Ambidextre, créatif, charismatique, Juan Barrera attire l'attention pour un certain nombre de raisons. Mais ce qui le différencie de tous ses compatriotes d'hier et d'aujourd'hui est qu'il a été le premier joueur nicaraguayen à signer dans un club européen. En avril 2015, à 26 ans, le meneur de jeu pinolero s'est embarqué à destination de l'Autriche. Mais le chemin jusqu'aux Alpes a été semé d'embûches pour le milieu de terrain de Rheindorf Altach.

Originaire d'une famille humble et travailleuse, Barrera n'a pas eu un parcours facile pour atteindre le haut niveau. À l'âge de cinq ans, il est forcé d'émigrer au Costa Rica en raison de la situation politique au Nicaragua. Il devra attendre dix ans avant de pouvoir retourner dans son pays natal. Entre-temps, ses parents ont divorcé. "Comme disait toujours l'un de mes entraîneurs : 'Dieu a créé le football pour les pauvres'. Depuis tout petit, j'ai toujours rêvé de jouer à l'étranger. J'ai été surpris quand on m'a dit qu'on s'intéressait à moi en Autriche. Certains entraîneurs m'avaient dit que j'avais le potentiel pour jouer en Europe, mais aucune vraie opportunité ne s'était présentée jusque-là. Quand j'ai signé, j'ai ressenti une joie immense. J'étais en train de réaliser l'un de mes grands rêves", explique au micro de FIFA.com le joueur d'1m75 qui, avant de signer en Autriche, portait les couleurs du Real Estelí au Nicaragua.

Ce transfert a marqué un tournant pour le natif d'Ocotal. Il est devenu une référence, ce qui lui a conféré des responsabilités… qu'il a acceptées très volontiers. "Je n'avais jamais porté le brassard en sélection et j'ai été très heureux de le faire, car ce sont mes coéquipiers qui m'ont choisi", assure-t-il. "Aujourd'hui, je représente mon pays à l'étranger et j'essaie de faire les choses le mieux possible pour que d'autres joueurs du Nicaragua suivent mon exemple et tentent leur chance eux aussi."

El Iluminado cherche désormais à faire profiter la sélection de l'expérience qu'il a acquise sur le Vieux Continent. "Chaque fois que je rentre au Nicaragua, j'essaie d'expliquer que le football est quelque chose de mondial. La nationalité ne veut plus dire grand-chose. La scène internationale n'est plus réservée aux Italiens, aux Anglais ou aux Argentins… Quand on est bon foot, peu importe d'où on vient. Je dis à mes coéquipiers en équipe nationale qu'ils doivent travailler et continuer de se battre. Ils doivent continuer à rêver aux grands championnats et essayer de les intégrer pour améliorer leur propre vie", poursuit Barrera.

Un projet nouveau… et solide
"Quand les choses commencent bien, en général elles se terminent bien également", explique Barrera quand on lui parle des bonnes performances du Nicaragua depuis quelque temps. "Le nouveau sélectionneur, Henry Duarte, a changé notre mentalité. Il nous a beaucoup fait travailler l'aspect psychologique. Nous avons progressé dans ce domaine. Notre équipe ne ressent plus de peur ou de nervosité en déplacement."

Au troisième tour des qualifications de la CONCACAF pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™, l'adversaire du Nicaragua est la Jamaïque, finaliste de la Gold Cup de la CONCACAF 2015. Au match aller à Kingston, Barrera et ses coéquipiers ont prouvé balle au pied qu'ils avaient réellement progressé sur le plan psychologique : ils l'ont emporté 3:2. "Après le travail effectué depuis quelques mois, nous savions que nous étions sur la bonne voie. Nous avons joué avec sérénité. Sur le plan individuel, j'ai ressenti que mon expérience en Europe m'avait beaucoup apporté. Je me sens plus mature, plus réfléchi. Je crois que cela profite aussi à l'équipe", analyse Barrera, qui a également joué dans les championnats du Panama et du Venezuela. "Nous avons profité de leurs erreurs et nous avons toujours mené au score. En deuxième période, nous avons un peu baissé de rythme à cause du climat. Il est toujours très difficile de jouer en Jamaïque, à cause de l'humidité."

Barrera est parfaitement conscient que rien n'est encore fait. Il reste 90 minutes à disputer. "Pour l'instant, nous n'avons encore rien gagné, mais nous sommes maîtres de notre destin. Ce match retour à Managua, nous allons devoir le jouer avec la même mentalité qu'à Kingston. Nous devrons nous battre. C'est le seul moyen."

À force de sueur, de larmes et de travail, Barrera s'est fait une place dans l'histoire du football national. Il voudrait maintenant aider le Nicaragua à trouver la sienne dans l'histoire du football mondial.