FIFA.com a rencontré Keagan Dolly, milieu de terrain de l’Afrique du Sud et de Montpellier, à quelques heures d’une double confrontation entre les Bafana Bafana et le Sénégal, décisive pour la qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™.

Il évoque la saison en cours du MHSC, son adaptation à la France depuis son arrivée en janvier dernier, et les raisons qui l’ont poussé à quitter le football sud-africain, où il bénéficiait d’un statut de star, pour se retrouver - pour l’instant - remplaçant en Ligue 1, même s’il l’assure : "Mon heure viendra…"

Keagan, comment jugez-vous le début de saison de Montpellier? Est-il meilleur que ce que vous attendiez ?
Tout à fait. Surtout que quand je suis arrivé, tout ne marchait pas aussi bien que ce que nous avions espéré. Mais cette saison, nous jouons un meilleur football, nous marquons des buts, et nous obtenons les résultats du travail effectué. Mais sur un plan personnel, j’aimerais jouer plus, participer davantage, et être plus impliqué dans les résultats de l’équipe. Je suis très heureux si l’équipe est bien, mais je le serais encore plus si je participais plus.

Comment s’est passée votre adaptation au football français, et à la vie en France?
Je suis plutôt bien adapté. Les six premiers mois étaient un peu difficiles, mais je suis désormais prêt à jouer. Mais aujourd’hui, l’équipe joue bien, et c’est plus difficile pour moi de me faire une place. L’entraîneur a trouvé sa formation et lui fait confiance. Je le comprends. Mais mon heure viendra, et ce jour-là, je ferai de mon mieux pour rester dans l’équipe.

Avez-vous connu des difficultés pour vous intégrer ?
Le plus difficile, ça a sans doute été le style de jeu. En Afrique du Sud, on joue beaucoup en une-deux, en passes rapides. En France, j’ai dû m’adapter à un jeu plus direct, plus fixé sur le résultat. C’était l’une des choses les plus difficiles, ainsi que la langue. Ça a été difficile de comprendre ce que l’entraîneur voulait, ce que mes coéquipiers attendaient de moi. Mais j’ai pris des cours, et j’ai commencé à comprendre quelques mots, et au fur et à mesure, j’ai fini par comprendre beaucoup mieux mes coéquipiers.

Avant de rejoindre Montpellier, vous étiez l’un des joueurs-phares du football sud-africain, et vous étiez nominé au titre de Joueur Africain de l’Année 2016. Aujourd’hui, vous êtes loin des projecteurs et remplaçant en Ligue 1. Comment vivez-vous le contraste entre ces deux situations ?
La raison pour laquelle j’ai quitté l’Afrique du Sud et rejoint la France, c’est parce que je voulais sortir de ma zone de confort, et grandir en tant que joueur. Je pensais que si je restais en Afrique du Sud, j’allais stagner et rester le même joueur. Mais en venant en Europe, j’apprends beaucoup, j’acquiers beaucoup d’expérience, et je pense devenir un meilleur joueur. Maintenant, j’attends juste que ma chance se présente et je devrai la saisir.

Votre arrivée en France européen peut-elle inciter davantage de joueurs sud-africains à tenter leur chance en Europe ?
Par le passé, nous avons eu quelques bons joueurs sud-africains en Europe, notamment en Angleterre, en Allemagne, ou aux Pays-Bas. Et pour moi aujourd’hui, il s’agit de suivre leur exemple et faire en sorte que plus d’équipes européennes aillent voir en Afrique du Sud. Mais je ne le pends pas comme une pression. Je dois juste donner le meilleur de moi-même pour montrer la qualité des joueurs sud-africains, et tenter d’inspirer les jeunes joueurs pour leur montrer que si moi je l’ai fait, eux aussi peuvent le faire.

Parlons de votre sélection. Malgré votre statut de remplaçant en club, le sélectionneur Stuart Baxter vous a appelé pour les deux matches décisifs à venir contre le Sénégal. Cette marque de confiance vous motive-t-elle ?
Au vu de mes matches précédents avec la sélection, l’entraîneur sait ce que je peux apporter à l’équipe. C’est toujours une bonne chose d’être appelé en équipe nationale, même si je joue peu avec mon club. Nous n’avons pas parlé particulièrement de ma situation avec Stuart Baxter, mais je suis sûr qu’il sait ce qu’il fait. C’est une importante marque de confiance qu’il m’appelle pour les deux matches importants que nous avons à jouer. Cela signifie qu’il croit en moi et en ce que je peux apporter.

