Le poste de sélectionneur de l'Argentine ne semble pas avoir changé Gerardo Martino, en tout cas certainement pas dans ses propos. Sur le plan footballistique, ses réponses reflètent la conviction qu'il a toujours eue depuis le début de sa carrière, du banc du Paraguay à celui du FC Barcelone. Il évoque souvent ce qu'il appelle son "idée", que l'on connaît bien : football offensif, culte de la possession du ballon, pression très haute et, plus que tout, ne jamais abandonner l'initiative à l'adversaire.

Sur le plan personnel, El Tata colle également à l'idée qu'il se fait de la vie depuis longtemps : aller au cinéma, manger avec ses amis, y compris dans son Rosario natal, et ce en dépit de la rivalité énorme qui existe entre les deux grands clubs de la ville. Il a été joueur et entraîneur de Newell's Old Boys, mais cela ne lui pose aucun problème vis-à-vis des supporters du camp opposé. "Mon parcours et mon comportement m'ont valu le respect des supporters de Rosario Central", affirme-t-il avec une pointe d'orgueil.

S'il déclare ouvertement aimer les entretiens où l'on "parle beaucoup de football", le technicien de 52 ans n'évite pas, au micro de FIFA.com, les questions plus personnelles, ni celles où on lui demande de comparer le vestiaire de Barcelone à celui de l'Argentine ou les exigences de résultats qui l'attendent à la tête de l'Albiceleste.

Gerardo, le poste de sélectionneur de l'Argentine fait de vous quelqu'un de forcément très exposé. Comment gérez-vous cela ?
C'est une question qui a à voir non seulement avec le poste que l'on occupe, mais également avec la vie que l'on mène. Pour ma part, j'ai toujours mené une vie tranquille, sans chercher à être sur le devant de la scène. Et même si mon poste actuel me met obligatoirement sous les projecteurs, je ne vais pas changer ma manière de vivre pour autant.

Depuis votre arrivée à la tête de l'Argentine il y a huit mois, avez-vous fait l'expérience de ce qui a semblé user tous vos prédécesseurs ? Le dernier sélectionneur argentin à avoir duré quatre ans est Marcelo Bielsa, il y a bien longtemps déjà...
Oui, c'est un métier usant mais en même temps, on a toujours laissé au sélectionneur de l'Argentine le temps d'accomplir sa tâche, que ce soit pendant huit ans ou quatre ans. Il n'y a que récemment, et pour des raisons bien précises, que les entraîneurs n'ont pas duré aussi longtemps. Mais de toute façon, tout sélectionneur a le droit de déterminer s'il est capable d'aller au bout de son mandat ou pas. Il peut arrêter quand il veut. Quand un entraîneur estime que toutes les forces ne sont pas avec lui pour atteindre l'objectif fixé, la chose la plus honnête à faire est de céder son poste.

Après votre passage à Barcelone, vous avez fait une autocritique en profondeur. Est-ce une approche que vous adoptez également dans les autres compartiments de votre vie ?
Oui, j'essaie de faire mon autocritique à propos de tout. Après, tout dépend de la conclusion qui ressort de cette autocritique, mais quand je m'aperçois que j'ai fait une erreur, dans mon métier comme dans ma vie personnelle, je n'essaie pas de me cacher. Pour ce qui est du Barça, la différence est que tout est commenté sur la place publique. Je pense que beaucoup de gens font comme moi, mais peut-être qu'ils ne le revendiquent pas.

À propos de votre passage à Barcelone, vous avez déclaré avoir été obligé "d'apprendre à vivre avec des stars". Est-ce la même chose en équipe d'Argentine ?
Oui, c'est la même chose pour ce qui est de la qualité des joueurs, mais l'environnement est différent. Pour un footballeur argentin, être appelé en sélection est quelque chose d'unique. C'est au-dessus de tout et il acceptera toutes les décisions, qu'il joue ou pas. Il sait qu'il fait partie d'un groupe où ses coéquipiers ont les mêmes capacités et ce qui prime avant tout, c'est la fierté. Dans un club comme Barcelone, c'est différent, car les matches reviennent à intervalles très rapprochés. L'entraîneur essaie de faire tourner pour que tout le monde se sente concerné mais dès qu'arrive un match important, il y a toujours un joueur pour vous faire remarquer que la rotation c'est bien, mais pas dans les matches importants. Si vous ne titularisez par l'un de vos joueurs contre le Real Madrid, il s'en souvient encore à la fin de la saison.

Justement, vous avez entraîné des équipes modestes avec des effectifs restreints, ou une sélection du Paraguay qui était en pleine phase de transition. Ensuite, vous passez à Barcelone. Qu'est-ce qui est le plus difficile : l'abondance de joueurs ou la pénurie ?
En tout état de cause, l'abondance vous donne plus de chances de gagner, même si elle pose certains problèmes. En cas de pénurie, vous n'avez pas de filet de secours. Après, il faut savoir gérer et faire en sorte que tous les joueurs soient impliqués. Tout le monde doit se sentir important et avoir la volonté de participer. La pénurie est quelque chose de difficile, mais elle a un avantage : quand vous gagnez avec des moyens limités, c'est beaucoup plus gratifiant et cela se remarque beaucoup plus que quand vous gagnez avec une équipe constellée de stars.

Comment améliore-t-on une équipe finaliste de Coupe du Monde ?
Il est certain que la barre est très haute pour nous et que nous devrons être à la hauteur dans les compétitions qui viennent. Maintenant, il faut changer quelque chose et mettre en place une idée différente pour essayer de gagner de belles choses. Nous avons suffisamment de joueurs de qualité pour y parvenir. Le processus de transformation et d'évolution dans la manière de jouer d'une équipe est quelque chose de fascinant. C'est ce que nous allons essayer de faire avec cette Argentine.

Prenons un point concret : les coups de pied arrêtés. Comment travaillez-vous cela au quotidien ?
C'est quelque chose de très important, mais en même temps, une équipe ne peut pas gagner un match sur coup de pied arrêté sans se créer d'occasions. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que le travail d'un entraîneur est de faire en sorte que son équipe négocie à la perfection les coups de pied arrêtés. Je me concentre d'abord sur le jeu.

Au cours des 18 mois à venir, vous allez jouer deux Copas América, les qualifications pour Russie 2018 et le Tournoi Olympique de Football Masculin. Les attentes vont être élevées, quasiment dès le début de votre mandat. Est-ce un problème ?
Non, au contraire, c'est une bonne chose. Les entraîneurs vivent de résultats, encore plus en Argentine. Le fait que les matches et les compétitions se succèdent à un rythme soutenu est une bonne chose. Cela permet d'être plus souvent en contact avec les joueurs et d'effectuer un travail plus stable et plus continu. C'est un grand avantage quand vous essayez de mettre en œuvre une certaine idée.