Quand un même stade, en trois matches, est le théâtre de suffisamment de buts pour réaliser une compilation, il n'est plus possible de penser qu'il s'agit d'un hasard. À l'issue des trois premières parties disputées à l'Arena Fonte Nova de Salvador, dans cette Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™, le bilan est le suivant : Pays-Bas 5:1 Hollande, Allemagne 4:0 Portugal et France 5:2 Suisse.

Avec 5,66 marqués par match en moyenne, le stade Fonte Nova arrive ainsi en troisième position des enceintes les plus "prolifiques" de l'histoire de la Coupe du Monde, derrière le stade suisse de St. Jakob à Bâle (7,33 buts/match) et l'Idrottsparken de Göteborg en Suède (6,33 buts/match). À une époque de marquage et de préparation physique beaucoup plus intenses, où les espaces le terrain se sont beaucoup réduits, une moyenne de 5,66 est proprement surnaturelle. À se demander si l'Arena Fonte Nova ne serait pas bénie ?

"Pour qui connaît Bahia, la joie contagieuse de ses habitants et l'énergie qui semble jaillir de tous les recoins de son territoire, il n'est pas étonnant qu'autant de buts aient été marqués dans ce stade dans cette merveilleuse Coupe du Monde et que les matches y aient été si disputés", commente au micro de FIFA.com le gouverneur de Bahia, Jaques Wagner. "C'est comme si tous les saints du monde et les dieux du football s'étaient donné rendez-vous ici pour se joindre aux fans, sans doute les plus passionnés de cette belle et immense terre brésilienne."

Mais d'où vient cette bénédiction ?
Durant les longues années pendant lesquelles l'esclavage a été une véritable institution au Brésil, Bahia était l'une des principales destinations des navires négriers en provenance d'Afrique. C'est non seulement la liberté d'aller et venir qui était refusée à ces esclaves, mais également celle du culte religieux. Pour tous ces Africains, il était absolument interdit de professer une foi quelconque ou d'adorer les orixás, divinités yorubas qui représentaient des éléments fondamentaux de la nature.

Il se trouve qu'un groupe d'Africains avait trouvé un moyen de contourner la prohibition institutionnelle. Pour chaque orixá, il existait un saint correspondant dans le catholicisme qui, pendant toute la période de l'esclavage, a été la religion d'État. Il en était ainsi à Bahia, et spécifiquement à Salvador, qui est devenue un épicentre du syncrétisme religieux, grâce à la fusion entre divers ingrédients du candomblé et du catholicisme. À l'abolition de l'esclavage en 1888, Bahia s'est donc retrouvée avec deux religions.

Il ne s'agit pas ici d'une question démographique : les adeptes des deux cultes afro-brésiliens que sont l'umbanda et le candomblé étaient minoritaires, même à Bahia. Mais l'héritage culturel de l'esclavage a laissé une marque particulièrement forte dans l'État, en particulier à Salvador. Des terreiros où l'on pratique le fétichisme afro-brésilien aux fitinhas porte-bonheur de l'église Nosso Senhor do Bonfim, une bonne partie des traditions et attractions touristiques de la capitale baiana sont directement liées aux religions africaines et à leur fusion avec le catholicisme. Quoi de plus révélateur à ce sujet que le nom même de la fameuse baie de Salvador, la bien nommée "Baía de Todos os Santos" (baie de tous les saints) ?

Depuis les tribunes de l'Arena Fonte Nova, une vision saisissante rend compte de l'histoire religieuse unique de l'endroit. Sur le plan d'eau de Dique do Tororó, on peut voir flotter huit sculptures d'orixás : Oxum, Ogum, Oxóssi, Xangô, Oxalá, Iemanjá, Nanã et Iansã. Salvador est une ville mystique, pour tous, et semble avoir été bénie par les dieux du football, comme en témoigne l'avalanche de buts à l'Arena Fonte Nova depuis le début du tournoi. Le prochain match dans ce stade opposera le 25 juin la Bosnie-et-Herzégovine à l'Iran. À elles deux, ces équipes ont inscrit 0,25 but par match en moyenne depuis le coup d'envoi de la compétition. En cas de nouvelle pluie de buts à cette occasion, on pourra remercier les dieux. Quels qu'ils soient…