Pour vous qualifier pour Russie 2018, vous devez gagner les deux matches contre le Sénégal, favori du groupe. Est-ce plus facile de préparer ces rencontres en sachant que vous n’avez aucune pression, et que personne n’attend de vous un tel exploit ?
Tout dépend seulement de nous maintenant, et on ne doit pas se préoccuper des résultats des autres équipes. Il faut juste entrer sur le terrain sans se poser de questions et gagner ces deux matches. C’est la situation parfaite, parce que tout ne repose que sur nous. Battre le Burkina Faso (3:1) nous a donné la confiance dont nous avions besoin pour les deux matches à venir. Mais il faut avant tout se concentrer sur le premier en Afrique du Sud, et ne pas déjà penser à la difficulté du deuxième à l’extérieur. Essayons de gagner ce match là et d’en tirer de la confiance avant d’aller au Sénégal.

Lorsque vous jouiez aux Mamelodi Sundowns, vous aviez été éliminé de la Ligue des champions de la CAF 2016 avant d’être réintégré suit à l’élimination sur tapis vert de l’AS Vita Club. Finalement, vous aviez remporté la compétition. Cette situation peut-elle vous servir pour croire à un nouveau miracle ?
Nous pouvons nous server de cette situation comme une motivation. Après notre dernière victoire contre le Burkina Faso, nous avons maintenant deux rencontres à jouer suite à la décision administrative de rejouer le match contre le Sénégal, et nous pouvons tourner cette situation en notre faveur. Nous croyons en nos chances. Pour certains d’entre nous qui ont joué aux Sundowns, nous avons été dans cette situation, où tout semblait perdu, et nous avons finalement remporté le trophée. Si nous jouons de la même manière que contre le Burkina Faso, nous pouvons accomplir un miracle.

Ces dernières années, l’Afrique du Sud est bien organisée et joue plutôt bien, mais semble avoir des problèmes à la finition. Comment expliquez-vous cette situation ?
Ce n’est pas seulement notre équipe nationale, c’est un problème qui touche tout le football sud-africain. On perd notre lucidité quand on se retrouve face au but, nous avons tendance à prendre trop de temps pour prendre la décision finale, ou pour attendre la bonne position de tir. Mais avec les trois buts que nous avons inscrits contre le Burkina Faso, nous avons réalisé que nous étions capables de faire les bons choix face au but, et ça peut nous aider à marquer plus.  Il faut en tout cas continuer à jouer notre style de jeu et nous créer des occasions. Plus nous nous créerons  d’occasions, plus nous avons de chance de marquer et de gagner.

Pour terminer, si on vous dit…

… Ligue des champions de la CAF 2016 ?
Le meilleur sentiment possible ! Nous savions que nous devions marquer dès le match aller à domicile parce quoi qu’il arrive, nous étions sûrs que le retour serait dur en Egypte, dans un stade plein. Nous avions fait l’essentiel en gagnant 3:0, pour jouer en contre à l’extérieur (défaite 0:1). Quand le coup de sifflet final est arrivé, je ne me souviens même pas de ma réaction, mais je sais que la sensation qu’on a ressentie, c’est quelque chose que je vais chérir pour le reste de ma vie.

… Coupe du Monde des Clubs 2016 au Japon ?
Une magnifique expérience. Un niveau différent de football. Venant d’Afrique du Sud, et jouer à ce niveau, ça m’a ouvert les yeux et m’a donné envie de concourir plus régulièrement avec les meilleures équipes du monde. Cela m’a fait réaliser que j’avais vraiment envie d’aller en Europe pour m’en rapprocher.

… Tournoi Olympique de Football, Rio 2016 ?
Rien que d’être aux Jeux Olympiques, ce n’est pas quelque chose qui est donné à beaucoup de footballeurs. Être capitaine de mon équipe, jouer contre Neymar, et obtenir un match nul, c’était quelque chose d’hors du commun. La même année, gagner la Champions League, jouer la Coupe du Monde des Clubs, et jouer contre le brésil aux Jeux Olympiques, c’était la meilleure de ma vie.

… Laurent Blanc, Carlos Valderrama, Olivier Giroud, Eric Cantona… ?
De grands joueurs qui ont joué pour Montpellier, qui ont réalisé de grandes choses, et joué pour d’autres grandes équipes. C’est une des raisons qui m’ont fait pencher pour Montpellier, un club avec une riche histoire et qui a permis à ces joueurs de grandir. J’espère que mon nom s’ajoutera un jour à cette liste.

… Steven Pienaar?
Nous venons du même quartier, et on nous a souvent comparés. Il a toujours été mon modèle, quelqu’un que j’ai toujours admire depuis mon plus jeune âge, mais c’est surtout un modèle pour tous les Sud-Africains.

… Coupe du Monde de la FIFA 2010 ?
La meilleure chose qui soit jamais arrivée au football notre pays. Des stades pleins, des gens du monde entier qui apprennent à connaître l’Afrique du Sud, et tout le pays rassemblé.

… Coupe du Monde de la FIFA 2018 ?
J’espère que j’aurai la chance d’aider mon pays à se qualifier. J’ai déjà connu les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde des Clubs, et je ne rêve plus que de connaître une Coupe du Monde.