Il y a ceux qui prennent la voie rapide : débuts prometteurs, confirmation au haut niveau, et place assurée parmi les étoiles. Mais tout le monde n’a pas la chance de s’appeler Pelé, Lionel Messi ou Wayne Rooney et de briller dès son plus jeune âge dans une grande équipe pour ne plus jamais quitter le devant de la scène. Parmi les "autres", les moins chanceux, il y a Maxime Chanot qui, jusqu’à juillet dernier, n’avait pas l’habitude de côtoyer les vedettes, avant de partager son quotidien avec Patrick Vieira, David Villa ou Andrea Pirlo.

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Un Luxembourgeois au milieu de champions du monde, erreur de casting ? "J’apprends tous les jours de ces joueurs et de cet entraîneur qui ont une carrière exceptionnelle", savoure Chanot au micro de FIFA.com, qui nage dans le bonheur aux côtés de son entraîneur français et de ses coéquipiers espagnol et italien au New York City FC. "Ce qui m’a impressionné, c’est leur force de travail. Ils sont les premiers à l’entrainement et ils partent quasiment les derniers. Malgré leur talent, ils montrent que sans travail, on n’y arrive pas. Si on veut aller au haut niveau, il faut allier les deux et ce sont les parfaits exemples. Aujourd’hui, je vis ce dont j’ai toujours rêvé, tout ce pourquoi j’ai commencé le foot quand j’étais enfant."

Mais pour cet enfant, le scénario qui prend aujourd’hui des allures de conte de fées, n’avait que peu de chances de finir en happy end, avec la perte de son père à l’âge de cinq ans, et un caractère turbulent qui lui vaut des problèmes disciplinaires aux centres de formation de Nancy, puis Reims. "J’ai une carrière un peu atypique, parce qu’elle a eu du mal à décoller et ça a pris du temps pour trouver un environnement qui me permette de me lancer. Mais aujourd’hui, j’ai trouvé une stabilité et c’est ce qu’il faut retenir", raconte celui qui décroche son premier rôle - et un contrat professionnel - à Sheffield Wednesday en 2007, avant de réaliser qu’il s’est peut-être rendu au mauvais casting.

Erreur de casting
Deux saisons chez les Blades, entrecoupées de deux prêts à Mansfield Town et Hamilton Academical, pour 18 matches au total, et clap de fin. Retour en France et aux seconds rôles, au Mans puis Gueugnon, où les difficultés sportives se mêlent à la réalité de la vie : salaires impayés, situation précaire, et obligation de sous-louer son appartement et de retourner vivre au centre de formation pour faire rentrer quelques dizaines d’euros. "Il faut être honnête. Si j’avais eu vraiment le niveau, j’aurais percé et j’aurais peut-être fait carrière en Angleterre", admet le défenseur de 27 ans. "Mais j’étais jeune, et quand on joue défenseur central en Angleterre, il faut beaucoup d’expérience. Après, il y a eu des mauvais choix. Mon retour en France a été une erreur. J’aurais dû être patient, et c’est ce qui a fait que j’ai galéré les années qui ont suivi. Ça a été préjudiciable pour ma carrière jusqu’à ce que j’arrive à trouver une porte de sortie."

Les propositions de blockbusters n’affluent pas, mais Chanot accepte aussi les productions à petit budget. Le White Star Bruxelles lui en offre une, en deuxième division belge, et Maxime y regonfle son moral et ses ambitions, rejoignant successivement Beerschot et Courtrai à l’échelon supérieur, au point de devenir un des meilleurs défenseurs du Plat Pays, et d’être appelé en sélection luxembourgeoise à partir de 2013. "J’ai cerné qu’une carrière de footballeur était compliquée. A partir du moment où on accepte qu’il y a des hauts et des bas, on sait que dans les moments difficiles, il ne faut pas lâcher et que le travail paiera tôt ou tard", commente-t-il aujourd’hui, alors qu’il est devenu un cadre des Lions Rouges et a été recruté par Patrick Vieira lui-même, séduit par ses performances lors de ses cinq saisons belges.

