Il serait compréhensible d’être quelque peu stressé dans le bus vous menant au stade pour votre baptême du feu en Coupe du Monde de la FIFA™. Pourtant, Paul Dolan, 20 ans en 1986, est imperturbable ce jour-là. Comme pour alimenter sa confiance en lui, le portier, à l’instar de ses coéquipiers, a la sensation de bénéficier du soutien du public mexicain. Depuis le car qui les conduit à l’Estadio Leon, ils voient des fans aztèques s’agiter sur le chemin du convoi. Mais en y regardant de plus près, ces supporters leur lancent un message légèrement impertinent avant leur entrée en lice face à la France, championne d’Europe en titre. "En fait, les supporters nous annonçaient le nombre de buts qu’ils nous voyaient prendre. Il y avait de gros chiffres : sept, huit, voire plus..., se souvient Dolan au micro de FIFA.com.

Mais Dolan, qui défend les cages pour le plus grand match de l’histoire de son pays, va déjouer tous ces pronostics. "Je me souviens que la préparation du match n’était pas évidente. On allait jouer en altitude contre l’un des favoris de la Coupe du Monde, mais je me sentais serein", assure-t-il. "J'ai effectué un échauffement très professionnel et je me suis concentré sur ma mission. Dans le couloir très étroit qui mène au terrain, on s’est retrouvés à observer les champions d’Europe. Franchement, plus que de la nervosité, on ressentait de l’excitation, on avait hâte d’y être."

Le gardien ne s’attendait sûrement pas à débuter cette rencontre historique quelques mois auparavant. Mais le démantèlement de la North American Soccer a conduit l’habituel numéro 1, le plus expérimenté Tino Lettieri, à disputer la Major Indoor Soccer League. Or son équipe, les Minnesota Strikers, ont atteint la finale du championnat, programmée fin mai, ce qui l’a privé des matches de préparation pour la Coupe du Monde. "J’ai assez bien joué au cours de la préparation, si bien que le sélectionneur Tony Waiters m’a fait confiance", raconte Dolan.

Courte défaite, longue absence
Pendant 79 minutes, il va s’interposer devant les tentatives des Luis Fernandez, Michel Platini, Jean Tigana et autres Jean-Pierre Papin. Hélas pour les hommes de Waiters, Papin va finir par briser les espoirs nord-américains en inscrivant l’unique but de la rencontre. "On travaillait les uns pour les autres, on était très en forme et très organisés. On avait la sensation de pouvoir rivaliser avec les autres équipes. Cette courte défaite face à la France n’était pas une surprise totale", estime-t-il.

Malgré son excellente prestation lors du premier match, Dolan sera contraint de laisser sa place à Lettieri, de retour en forme, pour les deuxième et troisième rencontres des Canucks. "Je ne ressens aucun regret et aucune rancœur en y repensant", soutient le dernier rempart. "J’ai le plus grand respect pour Tony Waiters. Je n’ai jamais remis son choix en question. J’aurais adoré jouer, mais on m’a donné ma chance et j’en ai profité."

Les Canucks ont été éliminés après la phase de groupes sans avoir marqué de but ni pris de point, mais ils ont au moins laissé leur empreinte pour leur première et jusqu’ici unique participation à la Coupe du Monde. Dolan fait donc partie d’un cercle très fermé à avoir représenté le pays sur la plus prestigieuse des scènes. "J’étais jeune et insouciant et je pense que ça m’a aidé. À 20 ans, je me disais que j’y reviendrais quatre ans plus tard, puis huit, 12, 16 ans plus tard, que je pourrais jouer cinq Coupes du Monde. Bien sûr, je n’y suis jamais revenu...", regrette-t-il dans un sourire. "La NASL a représenté une énorme opportunité pour les Canadiens d’évoluer tous les jours au contact d’excellents professionnels. Ce championnat a disparu juste avant la Coupe du Monde et du coup, nous n’avions plus vraiment de compétition dans laquelle les joueurs pouvaient progresser. Ce n’est qu’avec le lancement du MLS, en 1996, que nos joueurs ont de nouveau pu fréquenter ce niveau, tout du moins au niveau domestique."

Dolan, qui fait désormais partie du staff technique de Canada Soccer, espère pouvoir ramener son pays en Coupe du Monde, même si - encore une fois - on ne l'y attend pas...