Les joueurs ivoiriens partagent un lien très fort. "Nous nous connaissons tous depuis longtemps. Nous formons une vraie famille", explique le défenseur de Liverpool Kolo Touré. Il règne en effet une ambiance décontractée et sympathique au sein du camp des Éléphants depuis le début de la Coupe du Monde de la FIFA 2014™. "Pour beaucoup, nous avons grandi ensemble. Nous nous côtoyons depuis l'enfance et, aujourd'hui, nous sommes devenus des hommes."

En arrivant à Recife, sur la côte septentrionale du Brésil, les Ivoiriens ne se sont pas mis immédiatement au travail. Le sélectionneur Sabri Lamouchi ne les a pas réunis pour une séance de tableau noir, un entraînement improvisé ou une causerie. Aisément identifiables dans leurs survêtements orange, les joueurs ont pris le temps de se reposer dans le salon de leur hôtel.

Didier Drogba en profite pour poser pour les supporters. Le sourire vissé aux lèvres, l'attaquant de Galatasaray se rend disponible, tout comme Yaya Touré, le frère de Kolo. Le triple Joueur Africain de l'Année reste sur une saison impressionnante avec Manchester City, et consacre aujourd'hui du temps aux autres. "Il règne une atmosphère particulière dans cette équipe chaque fois que nous nous retrouvons", explique Drogba, ancien lauréat de la Ligue des champions de l'UEFA. Tandis qu'il nous parle, ses coéquipiers s'affairent autour de lui. Certains demandent de la glace ou les codes WiFi, comme n'importe quels clients. Serge Aurier reste adossé au mur. Le benjamin de l'équipe plaisante avec Salomon Kalou et Gervinho.

Même attitude, même mentalité
On évoque la possibilité d'aller se promener sur la plage de Recife. Quelques-uns émettent des objections, mais se laissent bien vite convaincre. Les joueurs finissent par obtenir gain de cause. Ils laissent les tracas aux responsables de la sécurité. "C'est vrai, nous sommes comme une grande famille", confirme Kalou, attaquant de Lille. "Jeunes ou moins jeunes, nous sommes tous sur la même longueur d'ondes. Nous nous entendons très bien." À 33 ans, Kolo Touré dispute certainement sa dernière Coupe du Monde. "Ça peut sembler étrange mais, quand nous sommes ensemble, j'ai l'impression de retrouver des frères. C'est une ambiance très différente de celle que je connais en club", raconte l'ancien défenseur d'Arsenal. "Nous sommes tous issus du même pays. Nous avons la même attitude et la même mentalité."  

Tous les titulaires jouent dans les grands championnats européens. Pour la plupart, ils sortent à peine d'une saison très éprouvante. Après dix mois de lutte au plus haut niveau, ils ont enfin l'occasion de se ressourcer en  présence de visages familiers, de vieux amis ou même de véritables frères, dans le cas des Touré.
Pour autant, les Ivoiriens ne sont pas venus en vacances au Brésil. "Nous avons peut-être l'air détendus, mais nous ne sommes pas ici pour plaisanter", prévient Drogba. "Nous allons travailler dur pour réaliser nos objectifs. Nous jouerons pour gagner ensemble. Nous sommes totalement concentrés sur ce but."

Conserver l'unité
La preuve,  les joueurs de Lamouchi prennent les choses très au sérieux dès qu'ils se trouvent sur le terrain d'entraînement. Un centre raté d'Aurier provoque une volée de commentaires acerbes. Le jeune homme est visiblement très exigeant avec lui-même. Une mauvaise passe est immédiatement critiquée par les vétérans, quel qu'en soit l'auteur. Les tacles se font sans retenue. Tout le monde retient son souffle lorsque Tioté envoie Yaya Touré rouler sur la pelouse, mais le capitaine ivoirien se relève sans un mot.

La courte victoire (2:1) enregistrée face au Japon à l'Arena Pernambuco témoigne de l'état d'esprit qui règne chez les Éléphants. Entré en jeu à la 62ème minute, Drogba n'a pas perdu son temps à exprimer son mécontentement. On ne l'a pas vu grimacer ou poser les mains sur les hanches. Il s'est immédiatement rué à l'assaut du but adverse. Il a harcelé la défense japonaise pour ouvrir des espaces à Gervinho et Wilfried Bony. Il s'est mis au service du groupe, de la famille. Resté sur le banc jusqu'au coup de sifflet final, Kolo Touré a été le premier supporter ivoirien. À l'issue de la rencontre, il a embrassé tous ses partenaires, avant de crier sa joie dans le tunnel qui mène aux vestiaires.

À l'abri des regards indiscrets, les Ivoiriens se sont laissés aller. De l'extérieur, on a pu entendre les bruits caractéristiques d'une réunion de famille. "Il faut conserver cette unité sur le terrain", assure Kolo Touré, une expression heureuse sur le visage. Bientôt, il faudra faire face à la Colombie. "Pour le moment, nous allons nous détendre. Mais dès notre prochaine sortie, nous aurons retrouvé tout notre sérieux."