Un changement d'entraîneur n'est pas nécessairement synonyme de renouveau. Age Hareide représente un bon exemple. L'ancien sélectionneur de la Norvège a pris la succession d'un collègue à la longévité exceptionnelle, Morten Olsen, à la tête du Danemark depuis plus d'une décennie.

Sélectionné à 50 reprises en équipe de Norvège, Hareide a fait ses preuves à ce niveau lors des cinq années passées à la tête de l'équipe nationale de son pays. À 62 ans, il ne manque pas d'expérience. Il a été sacré champion au Danemark, en Norvège et en Suède. Lors des deux dernières saisons, il a conduit Malmö jusqu'à la phase de groupes de la Ligue des champions de l'UEFA, un exploit qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait jamais réalisé auparavant. Seule une participation à la Coupe du Monde de la FIFA™ manque encore à son CV, que ce soit en tant que joueur ou comme entraîneur.

La perspective de relancer une équipe restée sur le carreau lors de ses deux campagnes de qualification et l'opportunité de découvrir enfin l'épreuve mondiale ont décidé Haeide à se lancer dans l'aventure.   

M. Hareide, pour quelles raisons avez-vous choisi de relever ce défi ?
Le Danemark fait partie des grands pays de football en Scandinavie et je sais que la génération actuelle ne manque pas de talent. Ce pays produit régulièrement de bons joueurs. En ce moment, il existe un bon équilibre entre les joueurs expérimentés qui gagnent leur vie à l'étranger et des jeunes ambitieux qui commencent à percer. À ce stade de ma carrière, je considère ce poste comme le défi idéal.

Vous avez déjà travaillé au Danemark par le passé, notamment en remportant un titre avec Brondby en 2002. Ces bons souvenirs ont-ils pesé dans la balance au moment de faire votre choix ?
Sans aucun doute. J'ai travaillé aux quatre coins de la Scandinavie et j'ai passé de très bons moments à Brondby. C'est un club ambitieux, qui comptait beaucoup d'internationaux dans ses rangs. Ce que j'aime particulièrement, c'est que le Danemark est un vrai pays de football. Le football est le sport national et les gens se passionnent pour leur équipe. C'est très important. J'aime travailler dans ce genre d'ambiance. 

Vous succédez à une légende du football danois, Mortel Olsen, en poste pendant 15 ans. Cela donne-t-il une dimension supplémentaire au défi que vous devez relever ?
Oui, certainement. Je connais très bien Morten. J'ai le plus grand respect pour lui depuis l'époque de nos matches sur la scène internationale. Plus récemment, j'ai eu l'occasion de dialoguer avec lui en tant que collègue. Sa conception du football me plaît. Un entraîneur veut toujours faire les choses à sa façon, mais je sais que cette équipe s'appuie sur des bases solides, grâce au travail réalisé par Morten. De ce point de vue, j'ai beaucoup de chance.

Que ce soit comme joueur ou comme entraîneur, vous ne manquez pas d'expérience au niveau international. Est-ce un avantage au moment de prendre en main le Danemark ?
Ça devrait m'être utile. Pour un sélectionneur, les relations individuelles sont très importantes, bien plus que pour un entraîneur en club. Le temps vous est compté en équipe nationale. J'ai été à la place de mes joueurs et je sais donc ce que l'on ressent quand on représente son pays. Je pense que ça crée un lien. Je veux qu'ils soient en confiance, à l'aise. Dans l'idéal, ils doivent tenir des rôles qu'ils connaissent bien pour les occuper régulièrement en club. Je souhaite les mettre dans les meilleures conditions afin qu'ils puissent donner le maximum.

En qualifications pour la Coupe du Monde, le Danemark affrontera l'Arménie, le Kazakhstan, le Monténégro, la Pologne et la Roumanie. La qualification est-elle envisageable ?
Oui. C'est un groupe très intéressant. Pour commencer, tout le monde a compris que les "petites" équipes européennes ont énormément progressé. Si nous voulons prendre des points, il faudra se montrer vigilant à chacune de nos sorties. La Pologne et la Roumanie s'annoncent comme nos plus sérieux adversaires. Par chance, nous aurons l'occasion de les étudier de près pendant l'Euro. Si je parviens à faire évoluer mon équipe comme je l'entends, nous avons toutes nos chances.

En dépit de votre parcours, vous n'avez jamais participé à la Coupe du Monde. La perspective de disputer ce tournoi vous a-t-elle incité à accepter l'offre des dirigeants danois ?
Tous les joueurs ont envie de disputer un jour une Coupe du Monde et je ne fais pas exception à la règle. Je suis passé tout près avec la Norvège. Nous avons disputé les barrages en 2005, mais nous avons échoué face à la République tchèque, qui occupait à l'époque la deuxième place du classement mondial. J'ai vécu la même chose avec la Ligue des champions. J'ai manqué la qualification pour la phase de groupes à deux reprises, avec Brondby et Rosenborg. Quand j'ai enfin franchi ce cap avec Malmö, c'était merveilleux. Après être passé si près du but avec la Norvège, je serais ravi de gagner ma place aux commandes du Danemark.  

Cette expérience sera-t-elle la dernière ou comptez-vous continuer à entraîner jusqu'à 70 ou 80 ans ?
J'ai du mal à l'imaginer, mais qui sait ? En ce moment, je ne me projette pas au-delà de cette mission et des deux ou trois ans à venir. J'ai la chance d'être en bonne santé. Tant que ce sera le cas et que je prendrai plaisir à travailler, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Je n'ai pas accepté ce poste en pensant que ce serait le dernier. En football, tant que le succès est au rendez-vous, les offres et les opportunités ne manquent pas. Je continuerai tant que mon énergie et mon enthousiasme me le permettront.