"Nous allons étonner beaucoup de monde", entend-on régulièrement dans les sélections les moins huppées des Caraïbes. Mais contrairement à bon nombre de ses collègues, le capitaine des Îles Vierges Américaines Dusty Good a tenu parole avec la victoire surprise de son équipe face à la Barbade dans le cadre des préliminaires de la Coupe du Monde de la FIFA 2018™.

Les Îles Vierges Américaines ont longtemps dû se satisfaire du rôle de victime expiatoire, en raison d'un manque d'organisation et d'une approche tactique rudimentaire. Leur bilan au niveau régional était pour le moins modeste, avant leur triomphe du 22 mars 2015 à Bridgetown : les Dashing Eagles n'avaient remporté que sept de leurs 30 matches de qualification pour la Coupe du Monde.

"Beaucoup de choses ont changé ici", assure au micro de FIFA.com celui qui n'a pas hésité à quitter sa Californie natale pour s'installer à St. Thomas. "Quand je suis arrivé, le jeu était très physique. Les tacles étaient appuyés et les contacts faisaient mal." Cette réalité contraste avec l'image paradisiaque que renvoie l'archipel au cœur des Caraïbes.

Quelle équipe nationale ?
L'histoire de ses débuts témoigne aussi de l'évolution du beau jeu vers plus de professionnalisme. Dans une petite épicerie locale, un homme vêtu d'un maillot de Liverpool lui avait demandé s'il s'intéressait au football. Good avait répondu par l'affirmative et, peu de temps après, il portait les couleurs de Positive Vibes, l'un des clubs de l'archipel et n'a pas tardé à recevoir une convocation en équipe nationale. "Quelle équipe nationale ?", se souvient-il, le sourire aux lèvres. "Avant qu'on me demande de l'intégrer, je ne savais même pas qu'elle existait."

À 27 ans, Good fait figure d'ancien en sélection. Ils ne sont plus que quatre rescapés de la campagne précédente. En 2011, les Îles Vierges Américaines avaient perdu tous leurs matches du premier tour, concédant 41 buts en six sorties. "Aujourd'hui, mes coéquipiers m'appellent 'le Vieux'", constate le milieu de terrain défensif de formation, qui fait désormais profiter la défense de son expérience. Son parcours l'a notamment amené à porter les couleurs du FBK Karlstad en quatrième division suédoise. Il a également évolué dans les divisions inférieures des championnats du Danemark et d'Angleterre, pays dont sa mère est originaire.

Jacob Borden, le benjamin de l'équipe, occupe quant à lui le poste d'arrière droit, aux côtés de Good. Il vient tout juste de fêter son seizième anniversaire, mais il est "plus que prêt" à en croire son capitaine. Lorsqu'il s'agit d'évoquer les jeunes qui forment le noyau dur de l'équipe nationale, ce dernier ne tarit pas d'éloges. "Je lui donne tout de même de petits conseils de temps en temps", précise-t-il.   

Bien entendu, il aura fallu un peu de réussite pour venir à bout (1:0) de la Barbade, une équipe classé 66 rangs au-dessus des Îles Vierges Américaines. Good et ses coéquipiers pointent actuellement à une modeste 197ème place. "La possession était plutôt équilibrée", note le défenseur, auteur d'une faute de la surface de réparation à l'origine de l'un des deux penalties obtenus par la Barbade. Heureusement pour lui, Erik Mozzo était dans un jour faste. Non content de réaliser une série d'interventions décisives, le gardien a détourné un penalty au-dessus de la transversale. L'exclusion d'un joueur barbadien a achevé de faire pencher la balance en faveur des visiteurs.

La moitié du chemin
"Nous pratiquons un autre football aujourd'hui", souligne Good, qui n'aime visiblement pas se remémorer l'époque des déroutes et des longs ballons vers l'avant. "Nous nous concentrons sur la jeunesse, sur la circulation du ballon et les passes. Nous ne sommes pas la meilleure équipe de la région, mais nous savons faire tourner la balle."

Un autre cliché qui revient souvent dans la région... Les entraîneurs basés aux Caraïbes jurent tous que les sélections insulaires sont mûres pour le jeu moderne, à base de possession et de pressing haut. Ahmed Mohammed, lui, a franchi le pas. L'entraîneur d'origine somalienne a su imposer la rigueur et le professionnalisme dans un pays où les joueurs se rendaient souvent à l'entraînement en bateau. A Bridgetown, on a pu juger les résultats de son travail. Alors que les Barbadiens mettaient tout leur poids dans les duels, les jeunes et frêles internationaux des Îles Vierges Britanniques ont fait courir leurs adversaires. Jamie Browne a profité d'une balle en cloche pour se glisser entre deux défenseurs et piquer le ballon au-dessus du gardien pour inscrire l'unique but de la rencontre. "C'était la grande classe", commente Good. "Nous avons fêté ce but comme des fous. Ce résultat n'est pas passé inaperçu."

Le capitaine des Îles Vierges Américaines a été inondé de messages de félicitation sur son compte Facebook. De retour à la maison après une journée de voyage dans les airs et sur mer, le héros du jour a reçu un accueil chaleureux. "Nous n'avons fait que la moitié du chemin", tempère-t-il, retrouvant ses réflexes de capitaine d'une équipe engagée dans une double confrontation à l'issue toujours incertaine. La moitié du chemin, certes, mais un immense pas dans la bonne direction.