S’il n’a pas encore atteint le haut du box-office, - "J’ai envie d’aller encore plus haut, je n’ai que 27 ans, ça me laisse encore de belles années", estime-t-il -, Chanot a désormais l’occasion de côtoyer le gratin de la planète football. Un but contre Gianluigi Buffon pour un historique match nul contre l’Italie (1:1), et un autre contre les Pays-Bas en qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 2018™ (1:3) le propulsent sur le devant de la scène, mais dans son sillage, c’est toute la sélection qui franchit un palier.

Les lourdes défaites ne sont plus une évidence et, surtout, le Grand Duché progresse dans le jeu. Fini le bus garé devant les cages, les Luxembourgeois savent faire autre chose lorsqu’ils ont le ballon dans les pieds que de le dégager le plus loin possible. "Les gens qui sont venus nous voir jouer il y a quatre ou cinq ans seraient surpris. On ne se cache pas, on ne reste plus à dix derrière", assure Chanot, né en France, mais qui a choisi de défendre les couleurs de sa famille maternelle, et qui défiera son pays de naissance le 25 mars prochain. "Certes, on reste le Luxembourg, donc on sait qu’on va quand même subir les matches, mais dans l’approche, nous sommes complètement différents d’il y a quelques années."

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Le haut de l’affiche
Si le scénario des matches a effectivement changé, reste à convertir ces progrès en tickets d’entrée dans les grandes compétitions. Ou au moins s’en rapprocher. "C’est dommage parce que les résultats ne reflètent pas les matches qu’on fait. Au classement, on n’a qu’un point et les gens qui ne regardent pas nos matches doivent se dire que le Luxembourg reste une petite équipe. On ne mérite pas d’être résumés à ce total de points", regrette l’homme aux 22 sélections, dont les rencontres perdues de justesse contre la Bulgarie (3:4) ou la Suède (0:1). "Ce qui nous manque, c’est un peu d’expérience, des joueurs qui arrivent à gérer les temps forts et les temps faibles, ce que nous avons encore du mal à faire. Et surtout, il nous manque une pépite, ce joueur qui fait la différence, qui peut marquer au moment où il y en a besoin. Quand on est à 3:3 ou 0:0, marquer le but vainqueur. Mais ça viendra peut-être avec le temps. On a des bons jeunes joueurs qui sont en train de pousser."

Il faudra donc attendre avant de voir le Luxembourg sur le devant de la scène, mais Chanot sait mieux que personne que même les moins bien lotis peuvent partager le haut de l’affiche avec les plus grands, à condition de se montrer persévérant. "Le football est un sport qui demande de la patience. C’est parfois mal compris de la part des supporters ou des gens extérieurs au terrain. On reste un petit pays avec beaucoup moins de joueurs et de qualité intrinsèque que les grandes nations. Ce serait présomptueux de dire qu’on est capable de se qualifier, mais pourquoi pas commencer à faire de belles campagnes qualificatives, en termes de points. Ce sera un bon début de prouver que l’écart avec les bonnes équipes s’est rétréci."

La preuve : qui aurait dit que le second rôle luxembourgeois fréquenterait un jour des têtes d’affiche de la Coupe du Monde ? "Quand on a connu le vinaigre, on est obligé d’apprécier le miel ! Je suis content d’avoir connu ces galères, parce que j’ai le sentiment d’apprécier encore plus ce que j’ai aujourd’hui et ce que j’ai fait pour y arriver", conclut Chanot. "Je suis content avec ce que j’ai, même si je pense avoir encore une marge de progression. En football, on veut toujours connaitre ce qu’il y a un peu plus haut. Mais ma vie et ma carrière m’ont appris une chose : de ne pas écrire de scénario à l’avance." 

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