Le CV de Kei Kamara ne tient pas en quelques lignes. Aujourd'hui âgé de 30 ans, le Sierraléonais a déjà vécu un certain nombre d'expériences qui vous forgent un homme. Après avoir grandi dans un pays en proie à la guerre civile, il trouve refuge aux États-Unis à l'adolescence. Il entame alors des études universitaires puis, à l'âge de 20 ans, une carrière de footballeur professionnel. Brillant en MLS, il décide de tenter l'aventure en Angleterre. Il devient ainsi le premier footballeur de la Sierra Leone à faire trembler les filets de la Premier League. Cette expérience européenne est suivie d'un retour en MLS, où il occupe aujourd'hui la tête du classement des buteurs.

Dans le même temps, un documentaire a été réalisé sur sa vie, pour mettre en lumière un autre aspect de son travail : l'aide aux organisations caritatives qui sont à pied d'œuvre en Sierra Leone. Papa pour la deuxième fois cette année, il est également très présent dans les médias américains, auprès desquels sa personnalité ouverte et affable passe particulièrement bien. Les chaînes de télévision sont friandes de ses célébrations de but. Bref, Kamara est un homme comblé, à la fois bon, humble et heureux.

"Je ne changerais pas une virgule à l'histoire de ma vie", raconte l'avant-centre du Columbus Crew au micro de FIFA.com. "Je suis la somme de tout ce que j'ai vécu. Mon passé m'a appris le respect pour mon pays et le sens du sacrifice. Cela dit, je ne souhaite à personne de grandir dans l'environnement qui était le mien lorsque j'étais petit. J'ai eu la chance de trouver refuge aux États-Unis. Je serai éternellement reconnaissant à ce pays pour tout ce qu'il m'a donné. Aujourd'hui, j'essaie d'utiliser ma situation et mon exemple pour aider mon pays natal."

En termes footballistiques, "aider son pays" n'a pas toujours été une sinécure pour Kamara, en raison de difficultés non seulement économiques, mais également sanitaires avec l'épidémie d'Ebola, qui a longtemps empêché la sélection sierraléonaise d'évoluer à domicile. La maladie semble avoir été enfin éradiquée dans le pays natal de Kamara, ce qui permet aux Leone Stars de pouvoir se concentrer sur les qualifications pour la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF 2017 et la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™. Leur premier rendez-vous sera au mois d'octobre prochain, avec une confrontation en deux manches face au Tchad.

Le Ghanéen Sellas Tetteh est actuellement sélectionneur par intérim de l'équipe de Sierra Leone. Kamara n'a pas encore eu l'occasion de rencontrer le coach qui avait conduit son pays au sacre dans la Coupe du Monde U-20 de la FIFA 2009, mais cela ne l'empêche pas de souligner le potentiel de la sélection nationale. "Il y a toujours eu des joueurs talentueux dans notre pays, des joueurs qui sont aussi prêts à tout donner sur le terrain pour défendre les couleurs nationales. Mais tout n'a peut-être pas été fait pour exploiter au mieux ces ressources. Nous avons progressé, mais avec un peu plus de préparation, nous pourrions obtenir des résultats bien meilleurs..."

Kamara évolue depuis sept ans en équipe nationale. Il a parfois même porté le brassard. "Je suis toujours prêt à aider mon pays et j'essaie d'avoir un rôle de leader avec les Leone Stars. J'adore jouer dans cette équipe, car il y a une ambiance merveilleuse. Quand on met la musique dans le vestiaire, le courant commence à circuler entre nous tous."

Gagner le respect
La période dorée de la sélection sierraléonaise date des années 1990, où elle avait décroché les deux seules qualifications de son histoire pour la CAN. Plus récemment, les Leone Stars avaient impressionné en faisant un bond de 80 places au Classement mondial FIFA/Coca-Cola, après avoir notamment battu l'Afrique du Sud et l'Égypte. Pour rééditer de telles performances, il faudra d'abord obtenir un respect qui se fait parfois attendre. Kamara en sait quelque chose. En 26 matches de MLS cette saison, il inscrit 18 buts et donné sept ballons décisifs. Pourtant, il n'a pas fait partie de l'équipe type de la mi-saison en MLS. Les fans lui ont préféré des joueurs comme Steven Gerrard et Frank Lampard, qui n'ont encore jamais foulé les pelouses de la MLS...

De quoi décourager les footballeurs les plus endurants. Les passages de Kamara à Norwich et Middlesbrough, en Angleterre, ont eux aussi été quelque peu décourageants. Mais l'intéressé préfère retenir le côté positif. "C'est l'une des plus belles réussites de ma carrière. J'ai beaucoup appris dans ces deux clubs. J'aurais aimé jouer un peu plus à Norwich, mais le football est fait de beaucoup d'inconnues. Actuellement, je me sens au sommet de mon art. Je suis meilleur buteur de première division américaine. Que demander de plus ? Je suis un homme heureux."

Si l'équipe de Sierra Leone doit réaliser un exploit pour s'ouvrir les portes de Russie 2018, la perspective pour Crew de remporter la deuxième MLS Cup de son histoire semble beaucoup plus réaliste. Si cela devait arriver, l'année 2015 serait celle de toutes les réussites pour Kamara, qui vient de voir naître son deuxième enfant, une petite fille. "Elle est merveilleuse. Elle est mon porte-bonheur en ce moment."