L’homme est calme, ses gestes sont calculés, ses décisions sont réfléchies. Le sélectionneur de la Côte d’Ivoire Sabri Lamouchi, 42 ans, ressemble beaucoup au joueur qu’il était. Infatigable travailleur, l’ancien milieu relayeur français (18 sélections) a fait - par la justesse de son jeu - la pluie et le beau temps partout où il est passé, de l’AJ Auxerre à l’Inter Milan en passant par l’Olympique de Marseille. Sur le terrain, ses choix étaient toujours les bons. Aujourd’hui au bord, cela semble être encore le cas.

"Nous essayons de trouver notre propre style", analyse l’intéressé au micro de la FIFA. "Cela fait deux ans qu’on travaille ensemble, que nous construisons ce groupe. Nous avons appris à nous connaître et nous voulons imprimer notre patte sur le terrain." Lui a en tout cas imprimé la sienne sur un groupe où se côtoient talents débutant et génies vieillissants. Un groupe finalement à son image, fait de jeunesse et de sagesse.

S’il a suscité les doutes lors de sa prise de fonction en mai 2012 à la place de François Zahoui, Lamouchi les a balayés au fur et à mesure de sa mission. Pour sa première expérience sur un banc de touche, il est aujourd’hui à une victoire de qualifier les Eléphants, pour la première fois de leur histoire, pour les huitièmes de finale de la Coupe du Monde de la FIFA. Un début d’exploit dicté par des décisions courageuses, comme celles de se passer de Didier Drogba et de Kolo Touré et d’impliquer davantage les jeunes, tel Serge Aurier, l'une des révélations de Brésil 2014. 

Les prestations des Eléphants depuis le début de l'épreuve reine donnent raison à Lamouchi. Brillants lors de la victoire inaugurale face au Japon (2:1), les Ivoiriens ont enchaîné avec un match plein de panache face à la Colombie qui aurait mérité mieux qu’une défaite (2:1) : "J’ai aimé la performance de mes joueurs face à cette équipe. Je pense qu’on peut voir de grandes victoires dans des défaites, et inversement. Si nous jouons comme ça, on ne devrait pas perdre beaucoup de matches" ,confirme le natif de Lyon d’origine tunisienne. "Et puis les adversaires n’auront pas forcément toujours la qualité de la Colombie…"

Un deuil et un écueil
Justement, le prochain adversaire est grec et n’a qu’un point au compteur à défaut de but. Mais sans surprise, la prudence est de mise : "Pas question de s’enflammer. On est focalisé sur cette rencontre. On sait qu’un succès nous permettrait d’écrire l’histoire du football ivoirien. Ce serait un grand accomplissement. Les joueurs en ont conscience, il serait inutile de leur mettre une pression supplémentaire", souligne Lamouchi. "N’oublions pas que la Côte d’Ivoire n’a joué que huit matches de Coupe du Monde, ce n’est pas beaucoup. Cette qualification n’a rien de certaine, il va falloir la décrocher sur le terrain face à une équipe grecque au bloc défensif très solide. On le sait, il faut donc se préparer en fonction."

Là est le souci. Car le groupe a été frappé par une tragique nouvelle après le match face aux Cafeteros, en apprenant le décès d’Oyala Ibrahim Touré, frère de Kolo et Yaya, à l'âge de 28 ans. Dès lors, la préparation d’un match de Coupe du Monde de football paraît bien futile face à tel drame. "C’est difficile de parler de football quand vous apprenez pareille nouvelle. Cela paraît indécent de le faire. Les séances d’entraînement ont été plus courtes que d’habitude", confie avec sagesse Lamouchi.


Et d’ajouter : "Yaya et Kolo ont vécu une véritable tragédie. Nous sommes à leurs côtés, et aux côtés de toute leur famille. Ils ont choisi de rester avec nous. Cette décision était cruciale et difficile. De mon côté, lorsque j’évoque le match à venir, j’essaye d’être le plus professionnel possible. Je m’adresse à des hommes qui eux même le sont. Ils ont pris une décision extrêmement difficile et je les remercie pour leur courage."

Le match de ce 24 juin à Fortaleza face aux Hellènes aura donc - cela va sans dire - une saveur particulière pour les frères Touré et la véritable famille que forment les Eléphants. "Le groupe est à leur côté. A travers leur choix, je crois que Yaya et Kolo voulaient également nous dire qu’ils étaient du nôtre", conclut Lamouchi, voix de la sagesse et voie du succès.