ai surtout appris à partir de ce qu'il ne me disait pas. Je l'observais dans les moments cruciaux, pendant les matches. Je regardais comment il se comportait à l'hôtel, avec les médias, avec tout le monde. Moi, j'ai ma propre personnalité mais en tant que footballeur professionnel, j'ai pris exemple sur lui. Comme gardien de but, c'est Superman. Je me souviens de son calme. Dans les moments décisifs, il gardait toujours la tête froide.

Revenons au présent. Dans ce Groupe G que beaucoup surnomment le "groupe de la mort", quels sont vos chances de réussite ?
Il n'est pas facile de définir la réussite, mais ma conception est celle-ci : à moins de gagner la Coupe du Monde, il y aura toujours de la place pour le doute. Il est difficile de parler de réussite quand vous ne gagnez pas une compétition. Je suis conscient que cela place la barre très haut. Une première réussite serait de parvenir à sortir de ce groupe.