Le rituel d’avant-match, Joseph Yobo connaît bien. En 16 ans de carrière professionnelle, il ne compte plus les fois où il s’est préparé dans les vestiaires, a enfilé sa tenue, chanté et prié avant de pénétrer sur le terrain. Ou presque plus. Il lui arrive encore de tenir les comptes quand il s’agit de porter le maillot du Nigeria. Il l’a ainsi fait pour la centième fois lors du match contre l’Argentine, pour la troisième rencontre du Groupe F de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™.

Si l’histoire retiendra que cette centième sélection s’est soldée par une défaite 2:3, Yobo, lui, en garde un tout autre souvenir. Les Nigérians ont validé à cette occasion, en profitant de la défaite de l’Iran face à la Bosnie-et-Herzégovine (1:3), leur billet pour les huitièmes de finale. "Nous qualifier pour la phase à élimination directe était notre premier objectif", admet le capitaine des Super Eagles au micro de FIFA.com. "Nous sommes très heureux parce que ça ne nous était pas arrivé depuis 1998. Cette fois nous l’avons fait avec fierté, en finissant deuxièmes et en essayant d’obtenir la première place contre l’Argentine."

Un parmi 100
Les hommes de Stephen Keshi se sont certes inclinés, mais n’ont jamais cessé de menacer l’Albiceleste pour lui ravir la pole, à une exception près. "Nous sommes déçus parce que nous n’avons pas joué ce match pour le gagner dès la première minute", regrette le défenseur de Fenerbahçe, prêté à Norwich les six derniers mois. "Nous pensions qu’un nul serait un bon résultat, mais en deuxième période, nous sommes revenus plus forts pour essayer de gagner le match. C’est ce que nous aurions dû faire dès la première minute !", se lamente-t-il, en référence au but précoce de Lionel Messi. "Mais je suis fier de notre équipe, de la réaction qu’elle a eue après avoir été menée. Nous sommes heureux d’être qualifiés, mais déçus de ne pas avoir obtenu un meilleur résultat."

Pouvait-il en être autrement quand l’adversaire est double champion du monde et possède un quadruple FIFA Ballon d’Or dans ses rangs ? "C’est l’une des meilleures équipes du monde, et c’était un gros test pour nous", estime l’ancien pilier d’Everton, avant de reconnaître que dans sa longue carrière internationale, l’identité du meilleur attaquant qu’il a affronté ne fait aucun doute : "Oh Messi, c’est de loin le meilleur ! J’avais déjà joué contre lui en 2010, il nous avait fait souffrir mais on avait réussi à l’empêcher de marquer. C’est un joueur vraiment spécial, il n’y a qu’à voir ce qu’il nous a fait subir aujourd’hui…"

Car Yobo et ses partenaires ont perdu contre Messi, plus que contre l’Argentine, au terme d’une rencontre où ils ont affiché de nets progrès. "Beaucoup de gens ont dit que nous avions démarré timidement contre l’Iran (0:0), mais c’était une équipe solide et nous sommes améliorés depuis notre premier match", juge Yobo. "Le troisième était probablement le meilleur depuis le début du tournoi, même s’il se termine sur une défaite."

Vers les 104 ?
Du haut de ses 33 ans et de ses 100 capes, Yobo est capable de trouver des motifs de satisfaction ailleurs que dans les résultats purs. Mais même en se basant uniquement sur le bilan comptable, difficile de ne pas voir de progression depuis ses débuts internationaux en 2001. "Je suis dans cette équipe depuis de longues années donc je la vois évoluer", commente le vétéran de Corée/Japon 2002. "Nous avons remporté la Coupe d’Afrique des Nations, nous avons décroché sans trembler notre billet pour la Coupe du Monde, et nous sommes qualifiés pour le second tour. Autant de bonnes nouvelles à la suite, je ne l’ai pas vécu souvent ! C’est la  preuve qu’on progresse. Cet effectif est jeune, en pleine croissance, et apprend vite. On tire de la confiance de ce parcours pour que ça nous serve pour le prochain match."

Ce sera justement un huitième de finale contre la France, où Yobo a évolué en 2001/02 à l’Olympique de Marseille, et dont l’attaquant est un autre gros morceau, en la personne de Karim Benzema. "On vient de jouer contre le meilleur attaquant du monde, alors nous sommes prêts à nous mesurer à n’importe qui", coupe le défenseur central, renforçant sa réponse par un sourire décontracté. "Je ne vois pas de quoi nous devrions avoir peur. Je crois en cette équipe, je pense que nous pouvons le faire."

Ce sera alors la 101ème cape du capitaine nigérian, qui commence finalement à attacher de l’importance aux nombres. "Si on ne gagne pas le prochain match, il n’y aura pas de 102ème et ainsi de suite", lâche-t-il, avant de conclure : "Mais pourquoi pas atteindre les 104 sélections au Brésil…"