On ne peut pas dire que la carrière du milieu de terrain défensif Johann Paul a été un long fleuve tranquille.  "Véritable besogneux de l’entrejeu", comme il se décrit lui-même au micro de FIFA.com, le Malgache a passé des saisons en Ligue 2 et en National à se battre pour le ballon, à se battre pour guérir de blessures, à se battre pour sa place dans un onze, à se battre pour jouer un jour dans l’élite… C’est avec la sélection que le capitaine des Barea surfe pour de bon, à 34 ans, la vague du succès. Une vague qui balaye donc quelques avaries, à commencer par celle du 15 avril 2006…

"Ce jour-là, j’ai failli mourir !" raconte-t-il. "C’était contre Angers, en National. Je portais les couleurs de Châtellerault. J’ai eu un choc frontal avec l'un de mes partenaires. Je suis tombé par terre, comme un boxeur K.O. J’ai perdu connaissance et j'ai commencé à m’étouffer en avalant ma langue. Mon pouls s’est mis à ralentir. Ça devenait critique lorsque, finalement, mes voies respiratoires ont pu être désobstruées. J’ai passé une nuit à l’hôpital et suis sorti le lendemain. Mais pour moi, ce n’est rien. Je n’en garde d’ailleurs aucune séquelle, si ce n’est une cicatrice au-dessus de mon arcade sourcilière. Et je ne veux surtout pas que ma carrière de footballeur se résume à cette péripétie !"

Elle ne le sera évidemment pas. Car si l’actuel joueur de Fréjus/ Saint-Raphaël a eu une honorable carrière en club, il a surtout parfaitement mené sa barque en sélection. Porteur du brassard depuis 2012, il se retrouve aujourd’hui à la barre d’un navire malgache, qui a le vent en poupe depuis quelques mois. Troisième de la Coupe COSAFA en mai, ce qui représente sa meilleure performance dans ce tournoi annuel regroupant les nations d'Afrique australe, Madagascar s’est également qualifié pour le deuxième tour des qualifications africaines pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018, aux dépens de la République centrafricaine (3:0, 2:2).

"Ces résultats valident un travail en amont. On est dans une continuité. On sent vraiment qu’il y a des efforts de la Fédération pour faire évoluer le football malgache. Elle met tout en œuvre pour que ses joueurs soient dans les meilleures conditions. L’effectif gagne en stabilité, des joueurs commencent à émerger dans divers championnats. On est effectivement sur une bonne vague", souligne Paul.

En bon capitaine, le 6 des Barea a d’ailleurs activement contribué à cette qualification. Buteur de la tête sur coup de pied arrêté à la 65ème minute du match aller, Paul a mis à l’abri ses compatriotes avant le match retour, les deux rencontres ayant été disputées à Antananarivo. C’était également sa première réalisation en 12 ans de sélection ! "Sans faire la langue de bois, je ne retiens que la qualification. Si ça avait été le but du 1:0 à la 90ème  minute, il aurait évidemment eu une saveur particulière. Mais ce n’est que le but du 3:0. Ça fait plaisir mais ce n’est rien à côté du bonheur que m’a procuré la qualification."

Un marin et un capitaine
Il faut dire que Madagascar n'a plus caressé de près le rêve de participer à une Coupe du Monde depuis 1985 et une séance de tirs au but malheureuse contre l’Égypte, lors du deuxième tour des éliminatoires. Entre-temps, les Malgaches ont régulièrement buté sur le premier récif venu sur leur route, à l'image de la Guinée équatoriale lors du premier tour qualificatif pour Brésil 2014. Mais au-delà de la part sportive, il y a chez Paul une dimension affective : "Porter le maillot malgache, rentrer sur un terrain pour représenter son pays, il n’y pas plus fort comme émotion pour un sportif. On ne peut pas être plus attaché à un club qu’à un pays," explique le Malgache, né paradoxalement en France, à Issoudun.

"J’ai grandi dans l’Hexagone, j’y ai exercé mon métier. Mais mes racines et ma culture sont malgaches. Je parle et mange malgache…", poursuit Johann Paul, un nom aux sonorités françaises, qui tranche avec les Chrétien Andriamifehy, Njiva Rakotoarimalala, François Andrianomenjanahary et autres Ferdinand Ramanamahefa qui composent l’effectif des Barea.
"C’est vrai que mon nom détonne un peu.  Je le tiens de mon arrière-grand-père qui était un marin breton. Il s’est établi sur l’île il y a bien longtemps. Il s’est installé à Diego Suarez, dans le nord de l’île, et y a fondé une famille. C’est mon port d’attache."

Avant de mettre pour de bon le cap sur l’île où il avoue envisager une reconversion non loin du football, le capitaine Paul a encore quelques flots à affronter à commencer par cette double confrontation face au Sénégal, sur la route de Russie 2018 : "On est très impatient", affirme-t-il. "L’occasion est rare de jouer des rencontres comme celle-ci, sachant que la plupart des joueurs malgaches jouent dans des championnats relativement modestes. Vu l’engouement autour de ce match, les attentes du public, les sollicitations de la presse, on sent que ce n’est pas un match tout à fait comme les autres. Mais ce sera 11 contre 11 : on aura nos chances. Je ne suis pas un doux rêveur, je ne crois pas à la Coupe du Monde, mais accéder aux poules serait déjà pas mal !", conclut le capitaine miraculé… et miraculeux ?