Carlos Alberto Parreira sort du tunnel du stade Morumbi, regarde autour de lui et respire un grand coup. L'atmosphère est lourde. La Seleção s'apprête à jouer à domicile contre l'Équateur. Ce qui a priori se présente comme un motif d'optimisme s'accompagne également d'une préoccupation : il s'agit non seulement de gagner - le Brésil s'imposera 2:0 ce jour-là - mais de le faire en jouant bien. Et si cela devait arriver, ce ne serait rien de plus qu'une obligation remplie.

Il y a les supporters gâtés, et puis il y a les supporters brésiliens. Le récit fait par Parreira, dans un long entretien accordé à FIFA.com en 2012, de cette journée de 1993, est l'un des nombreux exemples de cet état de fait. La Seleção qu'il dirigeait à l'époque venait de perdre le premier match de son histoire dans les qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA™. Vous avez bien lu : le premier match de son histoire ! Du coup, au moment d'aborder ce match face à l'Équateur, l'atmosphère est incroyablement tendue à São Paulo. Si vous cherchez un nuage dans le ciel parfaitement bleu du Brésil en période de Coupe du Monde de la FIFA™, il suffit de consulter un supporter brésilien. Il en trouvera toujours un.

Vingt et un ans plus tard, la Seleção n'est plus triple, mais quintuple championne du monde, et son entraîneur est Luiz Felipe Scolari, assité de Parreira comme coordinateur technique. Le Brésil joue la Coupe du Monde à domicile après avoir surfé sur l'euphorie du triomphe en Coupe des Confédérations de la FIFA 2013. Après une entrée en matière tendue, mais victorieuse, face à la Croatie, les joueurs brésiliens étaient déjà attendus au tournant par leurs supporters. Pour la deuxième sortie du pays hôte, face au Mexique, les fans de la Seleção voulaient voir une victoire, bien sûr, mais avec la manière. Finalement, ce Brésil-Mexique se terminera sur un match nul et vierge. Pour la première fois depuis juin 2011, les Auriverdes ne réussissent pas à faire trembler les filets adverses.

Déception ? Crise ? Trahison ? Cataclysme ? En d'autres temps, il y aurait eu un peu de tout ça. Mais le 17 juin dernier, le public du Castelão n'a donné aucun signe d'agitation et on n'a entendu aucun sifflet descendre les tribunes. "Les supporters sont complètement derrière nous. Cela se vérifie de plus en plus à chaque match. Les gens sont là pour nous aider, maintenant et pour la suite", disait Neymar au micro de FIFA.com après le coup de sifflet final. "Tout le monde vient au stade pour nous soutenir, et nous soutenir jusqu'à la fin. Cela fait pas mal de temps que c'est comme ça. Tout comme le jeu que nous pratiquons sur le terrain, cette atmosphère est devenue l'une des marques de fabrique de cette équipe. C'est pour ça qu'il n'existe rien de meilleur que de jouer une Coupe du Monde à la maison."

Pour le meilleur et pour le pire
"Maintenant et pour la suite." Voilà peut-être le passage le plus important de Neymar. Car c'est une chose de se lever pour chanter magnifiquement l'hymne national a cappella avant chaque match, autre nouvelle marque de fabrique de la Seleção, mais c'est une chose bien différente de maintenir cette bonne volonté lorsque les choses ne fonctionnent pas comme prévu, par exemple quand le Brésil n'arrive pas à prendre à défaut un Guillermo Ochoa en état de grâce. Mais on parle là de la sélection la plus couronnée en Coupe du Monde, celle dont le nom est associé au beau football et qui n'a plus perdu à domicile depuis 2002, en amical contre le Paraguay.

"A un moment donné, on finit par se dire que c'est un mythe monté par la presse brésilienne. De notre côté, nous avons joué dans tout le pays et partout, les gens ont été formidables avec nous", affirme David Luiz au micro de FIFA.com. "Nous avons de la pression, bien évidemment, comme toutes les grandes équipes qui ont de l'ambition. La pression est normale. Mais nos supporters, ils nous ont toujours aidés. Toujours."

C'est vrai. Il existe une pression constante autour du Brésil, David Luiz et tout le groupe en savent quelque chose. Mais à la maison, cette pression augmente encore. On peut donc considérer que les hommes de Scolari ont développé une immunité assez impressionnante par rapport aux réactions négatives, comme on a pu s'en rendre compte quand ils étaient menés au score ou n'arrivaient pas à marquer. Si bien que le 23 juin prochain, en sortant du tunnel de l'Estádio Nacional Mané Garrincha pour le match contre le Cameroun, Carlos Alberto Parreira va pouvoir regarder autour de lui, voir un stade rempli de supporters et respirer tranquillement. En principe, tous ces gens seront acquis à la cause brésilienne. Maintenant et pour la suite.