En général, une saison qui s'achève par un classement anonyme en milieu de tableau ne marque pas les esprits. Sans la perspective d'un titre, d'une qualification européenne ou d'une relégation pour faire monter l'adrénaline, l'exercice est vite oublié. Il n'en est pas de même cette année pour Mike Havenaar, qui a vu son rêve de prendre part à la prochaine Coupe du Monde de la FIFA™ se rapprocher considérablement. Malgré la modeste onzième place de l'ADO La Haye en Eredivisie néerlandaise, l'attaquant a retrouvé l'intégralité de ses moyens et, surtout, sa place en équipe du Japon. Une délivrance pour un homme qui a un temps douté de sa vocation de footballeur.

Vétéran de la Coupe des Confédérations de la FIFA 2013 au Brésil et figure incontournable des Samouraïs Bleus durant les préliminaires de Brésil 2014, le joueur d'origine néerlandaise s'attendait à ce qu'Alberto Zaccheroni le convoque pour la phase finale de l'épreuve suprême. Malheureusement, le technicien italien a choisi de se passer de ses services. Dans la foulée, Havenaar a pris une décision peu inspirée en quittant Vitesse pour Cordoba, un club où, de son propre aveu, "il y avait beaucoup de problèmes". Après six mois en Espagne, l'international nippon a bouclé l'année 2014 sans club.   

Mais le plus dur était encore à venir. Début 2015, Havenaar était toujours au chômage. Son moral et son physique ont fini par s'en ressentir. "J'avais du mal à me maintenir en forme et je devais gérer beaucoup de choses sur le plan psychologique", confie-t-il. "J'étais démotivé et j'avais de plus en plus de mal à reprendre. Mais l'essentiel, c'est que j'ai refusé de baisser les bras. Je me suis remis à jouer au football." Finalement, un club finlandais lui a tendu la main. Havenaar a rejoint le HJK Helsinki après trois mois d'errance. Il lui a cependant fallu un temps d'adaptation. Après des débuts en fanfare devant 70 000 spectateurs à Bernabeu, son premier match en Finlande n'a attiré que 1 200 curieux au stade Rovaniemi.

"Les premiers mois ont été très durs", poursuit le natif d'Hiroshima, une ville où le thermomètre descend rarement en-dessous de zéro contrairement à la capitale finlandaise. "Mais au fond, peu importait. J'ai repris goût au football. Quand j'étais plus jeune, mon père me répétait sans arrêt que footballeur était le plus beau métier du monde. Je suis d'accord. J'ai retrouvé un club et je me suis mis au travail. Mes efforts n'ont pas tardé à payer."

Revenir sur ses pas
Le conseil de son père l'a aidé à retrouver son chemin. Clin d’œil du destin, le fils Havenaar n'a pas tardé à atterrir sur des terres familières. "J'ai reçu une belle offre de l'ADO, l'ancien club de mon père", raconte Mike. Son père Dido avait effectivement débuté son parcours à La Haye. "Il m'a dit que c'était un bon club, avec des supporters passionnés. Il était enthousiaste. C'était bien", glisse l'attaquant japonais dans un sourire au moment d'évoquer ce nouveau tournant.

"Là-bas, beaucoup de gens se souviennent de mon père. C'est amusant de voir les vieilles photos dans le stade et au musée. Mon père avait vraiment une drôle de coupe de cheveux à l'époque." Les parallèles entre la carrière de Mike et celle de son père sont nombreux. Le premier a ainsi fait ses débuts aux Yokohama F Marinos alors que le second était entraîneur des gardiens.

"Ça n'était pas évident", reconnaît l'attaquant non sans quelques hésitations. "Les autres joueurs savaient que mon père était entraîneur. Ils ne pouvaient pas se permettre de faire des commentaires dans le vestiaire." Sa situation n'était pas sans évoquer celle d'un enfant qui fréquenterait une école où son père travaille comme enseignant. "Mais ça ne me dérangeait pas vraiment. De toute façon, ça n'a duré qu'un an ou deux."

En dépit d'un physique digne d'un gardien de but (1m94), Mike n'a jamais eu envie d'enfiler les gants pour marcher sur les traces de Dido. "Enfant, j'adorais toucher le ballon mais je n'avais pas envie de le stopper. Quand je n'étais pas à l'école, j'allais assister aux entraînements de mon père. Une fois qu'il avait terminé, il se mettait dans le but et il me laissait tirer. C'est sans doute pour ça que je suis devenu attaquant."

Curieusement, ses racines néerlandaises n'ont pas vraiment facilité son adaptation à Vitesse. "Je ne comprenais pas tout ce qu'on me disait. Jusque-là, mes parents étaient les seuls à me parler en néerlandais ! Les gens qui s'adressaient à moi avaient tous un accent bizarre… je ne comprenais rien. Pendant quelques semaines, je me suis demandé si j'étais vraiment aux Pays-Bas. J'essayais de parler néerlandais mais quand je n'arrivais pas à me faire comprendre, je passais à l'anglais."

De retour chez les Samouraïs
Son retour au pays lui a au moins permis de retrouver son instinct de buteur. Avec un but tous les deux matches en moyenne, Havenaar brille dans un 4-3-3 qui le met en valeur. Ses statistiques ont convaincu Vahid Halilhodzic de le rappeler en équipe du Japon, où ses talents de pivot font de lui un joueur aussi rare que précieux. L'intéressé semble en tout cas convaincu de pouvoir apporter quelque chose aux Samouraïs Bleus.

"Le coach préfère voir ses équipes jouer le contre. Ça change", explique Havenaar. "Il parle beaucoup à ses joueurs. Il tient à ce que les titulaires sachent que, s'il me fait entrer en jeu, ils devront centrer plus souvent. Il est très didactique. J'espère imposer mon physique en sélection, gagner des duels et tenir un rôle de pivot. Mais si je veux rester, je sais que je vais devoir me mettre en évidence et marquer des buts."

Après avoir participé à la qualification du Japon pour le Tour 3 des préliminaires de Russie 2018, Havenaar estime que les Samouraïs Bleus partiront favoris dans le Groupe B, malgré les nombreux défis à relever. "Les EAU font partie des équipes qui montent, grâce à une nouvelle génération pleine de talent. L'Irak reste une référence à ce niveau et l'Australie compte parmi les poids lourds du continent."

L'ancien attaquant de Ventforet Kofu est évidemment particulièrement motivé à l'idée de faire partie du voyage en Russie, lui qui était en tribunes pour suivre Corée/Japon 2002. Il n'avait alors que 15 ans. "Je suis allé voir Angleterre-Argentine. Je me souviens encore du penalty de Beckham." En ce temps-là, son père travaillait justement au Sapporo Dome. "J'ai aussi pu assister à la victoire 8:0 de l'Allemagne sur l'Arabie Saoudite. Miroslav Klose avait marqué trois buts. Il y a eu aussi Italie-Équateur. C'est fantastique de voir ces grands joueurs évoluer sous mes yeux."

Et de conclure : "À mon âge, je crois que Russie 2018 représente ma dernière chance de jouer une Coupe du Monde. Tous les enfants en rêvent. J'aimerais vraiment saisir cette opportunité car je crois qu'elle ne se représentera pas"