Nouvelle-Zélande. Les yeux de Marko Grujic s’illuminent à la simple évocation de ce pays. "J’ai probablement passé là-bas les 30 plus beaux jours de ma vie", confie-t-il à FIFA.com. Il n’a pourtant pas vu grand-chose des montagnes, des lacs et des forêts. Son mois en Nouvelle-Zélande s’est résumé à des allers-retours entre terrains d’entraînement, stades et chambres d’hôtel. Une routine qui résonne aujourd’hui comme un pur bonheur dans l’esprit du milieu de terrain de la Serbie. Que vaut le tourisme, après tout, quand on a écrit l’histoire ?

C’est exactement ce que Grujic et ses coéquipiers sont parvenus à faire, contre toute attente, lors de ce séjour. Leurs efforts ont apporté à la Serbie un premier titre mondial inattendu, au terme d’une finale palpitante face au Brésil. "C’était incroyable", se souvient Grujic. "J’avais rêvé pouvoir remporter un jour un aussi gros tournoi. Mais ce qui est arrivé, avec cette victoire en finale contre le Brésil, était tout simplement fantastique. Je sais que je ne l’oublierai jamais."  

Sacrés face aux Brésiliens grâce à un but à la 118ème minute, les Serbes n’auraient pas pu espérer mieux pour parachever leur campagne néo-zélandaise, où leurs quatre matches à élimination directe sont allés au-delà des 90 minutes. "Tous ces matches ont été serrés, mais je me souviens avoir eu à chaque fois le sentiment que nous allions l’emporter", raconte Grujic. "Nous avons marqué si souvent dans les dernières minutes que nous pouvions presque nous y attendre. Nous n’avons jamais rien lâché, nous pensions toujours avoir la possibilité de marquer et ça s’est vérifié jusqu’à ce but en prolongation qui nous a offert le titre."

Retour triomphale
Fier de la fréquence remarquable de ces succès de haute lutte, le sélectionneur serbe, Veljko Paunovic, avait alors déclaré être à la tête d’une horde de "21 lions". "Notre sélectionneur était formidable, quelqu’un de très agréable, et ça nous a beaucoup aidés dans les moments difficiles", explique le joueur de Liverpool. "Il essayait en permanence de nous transmettre sa passion et ça a vraiment payé. Les joueurs étaient également très proches en dehors des terrains et nous en avons puisé beaucoup de force. Ce qu'on a vu sur la pelouse venait de ce lien qui nous unissait et, au bout du compte, nous avons réalisé ce qu’aucune autre équipe serbe n’avait pu faire avant. Nous sommes toujours en contact les uns avec les autres", ajoute-t-il. "Je revois la plupart des joueurs avec les U-21 ou les A et nous reparlons encore et toujours de la Nouvelle-Zélande. Beaucoup sont partis en Italie, en Allemagne ou dans d’autres grands championnats. C’est agréable de voir vos amis réussir ainsi."

Avant de changer de club, les champions du monde serbes ont été accueillis en héros à leur retour, où plus de 50 000 personnes les attendaient sur une place de Belgrade noyée sous les chants et les fumigènes. Ces bouillants supporters ont cependant été moins gâtés dernièrement par l’équipe A, avec laquelle le lien s’est quelque peu brisé. "La pression est forte à l’heure actuelle sur l’équipe nationale car nous ne nous sommes pas qualifiés pour l’EURO 2016 ou la dernière Coupe du Monde", reconnaît Grujic, qui a rejoint les "grands" cette année. "Il y a un pessimisme ambiant, certaines personnes au pays ne croient plus en cette équipe. Le meilleur moyen d’enrayer cela est de renouer avec la victoire."

Apprentissage permanent
De nombreuses voix se sont forcément élevées en Serbie, après le succès néo-zélandais pour que les portes de la sélection s’ouvrent pour les héros U-20. Le milieu de terrain des Reds plaide néanmoins pour une approche plus mesurée. "Je ne pense pas que ce soit la solution à tous les problèmes, car une équipe constituée uniquement de jeunes, toujours en phase d’apprentissage, ne peut pas avoir immédiatement des résultats", reconnaît-il. "Beaucoup de joueurs de cette génération peuvent aider les A, mais nous avons également besoin de l’expérience des plus âgés." Déjà sous pression dans les qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 2018™, la Serbie devra trouver le bon équilibre. Plutôt mal partis avec un nul à domicile face à la République d’Irlande, les Serbes se sont rattrapés en s’imposant 0:3 face à la Moldavie la nuit dernière, mais un test d’envergure les attend face à l’Autriche.

Convoité par plusieurs grands clubs européens l’été dernier avant de s’engager avec Liverpool, Grujic voit son propre avenir avec optimisme. Jürgen Klopp semble en tout cas attendre beaucoup de sa jeune recrue, qu’il a récemment présentée comme un "joueur incroyablement doué techniquement". "L'entraîneur m’a dit que je devais améliorer mon travail défensif", souligne Grujic. "Je ne ménage pas mes efforts pour y arriver. Je sais que je suis encore jeune, que j’apprends en permanence et que je dois m’adapter au football anglais. Nous jouons très haut à Liverpool, en courant et en pressant beaucoup. J’ai regardé les statistiques et nous sommes la première équipe en Angleterre en termes de distance parcourue au cours d’un match. C’est une belle philosophie, qui fonctionne bien pour nous, mais elle est aussi exigeante et demande du temps pour s’y adapter et la maîtriser parfaitement", conclut-il.