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"Au-delà du légendaire." C’est ainsi que Sir Alex Ferguson avait décrit ses exploits. Pourtant, la plupart des jeunes fans de football ne sont sûrement pas familiers avec le nom d’Harry Gregg, ici en photo. Leurs aînés se souviendront peut-être qu’à l’époque de ce cliché, il n’était ni plus ni moins que le gardien le plus cher du monde et qu’il avait justifié ce statut lors du baptême du feu de l’Irlande du Nord en Coupe du Monde de la FIFA™. Gregg avait déjà joué un rôle fondamental dans la qualification de son équipe pour l'édition suédoise aux dépens de l’Italie et du Portugal. Ses prestations dans les cages avaient ensuite permis aux siens d’atteindre les quarts de finale, ce qui lui avait valu d’être élu meilleur gardien de la compétition.

Pourtant, l’ancienne star de Manchester United est surtout restée dans les mémoires pour son comportement héroïque dans la catastrophe aérienne de Munich. Ce 6 février 1958, le portier avait sauvé la vie de plusieurs amis et d’autres passagers en les extirpant de l’appareil en feu. S’il s’était montré peu enclin à évoquer son rôle, qui avait permis de limiter le nombre de victimes d’un accident qui en avait fait 23, d’autres s’en sont chargés pour lui, parmi lesquels George Best. "Le courage est une chose", avait déclaré le compatriote de Gregg, qui nettoyait les crampons du gardien à Old Trafford. "Mais ce qu’Harry a fait ce jour-là dépasse le courage. C’était de la bonté à l’état pur."

Cet événement tragique et traumatisant a eu lieu quatre mois à peine avant la Coupe du Monde. En plus du décès de huit des coéquipiers mancuniens de Gregg, la catastrophe en a gravement blessé un autre, son compatriote Jackie Blanchflower, contraint de mettre un terme à sa carrière à 24 ans. L’Irlande du Nord perd là l’une de ses vedettes.

Réputation renforcée
 Gregg lui-même a du mal à retrouver son meilleur niveau au cours de la préparation pour la compétition. Cela ne va pourtant pas l’empêcher de conserver ses cages inviolées lors de la victoire 1:0 face à la Tchécoslovaquie, pour ses débuts et ceux de son pays dans l’épreuve mondiale. Mais il garde le meilleur pour le match de groupe décisif face aux tenants du titre ouest-allemands. Multipliant les interventions héroïques, il contribue au nul 2:2 des siens, qui leur permet de poursuivre leur chemin. Ce cliché est précisément tiré de ce match où on le voit encaisser un but d’Uwe Seeler. Pourtant, ce dernier gardera en mémoire le remarquable gardien des outsiders, qui "bondissait comme une panthère" et "arrêtait tout".

Gregg paie cependant la facture de ses exploits sous la forme d’une blessure qui le contraint à déclarer forfait face à la Tchécoslovaquie. Norman Uprichard, sa doublure, se montre excellent lors de ce match mais il le termine dans un plus sale état encore. Au coup de sifflet final, le deuxième gardien nord-irlandais quitte le terrain en boitant bas, victime d’une déchirure des ligaments du genou et de la cheville, mais aussi d’une fracture de la main.

Contraint de marcher à l’aide d’une canne depuis sa blessure, Gregg doit reprendre du service en quarts de finale contre la France. C’est à Norrköping, face à des Bleus portés par leur recordman buteur Just Fontaine, que l’aventure des néophytes prendra fin. Mais les Nord-Irlandais et leur gardien vedette pourront rentrer chez eux la tête haute, avec une réputation solidement renforcée.