A quel poste vous sentez-vous le plus à l’aise ? A cette question, il y a encore peu de temps, Amos Youga aurait sûrement répondu "Bellecour". C’est à ce centre de tri, à Lyon, que l’actuel numéro 18 du Gazélec d’Ajaccio gagnait sa vie, il y a encore quatre ans. Facteur, il s’était résolu à reléguer le football au rang de passe-temps faute d’avoir eu sa chance chez les pros. Mais le talent a forcé le destin du milieu de terrain de la République Centrafricaine, laquelle entame sa campagne qualificative pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018 par un déplacement à Madagascar ce 10 octobre.
 
"Derrière cette belle histoire il y a un peu de chance, mais surtout beaucoup de travail", raconte Amos Youga au micro de FIFA.com. "C’est vrai que ma trajectoire n’est pas banale. Passer de facteur à la Ligue 1 en moins de quatre ans, ça peut paraître invraisemblable. J’ai conscience du chemin parcouru et savoure aujourd’hui. Pour autant, je n’étais pas malheureux hier. J’avais mon petit train de vie. J’allais au boulot le matin, l’après-midi je me reposais ou je jouais au foot en amateur. Une vie simple sur laquelle je n’ai d’ailleurs pas tiré un trait : j’ai par exemple gardé de nombreux contacts parmi mes anciens collègues."

Le mode de vie n’a pas tellement changé non plus. Pas question pour Youga de flamber : le natif de Villeurbanne sait d’où il vient : "Je n’ai ni la voiture, ni la maison de Cristiano Ronaldo ! J’ai un appartement simple, tout à fait fonctionnel. Je ne manque de rien. J’ai deux chambres, une terrasse, un salon, une cuisine… et pas de piscine. Ça ne me servirait à rien", souligne-t-il avant d’insister : "Je garde les pieds sur terre. Il n’y pas si longtemps, je distribuais le courrier…"
 
Désormais, il distribue le jeu. Formé à Saint-Priest, passé par l’équipe B de l’Olympique lyonnais en CFA 2, puis par Vannes en national, le milieu de terrain rejoint le Gazélec en 2014 alors en Ligue 2 et contribue activement à l’historique accession du club en Ligue 1. "C’est un club qui me ressemble ! On a le même parcours", note-il à propos de cette institution dont l’histoire est liée au monde du travail : le nom Gazélec, pour "gaz et électricité", est historiquement employé pour baptiser les équipes créées dans les villes où le groupe EDF-GDF comptait assez d'employés pour en aligner 11 chaque semaine chez les "corpos".

L’apprentissage de la Ligue 1 reste toutefois difficile pour le Gaz. L’équipe corse est lanterne rouge après neuf journées. "Mais on va se battre", promet Youga, qui a pris la mesure de ce qui l’attendait cette saison dès la deuxième journée de championnat, en affrontant le Paris Saint-Germain. "Ce sont des grands noms, j’ai beaucoup de respect pour eux, Ils ont un talent exceptionnel. Mais quand tu es dans le match, tu as tendance à oublier qui tu as en face. Ce sont Verratti, Thiago Silva, Ibrahimovic… mais ils ne restent pas moins que des joueurs de foot, contre lesquels il faut aller au combat !"

 
Un guerrier chez les Fauves
"Combat", le mot revient sans cesse dans la bouche du Centrafricain d’1m86. "C’est la base de tout pour moi. J’accepte de perdre à condition de m’être battu", insiste-il avant de se décrire lui-même comme un "guerrier". "C’est ma caractéristique. Certes, cela peut entraîner des fautes et des cartons. Mais je suis vraiment généreux dans l’effort, c’est ma mentalité." Il n’en fallait pas tant pour lui ouvrir les portes de la sélection...
 
"Intégrer la sélection centrafricaine est quelque chose qui comptait beaucoup pour moi. Je suis fier d’y être parvenu. Toute ma famille est née là-bas sauf moi, qui suis né en France. La sélection m’offre l’occasion de rentrer 'chez-moi', de retrouver mes racines", souligne-t-il, ayant effectué ses débuts avec la sélection de la République centrafricaine le 15 juin 2013 contre le Botswana lors des éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014.

Seul Fauve du Bas-Oubangui à évoluer aujourd’hui dans un championnat majeur, il est devenu le chef d’orchestre de cette équipe. "J’ai changé de statut. Avant j’étais le 'petit'", souligne-t-il, frère cadet de Kelly Youga, également international. "Je sens que le regard des supporteurs a aussi changé. On attend plus de moi sur le terrain. On attend de moi que je stabilise le milieu de terrain."   

Que les fans se rassurent, l’ancien facteur est du genre à assumer les responsabilités. Fidèle au poste !