La formule "touche-à-tout, mais bon à rien" contient à la fois un compliment et une critique. On reconnaît chez son destinataire un certain nombre de compétences, mais on déplore chez lui l'absence d'une vraie identité. Quand FIFA.com lui demande ce qu'il pense de l'expression, l'international américain Geoff Cameron lance sans hésiter : "Je pense que ma polyvalence est un avantage. Ça me permet d'avoir plus de temps de jeu".

Cameron homme à tout faire ? La liste des postes auxquels il a joué donne l'impression que la bonne question à lui poser serait : à quelle position n'a-t-il pas évolué ? Arrière central, latéral gauche, latéral droit, demi récupérateur, milieu gauche, milieu droit et même neuf et demi : la liste n'est pas exhaustive, mais presque. L'intéressé se charge de compléter lui-même : "J'ai même joué comme vrai avant-centre dans les situations un peu désespérées".

Pour résumer, disons que le seul poste que Cameron n'a pas occupé en tant que footballeur professionnel est celui de gardien. "Quand j'étais petit, j'ai dû jouer gardien", s'empresse-t-il de faire remarquer, avant de préciser que la polyvalence est une vertu qui comporte ses propres pièges : "Quand on commence à un nouveau poste, le plus difficile est d'adopter le bon rythme pour la position concernée. Il faut être très concentré pour faire les réglages le plus vite possible. Sinon, vous pouvez vous retrouver très rapidement à côté de la plaque".

Cameron est un accro du terrain. "Quand j'étais gamin, je n'avais qu'une chose en tête : jouer au foot. À l'école, en éducation physique, peu importe où, je pensais au foot." Il raconte ensuite comment il a disputé son premier match en tant que professionnel comme avant-centre, lors d'un match amical à Hawaï. "Avant ça, j'avais toujours été défenseur. Je savais que je devais aller devant, gagner le ballon et essayer de créer le danger. J'en étais convaincu. J'avais juste envie de jouer, peu importe où. Je voulais être sur le terrain."

Sacrifice et leadership
Footballeur altruiste, Cameron est probablement le plus à son aise en charnière centrale, où il peut exprimer à plein son tempérament  de leader. Ses qualités font de lui un joueur qui colle parfaitement à l'éthique de travail de la sélection américaine. Il sait en outre aller créer le surnombre sur les coups de pied arrêtés et a déjà marqué quelques buts sur ce genre d'action.

"Je fais ce que j'estime être nécessaire à l'équipe. Il faut savoir se sacrifier, oublier son ego et aider l'équipe", dit-il avec le ton de celui qui ne cherche pas spécialement à faire plaisir au journaliste mais qui, tout simplement, sait de quoi il parle.

Cette attitude lui a permis de voyager loin, très loin de la banlieue ouvrière de Boston où il est né. À l'âge de 31 ans, Cameron est l'un des leaders d'une équipe des États-Unis dont l'objectif est de se qualifier pour Russie 2018, même si le chemin est plus tortueux que prévu. Cameron est l'un des rares joueurs américains à évoluer dans l'un des grands championnats du Vieux Continent. Sa polyvalence et son dévouement lui ont permis d'obtenir la confiance de deux entraîneurs successifs à Stoke City, en Premier League anglaise.

Le proverbe dit : "Sure, but can he do it on a cold rainy night in Stoke?" (Il est fort, mais réussirait-il à faire la même chose une nuit froide et pluvieuse à Stoke ?). Quand on souffle le dicton à Cameron, il éclate de rire. Il sait très bien à quoi on fait allusion. "Le stade est sur une colline depuis laquelle on peut voir toute la ville", décrit-il au sujet d'une enceinte qui a sa réputation chez les joueurs et les fans anglais. "Je ne sais pas exactement pourquoi, mais le vent s'engouffre dans le stade et le traverse si bien que dès qu'il pleut ou qu'il neige, il fait vraiment très froid sur le terrain et dans les tribunes. Très froid."

Tête froide avec les États-Unis
Pour ceux qui douteraient encore de la rigueur du climat les soirs de pluie ou de neige à Stoke, Cameron ajoute : "Il m'est déjà arrivé de me dégeler les pieds avec un sèche-cheveux à la mi-temps".

Les conditions météorologiques étaient diamétralement opposées vendredi dernier dans les Petites Antilles, où les États-Unis étaient opposés à Saint-Vincent-et-les-Grenadines dans les qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™. À cette occasion, Cameron a évolué en charnière centrale aux côtés de Matt Besler. Les Américains l'ont emporté 6:0, dans un stade traditionnellement réservé au cricket et sous une chaleur étouffante. À une journée du terme du quatrième tour de ces préliminaires en Amérique du Nord, centrale et Caraïbes, les États-Unis ne sont toutefois pas encore assurés de décrocher leur billet pour le tournoi hexagonal final de la zone. Ils doivent cette situation précaire à un match nul contre Trinité-et-Tobago et à une défaite surprenante contre le Guatemala.

"Nous ne sommes pas obsédés par le fait d'avoir notre destin entre nos mains. La seule chose qui nous intéresse, c'est de gagner les matches qui nous restent", dit-il en référence à la confrontation à venir en Floride contre Trinité-et-Tobago. Une victoire, un match nul voire une courte défaite suffiraient aux États-Unis pour s'ouvrir les portes du dernier tour des qualifications de la zone pour Russie 2018. Mais le Guatemala n'a pas dit son dernier mot. "Nous voulons terminer premiers et nous réussissons bien à domicile. Nous voulons gagner."

Avec sa polyvalence et son expérience, Cameron est certain d'être sur le terrain mardi, comme il l'est souvent du reste. Il est le joueur parfait pour un entraîneur, Jürgen Klinsmann, qui se retrouve à la tête d'une sélection en pleine transition. "Je me considère comme un leader maintenant", poursuit Cameron. "Il faut quelqu'un pour diriger les plus jeunes et leur dire ce qui va, ce qui ne va pas, et quand il faut serrer les coudes. Quand vous n'avez pas l'expérience d'un certain niveau, ça peut vous mettre la pression. Je veux être l'un des gars sur lesquels on peut s'appuyer dans ces moments-là", conclut-il.