Dorothea Stange y a cru. Son mari Bernd venait de démissionner de son énième travail. Sa profession les avait poussés à vivre dans sept pays différents, parfois même dangereusement dans un Irak en guerre. Il approchait de l'âge de la retraite dans leur Allemagne natale. Ils n'avaient pas de problèmes financiers. C'était donc forcément le bon moment pour tenir une promesse de longue date et s'envoler pour l'Australie...

Mais elle n'a pas vraiment eu le temps d'imaginer sa nouvelle vie. Son partenaire était toujours un grand enfant qui n'était pas encore prêt à abandonner son jouet préféré. Singapour est rapidement devenue la cinquième sélection nationale dont il a pris la tête après l'Allemagne de l'Est, Oman, l'Irak et le Bélarus, qu'il a conduit au meilleur Classement mondial FIFA/Coca-Cola de son histoire. "Impossible de savoir quand je serai dans mon jardin, occupé à couper les mauvaises herbes et à sentir les roses", explique Bernd Stange à FIFA.com. "Pour l'instant, je ne peux pas me passer du football. J'aime trop ce sport pour y renoncer."

En prenant les commandes de Singapour en mai 2013, Stange a misé sur l'avenir plutôt que sur des résultats immédiats, en intégrant notamment de nombreux jeunes dans le groupe. Cette stratégie a peut-être porté préjudice aux Lions lors du Championnat de l'AFF 2014 - alors tenants du titre, ils ont été éliminés dès la phase de groupes - mais elle s'avère payante dans leur campagne pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018. Au deuxième tour des qualifications asiatiques, Singapour occupe la troisième place du Groupe E, à égalité de points avec le deuxième, le Japon, qu'il a tenu en échec 0:0 à Saitama, et à deux longueurs de la Syrie. Singapour aura toutefois l'avantage du terrain lors de sa confrontation avec ces deux équipes les 12 et 17 novembre prochains.

Objectifs réalistes
"Pour nous, chaque point compte, que nous affrontions le géant japonais ou les autres formations du groupe", assure Stange. "Nous avons eu beaucoup de chance en engrangeant trois points contre l'Afghanistan le mois dernier. Nous prenons chaque rencontre au sérieux et nous nous préparons au mieux en fonction de nos capacités, quelle que soit la qualité de nos adversaires. Nos jeunes joueurs doivent croire qu'ils peuvent créer la surprise. Contre le Japon à Saitama, nous nous sommes battus et nous avons réussi à décrocher un nul. Même l'entraîneur de Chelsea, José Mourinho, a déclaré que nous pouvions être fiers d'un tel résultat ! Quoi qu'on dise sur notre équipe, il y a toujours de l'espoir. Si on parvient à enlever la pression au groupe, de belles performances peuvent se produire."

Si Stange pense que Singapour peut accéder au troisième tour, il est plus mesuré sur ses chances de décrocher l'une des quatre places directement qualificatives du continent asiatique pour Russie 2018. "En étant réalistes, notre objectif est de nous qualifier pour la Coupe d'Asie de l'AFC 2019", admet-il. "Nous sommes bien placés pour et, si nous continuons à nous entraîner dur, nous pourrons entrer dans l'histoire car Singapour ne s'est jamais qualifiée pour la Coupe d'Asie."

La seule fois où Singapour a participé à cette compétition, c'était en 1984, en tant que pays hôte. Codétenteurs du record du nombre de titres dans le Championnat de l'AFF, les Lions veulent aller plus loin et défier les meilleures équipes asiatiques. Dans le même temps, Stange continue d'intégrer de jeunes talents dans l'équipe nationale. Au cours des deux dernières années et demie, plus de 20 joueurs ont fait leurs débuts internationaux. Aujourd'hui, la majorité d'entre eux sont des joueurs-clés d'une sélection qui, avec une moyenne d'âge de 25 ans, est menée par des joueurs plus expérimentés comme le capitaine Shahril Ishak et le vice-capitaine Hariss Harun.

Un nouveau style
"Nous avons également appris le style international axé sur la possession de balle, les contre-attaques rapides et la construction du jeu à partir du gardien de but", précise Stange. "C'est un processus qui prend du temps, mais nous évoluons progressivement d'un football basé sur les longs ballons à un style plus rapide, avec un gardien qui construit les actions à l'arrière avec des passes. Nos équipes de jeunes commencent également à pratiquer ce genre de football qui s'appuie sur les passes."

Depuis deux ans et demi à la tête de cette équipe, Stange assure vivre une expérience fantastique, mais refuse de donner de faux espoirs à ses supporters. "Comme je l'ai dit lors de ma première conférence de presse en mai 2013, je ne peux pas faire de miracle", rappelle-t-il. D'après mon expérience, une équipe nationale fonctionne par cycle. Il faut trois à cinq ans pour mettre en place une sélection très solide."

Dorothea devra donc encore quelques années avant de découvrir l'Australie, mais Singapour pourrait d'ici là découvrir la Russie.