En arrivant aux commandes de la République de Corée en septembre 2014, l'Allemand Uli Stielike a dû entreprendre d'importants travaux de reconstruction. Il faut dire que l'élimination au premier tour de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™ avait laissé des traces. Le nul 1:1 contre la Russie, et les deux défaites - 4:2 contre l'Algérie et 1:0 contre la Belgique - ont rapidement scellé le sort des Guerriers Taeguk. Dernière de son groupe, l'équipe la plus performante dans l'épreuve mondiale a dû faire ses valises à l'issue de la première phase.  

Un an et demi plus tard, la République de Corée a retrouvé des couleurs. Elle s'est invitée en finale de la dernière Coupe d'Asie des Nations de l'AFC, perdue face à l'Australie, pays hôte, sans toutefois démériter. Cette tendance à la hausse s'est par la suite confirmée dans les qualifications pour Russie 2018.  

À la veille du tirage au sort du troisième tour des préliminaires asiatiques, qui aura lieu le 12 avril à Kuala Lumpur, en Malaisie, FIFA.com a rencontré l'Allemand de 61 ans.

Uli Stielike, la République de Corée a facilement validé son billet pour le prochain tour de la compétition préliminaire avec huit victoires en autant de sorties, 27 buts pour, aucun but contre. Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Tous ces bons résultats n'étaient pas prévus. Par exemple, nous n'avions plus gagné au Liban depuis plus de 20 ans. Pourtant, nous nous sommes imposés 3:0 là-bas. Le Koweït est aussi un adversaire redoutable. Bien sûr, nous espérions terminer en tête, mais nous pensions que le chemin serait beaucoup plus difficile.

La République de Corée est-elle déjà en Russie ?
Nous avons réussi une belle année 2015 et pour cette raison, nous abordons les prochaines échéances la tête haute et portés par une formidable confiance. Compte tenu de nos récents résultats, je suis en droit d'attendre beaucoup de mes joueurs. J'ai donc de bonnes raisons de penser que nous serons du voyage en Russie.

Vous êtes en poste depuis un an et demi. Quel bilan tirez-vous à ce stade de votre mandat ?
Il est largement positif. Je ne dis pas ça uniquement à cause des résultats, je pense aussi à tous les aspects de mon travail de sélectionneur. Je suis très satisfait. Les retours des joueurs sont excellents. Les joueurs et l'équipe technique travaillent bien ensemble, même si les échanges passent par des interprètes. Ça fait plaisir.

Vous êtes champion d'Asie orientale, vice-champion d'Asie. Avez-vous atteint tous vos objectifs ?
Mon seul regret, c'est la finale de Coupe d'Asie perdue contre l'Australie en prolongation. Mais en réalité, on ne peut pas vraiment parler d'expérience négative. Nous avons abordé ce tournoi alors que nous étions encore sous le choc de notre Coupe du Monde ratée. Notre présence en finale constituait une petite surprise en soi. Globalement, l'année 2015 s'est très bien passée pour nous.  

Quel rôle votre équipe peut-elle tenir sur la scène asiatique ?
Nous avons prouvé que nous pouvons occuper une place importante, au même titre que le Japon. Nous n'avons rien à envier aux Japonais, dont les internationaux évoluent pratiquement tous à l'étranger. Les équipes nationales profitent de l'expérience des joueurs habitués à évoluer dans de grands stades. Nos internationaux basés en K-League n'ont pas les mêmes habitudes. L'année dernière, nous avons utilisé 45 joueurs en raison des nombreux tournois au programme. En Coupe d'Asie orientale, nous n'avons appelé aucun joueur expatrié en Europe. Nous avons maintenant une bonne idée du vivier dans lequel nous pouvons puiser. La phase de rodage est terminée. Il reste l'équipe olympique, qui peut et va encore produire un ou deux joueurs capables d'intégrer notre effectif.

La présence de la République de Corée à Rio en 2016 revêt-elle une importance particulière ?
Oui et nous avons tout fait pour être là. Nous avons libéré certains joueurs qui faisaient partie de l'équipe nationale. J'ai suivi un maximum de matches et j'ai même assisté au tournoi de qualification au Qatar. L'équipe olympique rassemble des joueurs d'une petite vingtaine d'années. Ils intéressent évidemment de très près l'équipe nationale.

Comment se fait-il que les sélections de jeunes n'aient jamais brillé dans les compétitions mondiales ? 
À ce niveau, nous avons souvent connu des problèmes physiques face à des sélections africaines ou sud-américaines. Il faut dire les choses comme elles sont. Dans ces conditions, ce n'est facile de jouer les premiers rôles. Nous essayons de contribuer à la popularité du football en proposant un jeu spectaculaire. Mais il nous reste encore énormément de travail à accomplir.

Vos internationaux sont dispersés aux quatre coins du monde. Comment faites-vous pour garder un œil sur chacun d'entre eux ?
Ça se traduit par de nombreux déplacements, des vols de 12 heures et du décalage horaire. Mais c'est une chance pour nos joueurs. Ils se rendent toujours disponibles pour l'équipe nationale. Ils sont contents à chaque fois qu'ils ont l'occasion de se retrouver tous ensemble. C'est comme une grande famille. Nous ne recevons jamais de refus. C'est incroyable de voir les sacrifices que ces garçons sont prêts à faire pour venir en sélection. S'ils le font, c'est avant tout parce qu'ils s'identifient à leur pays et à l'équipe nationale.  

Est-il difficile de mettre en place un style de jeu cohérent malgré le manque de temps passé en commun ?
Généralement, nous devons nous contenter d'une ou deux séances collectives. Dans ces conditions, on ne peut pas apprendre grand-chose. Notre travail se concentre sur la vidéo et sur la récupération, car les joueurs consentent de gros efforts pour venir nous voir. C'est seulement avant les grandes compétitions que nous pouvons étudier les choses plus en profondeur. Là, nous disposons de deux ou trois semaines pour travailler.  

Comment décririez-vous votre philosophie ?
J'essaye de composer avec les joueurs à ma disposition, plutôt que d'imposer un cadre strict. Nous avons souvent joué en 4-2-3-1, mais il nous est aussi arrivé d'évoluer en 4-1-4-1. Par le passé, nous n'avions pratiquement pas d'attaquant mais aujourd'hui, les choses ont changé heureusement. De toute façon, je regarde ce que les joueurs ont à m'offrir et j'essaye de m'adapter. Il est important à mes yeux que le joueur se sente bien au poste et dans le rôle qu'il occupe sur le terrain.

Vous avez déjà travaillé un peu partout dans le monde. La République de Corée est-elle votre meilleure expérience ?
C'est une expérience qui m'a marqué plus qu'aucune autre. Il n'y a pas de grandes stars dans cette équipe, mais beaucoup de joueurs en développement. Beaucoup évoluent en K-League et espèrent jouer un jour à l'étranger. Pour eux, l'équipe nationale est un tremplin.

Le football est-il très populaire en République de Corée ?
En ce qui concerne l'équipe nationale, on ne peut pas se plaindre. Les supporters sont derrière nous. Mais pour ce qui est de la K-League, nous sommes encore très loin de ce que l'on peut voir au Japon ou en Chine.

Votre carrière vous a mené aux quatre coins de la planète. Avez-vous reçu des offres en provenance d'Allemagne ?
Mon contrat court jusqu'en 2018. J'aurai 64 ans. J'ai toujours dit que je n'entraînerai pas jusqu'à 70 ans. Je ne me projette pas au-delà de 2018, mais je ne me vois pas revenir en Europe.