Le meilleur souvenir de Dennis Lawrence datant de la Coupe du Monde 2006 peut surprendre. Il ne s'agit pas des efforts du longiligne défenseur de Trinité-et-Tobago pour neutraliser un jeune Zlatan Ibrahimovic et un moins jeune Henrik Larsson, avec à la clé un match nul contre la Suède, à Dortmund. Ce n'est pas non plus le match contre l'Angleterre, où le Petit Poucet Soca Warriors est passé tout près de faire trébucher l'ogre anglais, qui comptait dans ses rangs un certain David Beckham.

"Je sais que ça paraît bizarre, mais le meilleur moment, pour moi, n'a même pas eu lieu en Allemagne", explique Lawrence, récemment nommé sélectionneur de son équipe nationale, au micro de FIFA.com. En fait, cela ne s'est même pas passé sur un terrain de football. "C'est quand nous sommes sortis de l'avion après la victoire en barrage à Bahreïn, qui nous avait qualifiés pour notre première Coupe du Monde. J'avais l'impression que tout le pays nous attendait."

Un hall d'arrivée rempli de supporters qui agitent des drapeaux pour accueillir une équipe de football victorieuse : la scène n'est pas si rare. Mais pour Lawrence, et pour cette petite nation des Caraïbes, l'événement revêtait un sens particulier. "C'est la première fois que je voyais le pays faire la fête de façon aussi unie", se souvient celui dont la carrière de joueur s'est principalement déroulée en Grande-Bretagne, à Wrexham et chez les Gallois de Swansea City. "Je n'oublierai jamais ce moment."

Dans un pays composé de deux îles - l'une petite et calme, l'autre plus grande et plus développée - la division est la norme. La conjonction de coordination "et" entre les noms des deux îles le rappelle constamment. Mais le terme le plus utilisé par Lawrence est "unité". Lors de sa grande première comme sélectionneur national, l'ancien capitaine, avec ses 89 capes, compte bien s'appuyer précisément sur la notion d'unité pour relancer son équipe après les deux défaites concédées au cours des deux premières journées du tournoi Hexagonal qui fait office de qualifications de la CONCACAF pour Russie 2018.

Foi et unité
"Le principal défi est de faire en sorte que les garçons continuent d'y croire", poursuit Lawrence, entraîneur-adjoint de Wigan lorsque le club anglais a gagné la FA Cup en 2013 et entraîneur des jeunes d'Everton après cela. À 42 ans, l'homme a des idées bien arrêtées sur les méthodes à utiliser dans la formation des jeunes. Posé dans sa façon de faire, humble dans son discours, il a également le courage de ses convictions. Il a en outre fait appel à une ancienne légende d'Arsenal, Sol Campbell, pour renforcer un encadrement technique trié sur le volet. "Nous allons être notre plus grand adversaire. Nous avons atteint l'Hexagonal, donc nous ne sommes pas ici pour rien. Nous devons comprendre ça. Dans un bon jour, nous pouvons battre n'importe laquelle des cinq autres équipes du groupe."

Peu de Trinidadiens savent ce que cela veut dire de se qualifier pour une Coupe du Monde. Lawrence fait partie de ce cercle restreint. Il a fait les sacrifices et relevé les défis nécessaires, marquant même le but de la qualification mondialiste - l'un des cinq qu'il a réussis au cours de sa carrière internationale - lors du barrage retour à Bahreïn. Mais, humilité oblige, il ne s'en vante pas. "Je pense que c'est moi qui ai marqué", plaisante-t-il. "De la tête."

Trinité-et-Tobago est alors devenue la plus petite nation à se qualifier pour une Coupe du Monde. Mais depuis, les choses se sont compliquées pour les Soca Warriors. Récemment, deux défaites à domicile contre le Suriname et Haïti leur ont coûté la qualification pour la Gold Cup de la CONCACAF de l'été 2017. Cela a également mis fin, après seulement 35 jours, à la présence de l'ancien sélectionneur Tom Saintfiet à la tête de l'équipe.

Dans l'effectif actuel de Trinité-et-Tobago, seuls Kenwyne Jones et Carlos Edwards étaient présents à Allemagne 2006. Lawrence va avoir besoin de ces deux vétérans pour encadrer une nouvelle génération prometteuse à l'image de Levi Garcia, un petit phénomène qui évolue dans le championnat des Pays-Bas et n'avait que dix ans lorsque ses aînés goûtaient au parfum de la Coupe du Monde. "Ils ont eux aussi vécu ça. Il faut qu'ils arrivent à montrer l'exemple, pour que les plus jeunes leur emboîtent le pas."

Un illustre prédécesseur
Sur le banc, l'artisan de la qualification de Trinité-et-Tobago pour Allemagne 2006 avait été un Hollandais haut en couleur, qui fumait cigarette sur cigarette. "À mes yeux, Leo Beenhakker n'a pas d'équivalent du point de vue de l'influence de l'entraîneur sur l'équipe. Sa façon de se conduire, sa discipline et sa manière de gérer les joueurs étaient incroyables." Beenhakker a été le destinataire du premier coup de fil passé par Lawrence après sa nomination à la tête de l'équipe nationale. "Il m'a simplement répondu : 'Tu es prêt, alors vas-y et fais le boulot'."

Ce que Lawrence désire le plus au monde, c'est de voir son pays uni sous un seul drapeau, comme il l'était sur le tarmac de l'aéroport Piarco International fin 2005. "Je sais ce que cela veut dire de représenter ce pays comme joueur. Je connais notre culture. Je sais comment donner et obtenir le respect", déclare celui qui refuse de voir dans le prochain rendez-vous de son équipe, à domicile contre le Panama, un match couperet.

Comme cela s'était produit un beau jour de novembre 2005 à l'aéroport, il veut que les joueurs et les supporters de Trinité-et-Tobago ne fassent qu'un. "Ça ne m'intéresse pas que les joueurs visent la victoire pour la victoire. Nous ne sommes pas l'Angleterre ou le Brésil. Mais nos supporters ont une façon bien à eux d'apprécier le football. Ils aiment le succès et nous voulons leur permettre d'y goûter une nouvelle fois."