Peu d'entraîneurs au monde peuvent se targuer d'avoir décroché autant de places d'honneur prestigieuses que Hector Cuper, actuel sélectionneur de l'Egypte. Il a notamment perdu deux finales consécutives de Ligue des champions de l'UEFA avec Valence, en 2000 et 2001. Sur le point d'offrir à l'Inter Milan son premier Scudetto depuis 1989, il a vu l'année suivante son équipe s'incliner 4:2 contre la Lazio lors de la dernière journée de la saison. La Juventus en a profité pour s'emparer du titre, le poussant à se contenter d'une cruelle deuxième place. Il avait déjà perdu auparavant deux finales de Coupe d'Espagne et de Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe sur le banc de Majorque, et n'avait pas eu plus de réussite dans son Argentine natale, en terminant à la deuxième place de la Primera Division avec Huracan.

Les trajectoires d'Hector Cuper et des Pharaons sont étrangement parallèles. Elles ont toutes les deux une fâcheuse tendance à frôler le succès pour buter finalement sur le dernier obstacle. Le septuple champion d'Afrique a échoué à se qualifier pour les trois dernières éditions de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF, après s'être fait surprendre par des adversaires plus modestes, comme la République centrafricaine et le Niger. Il semble surtout touché d'une malédiction en Coupe du Monde de la FIFA™, à laquelle il n'a plus participé depuis Italie 1990.

Cuper et l'Égypte étaient-ils donc faits l'un pour l'autre ? À en croire l'Argentin, l'ambition et la passion des Pharaons sont à la hauteur de ce qu'il cherchait. "La seule question que je me posais en arrivant ici était de savoir ce que les Égyptiens attendaient de moi", confie-t-il au micro de FIFA.com. "Ils avaient des objectifs élevés, à savoir se qualifier pour la Coupe du Monde et remporter la CAN après avoir connu quelques déceptions. Ces objectifs ne seront pas faciles à atteindre. Cela demandera du temps et beaucoup de travail. La pression est grande, mais je pense que nous en avons les moyens. Je n'aurais pas accepté l'offre qui m'a été faite si j'estimais que ce n'était pas le cas."

Cuper a choisi de tourner la page de la génération dorée qui a décroché trois titres continentaux consécutifs entre 2006 et 2010. Une tâche facilitée par l'émergence de nouveaux talents basés au pays. Les joueurs de Zamalek et Al Ahly Mostafa Fathi et Ramadan Sobhi apportent ainsi du sang neuf aux côtés d'éléments plus expérimentés, comme l'attaquant de l'AS Rome Mohamed Salah ou le milieu de terrain Mohamed El Neny, qui a récemment rejoint Arsenal.

"Nous avons un bon équilibre entre les jeunes et des joueurs d'expérience, dont certains évoluent dans les plus grands championnats européens", témoigne Cuper, qui s'est rapidement adapté à son nouvel environnement. "Je n'ai rencontré aucun problème depuis que je suis arrivé ici", explique-t-il. "Je me suis très bien intégré, les gens m'ont accueilli chaleureusement. Il existe ici une véritable passion pour le football. C'est ce dont rêve chaque entraîneur. Certains pays développés offrent de très bonnes conditions de vie, mais il leur manque cette passion, qui est une source de motivation importante. Être constamment sous pression est une bonne chose, cela montre que les gens s'intéressent au football et à ce que vous faites."

Des débuts prometteurs
Cuper a effectué des débuts prometteurs, du moins en termes de résultats. Ses Pharaons ont enregistré trois victoires et une défaite en quatre matches officiels et quatre succès en cinq sorties amicales. En tête de leur groupe de qualification pour la CAN 2017, ils ont décroché leur billet pour la phase de groupes de Russie 2018™ grâce à leur victoire 4:1 sur le Tchad au cumul des deux matches, après s'être donné quelques sueurs froides en s'inclinant 1:0 à l'aller. "Il n'y a pas d'adversaires faciles", note l'Argentin. "Nous devons respecter chaque équipe, quels que soient son classement et son histoire. L'Égypte a souffert lors de ses dernières campagnes de qualification après avoir laissé échapper des points lors de rencontres soi-disant faciles."

Les Égyptiens sont désormais tournés vers leur double confrontation décisive, en mars, face au Nigeria, deuxième du Groupe G des qualifications pour la CAN, avec quatre points. Ils attendent également de connaître le nom de leurs prochains adversaires sur la route de Russie 2018. "Je mentirais si je disais que je n'aimerais pas éviter certaines équipes lors du tirage au sort pour la Coupe du Monde, mais mon travail est que l'Égypte soit prête à affronter n'importe quel adversaire", affirme Cuper. "C'est à moi de faire en sorte que des équipes comme la Côte d'Ivoire, par exemple, en viennent à nous craindre."

"Je répète sans arrêt à mes joueurs que nous pouvons apporter du bonheur aux Égyptiens", conclut-il. "Beaucoup de gens souffrent au quotidien. Certains sont pauvres, d'autres au chômage. Le football est parfois pour eux leur seule bouffée d'oxygène."