Est-ce manquer de respect à ses ainés de surpasser leurs exploits ? La sélection d’Algérie qui vient de quitter la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014 en huitième de finale peut désormais se poser la question. Rabah Madjer, Lakhdar Belloumi ou Salah Assad sont des légendes mais ils doivent se rendre à l’évidence : la génération 2014 les a dépassés en atteignant le deuxième tour d’une Coupe du Monde pour la première fois.

Un exploit que Medhi Lacen a encore du mal à croire bien que, depuis la qualification historique, quatre jours se sont écoulés, le dernier conclu par un match héroïque face à l’Allemagne, perdu en prolongation. "On peut difficilement réaliser ce qu’on a accompli aujourd’hui et durant cette Coupe du Monde", admet le milieu de terrain au micro de FIFA.com quelques minutes après la défaite 2:1. "Ce qu’on a fait efface un peu - entre guillemets ! - ce qu’a fait la génération 1982-1986. Nous sommes parvenus à les dépasser. C’est difficile à croire."

Car depuis 32 ans, et la victoire historique des Algériens sur l’Allemagne lors de l’édition 1982, tout international algérien a dû vivre avec la pression d’essayer d’être à la hauteur de ces héros. "Depuis que je suis en sélection, on m’a toujours parle de cette génération", confirme le joueur de Getafe, international depuis 2010. "Ce n’était pas vraiment une pression, mais ça a toujours été un point de comparaison, à chaque match, avant chaque tournoi, on reparle de cette équipe et de ses exploits, des Madjer, des Belloumi, des Noureddine Kourichi, qui est ici avec nous. On ne l’a pas vécu comme un poids, mais c’est vrai que ça revenait tout le temps."

Une comparaison d’autant plus difficile à assumer quand les résultats ne sont pas à la hauteur, comme lors de l’élimination au premier tour d’Afrique du Sud 2010, ou de la Coupe d’Afrique des Nations de la CAF 2013. "Mais j’ai toujours cru qu’on y parviendrait", assure le milieu défensif, qui sur un match n’a pas souffert de la comparaison avec Sami Khedira, Philipp Lahm et autres Bastian Schweinsteiger. "J'avais dit quand on s’était fait éliminer de la CAN 2013 au premier tour qu’une grande génération arrivait, avec énormément de bons et jeunes joueurs. Ils sont arrivés à maturité au bon moment et je pense que l’avenir de la sélection est entre de bonnes mains."

De belles histoires à raconter
Du haut de ses 30 ans et avec une expérience de deux Coupes du Monde sur son CV, Lacen est peut-être l’homme idéal pour l’accompagner dans sa progression et dans les défis qui l’attendent. "Il faut qu’on prenne conscience de ce potentiel", martèle-t-il. "Ce n’est pas sur un match et par hasard qu’on a fait de bonnes performances et qu’on a tenu tête à l’Allemagne. Je pense qu’on était déjà dans le top 3 du football africain depuis quelques années. Cette fois, on l’a confirmé."

Et si certains hésitent parfois à assumer les attentes qui viennent avec les bonnes performances, Lacen lui est bien décidé a les affronter fièrement. "Maintenant, il faut savoir qu’on sera beaucoup plus attendu par les autres équipes, et ne pas avoir peur d’assumer ce statut et ce potentiel", ajoute l’ancien joueur d’Alaves et du Racing Santander, satisfait de voir que la somme des talents algériens a enfin su être exploitée collectivement. "On a eu souvent des générations de bons joueurs mais qui ne savaient pas forcement jouer ensemble. L’arrivée de Vahid Halilhodzic a changé cela. Il y a eu beaucoup d’amélioration depuis que j’ai mis les pieds en sélection, mais le travail n’est pas fini."

La belle aventure des Fennecs non plus d’ailleurs, et Lacen espère y ajouter d’autres chapitres, afin qu’un jour, les internationaux algériens entendent chanter les louanges de la deuxième génération dorée. "On leur racontera qu’on a eu la chance de disputer la première Coupe du Monde en Afrique en 2010, un moment historique, mais aussi une Coupe du Monde au Brésil, le plus grand pays de football, et qu’on a réussi a se qualifier pour le second tour", résume-t-il. "Cela devrait faire de belles histoires à raconter..."