Jonathan Bru est dans les starting blocks. À 30 ans, cet ancien espoir du football français s'apprête à fouler pour la première fois la route qui mène à la Coupe du Monde de la FIFA. Avec l'Île Maurice, le pays d'origine de ses parents dont il défend les couleurs depuis 2010, le natif de Neuilly-sur-Seine affrontera le Kenya les 7 et 11 octobre prochain, dans le cadre du premier tour des qualifications africaines pour Russie 2018.

Lancé à pleine vitesse après le succès du Club M contre le Mozambique (1:0) enregistré début septembre en éliminatoires pour la CAN 2017, le milieu de terrain se montre optimiste avant de recevoir les Kenyans pour la première manche. "J'ai beaucoup d'espoir après cette victoire, ma première avec la sélection dans une compétition officielle", sourit-il au micro de FIFA.com. "J'espère que ça va créer une bonne dynamique et que nous ferons un bon match à domicile pour avoir ensuite toutes nos chances au retour, et passer au prochain tour pour affronter le Cap-Vert".

Pour cette petite île perdue dans l'océan Indien, la course à la qualification pour l'épreuve suprême s'apparente à une interminable course de fond, un parcours semé d'obstacles colossaux que seules les grosses écuries du continent parviennent à franchir. "J'ai envie d'y croire", tranche-t-il. "Pour nous, la moindre victoire est énorme. C'est un rêve, parce qu'historiquement, Maurice n'a jamais passé de tour dans les éliminatoires pour la Coupe du Monde, mais j'aimerais faire partie des premiers Mauriciens à accomplir un tel exploit. Rien que rentrer dans une poule, pour nous, ça serait déjà extraordinaire".

Son optimisme est renforcé par les récents progrès du football mauricien en matière de développement. "On a un président ici, Samir Sobha, qui fait du très bon travail depuis un an", tient-il à souligner. "Une ligue professionnelle a commencé l'année dernière, on est inscrit dans toutes les compétitions, que ce soit pour nous, les féminines ou le Beach Soccer… On a beaucoup plus de matches amicaux qui sont organisés, on a un préparateur physique et on met en place toutes les structures nécessaires pour aider à faire progresser le football à Maurice. On est une petite nation. Même si notre football est petit, tout ça a une certaine valeur et mérite les encouragements. Nous les joueurs, on ressent beaucoup de bonne volonté dans tout ce qui est en train de se faire et on n'a pas envie que ça s'arrête".

Voyage voyage
Pour Bru, défendre les couleurs de son pays pour une grande compétition internationale aurait pu être la routine. "J'étais un espoir du football français et je faisais partie des joueurs les plus talentueux de ma génération, qui a fait toutes les catégories de jeunes en équipe de France", rappelle celui qui est entré à l'INF Clairefontaine à l'âge de 13 ans, avant de poursuivre sa formation au Stade rennais, avec qui il a remporté la Coupe Gambardella en 2003 aux côtés de Yoann Gourcuff et Jimmy Briand. 

Mais après ce départ canon, le virage du circuit professionnel a été difficile à négocier. "J'ai très mal vécu cette période", résume-t-il au sujet de ces deux premières années en pro où il n'a quasiment pas joué. Mais après avoir fait tout ce chemin depuis son quartier "assez difficile" en banlieue parisienne, où il a commencé à taper dans le ballon avec un certain Lassana Diarra, Bru décide de se remettre en route, lassé de rester immobile sur le banc de touche rennais où il a dû petit à petit faire le deuil de ses rêves de grandeur avec l'équipe de France "A".

C'est alors qu'a commencé un périple, que le Franco-Mauricien préfère qualifier de "voyage". Après un faux départ à Istres, Bru décide d'élargir ses horizons. Il s'envole en Australie pendant trois mois où il s'entraîne avec quelques clubs : "J'ai vu qu'ils avaient créé une ligue depuis quelques années, que c'était bien organisé et que les salaires étaient bons. Je me suis dit que ça pouvait être intéressant pour plus tard". Et effectivement, après avoir évolué à Chypre puis au Portugal, il a signé à Melbourne Victory en 2012. "J'aime les nouveaux défis, voyager, rencontrer les gens, apprendre des autres cultures. Si en plus on peut associer sa passion à tout ça, c'est bien. J'ai donc signé avec le plus grand club d'Australie et je ne l'ai vraiment pas regretté. Ça a été mon expérience la plus enrichissante à plein de niveaux."

Depuis, Bru a refait un tour de piste au Portugal et se retrouve désormais sans club, à l'affût d'un nouveau défi "en Malaisie, à Singapour où même en tant que joker en France ou au Portugal". En attendant, pour rester en mouvement, dans les jambes comme dans ses rêves, il reste le Club M avec lequel il s'épanouit depuis cinq ans et dont il est capitaine. "C'est certain que si j'avais pu accéder à l'équipe de France, ça aurait été extraordinaire d'un point de vue sportif. C'est le très très haut niveau, et quand on joue une Coupe du Monde avec les Bleus, c'est pour la gagner. Maurice, c'est un projet différent, c'est essayer de se qualifier, peut-être, pour la première fois en Coupe du Monde", conclut-il.