• Aujourd’hui âgé de 28 ans, Julio Tavares n’est passé professionnel qu’en 2012
  • Ancien champion régional de pétanque, le buteur de Dijon a joué une saison gardien de but
  • Le Cap-Vert a perdu ses deux premiers matches dans son groupe de qualification pour Russie 2018

Il y aurait presque de quoi déprimer. Lorsque FIFA.com rencontre Julio Tavares, son club du Dijon FCO est encore engagé dans la lutte pour le maintien, et on prédit au promu un retour immédiat à l’étage inférieur. Dans le même temps, sa sélection du Cap-Vert est en mauvaise posture dans le dernier tour des qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018 avec deux défaites en deux matches.

Mais malgré les difficultés, Tavares a toujours une raison de positiver. "C’est du football, donc quelle que soit la situation, ça reste un plaisir", explique-t-il calmement, sans savoir encore que son club décrochera son maintien lors de la dernière journée. "Tous les jours, ça reste un plaisir. Personnellement, je n’aurais jamais cru être professionnel il y a quelques années, donc même pour jouer le maintien, c’est un rêve de jouer en Ligue 1."

Car avant de rejoindre la Bourgogne et d’y signer son premier contrat professionnel en 2012, le Cap-Verdien n’avait aucune raison de s’imaginer un avenir balle au pied. Et presque aucune envie. Il est même quasiment forcé par l’entraîneur et le président de son club de CFA, Bourg-en-Bresse Péronas, de tenter sa chance à l’étage supérieur tant ils voient en lui un potentiel trop élevé pour le football amateur.

Pétange et gants
"De nombreux joueurs se préparent depuis tout jeunes en centre de formation pour être là un jour. Moi non, c’était surtout du plaisir avant tout", insiste celui qui n’en a jamais pris autant que lorsqu’il jouait avec ses copains dans son village de Montréal-la-Cluse, en marge de son autre passion : la pétanque. " J’ai commencé la pétanque pour le plaisir avec quelques amis, et au fur et à mesure, on a atteint un bon niveau", raconte Julio, qui trouve un parallèle entre les deux  disciplines. "Ça demande de la précision et de la concentration, ça se retrouve un peu quand on est devant le but. Mais ça s’arrête là ! Il y a beaucoup plus de choses auxquelles il faut s’adapter dans le foot que dans la pétanque. On a beaucoup moins de temps pour prendre une décision."

L’appel du stade est finalement plus fort que celui du boulodrome, mais Tavares n’en a pas fini avec les détours avant de trouver sa voie. "J’ai commencé comme joueur de champ, mais pendant un an, j’ai dépanné comme gardien de but", révèle-t-il. "Je me suis rendu compte qu’on avait énormément de responsabilités. En tant qu’attaquant aussi, mais le gardien a encore moins le droit à l’erreur." Et lorsque la saison suivante, l’attaquant du club se blesse, devinez qui dépanne encore en pointe pour ne plus en bouger ?

Passé de la quatrième division de district à Ligue 2 en quatre ans, Tavares fait parler la poudre à tous les étages au point d’éveiller l’intérêt du Cap-Vert, qu’il a quitté à l’âge de six ans pour s’installer en France. "Quand j’étais petit, je suivais les résultats de la sélection, mais sans jamais imaginer qu’un jour j’y serais", assure cet admirateur du Brésilien Ronaldo "J'ai eu la chance de faire quelques bons matches en Ligue 2, et Fernando Neves, qui jouait à Châteauroux, a parlé de moi au sélectionneur. C’est parti comme ça."

Être plus soudés
La suite ? Un premier match international contre le Ghana en novembre 2012, et une participation à la Coupe d’Afrique des Nations 2013 quelques semaines plus tard, la première de l’histoire du pays. L’Afrique découvre alors des Requins Bleus virevoltants qui atteignent les quarts de finale à la surprise générale. "Personne ne nous attendait, malgré le fait qu’on avait éliminé le Cameroun. Les gens pensaient que c’était un accident et qu’on allait juste faire de la figuration à la CAN", se souvient un Tavares un peu amer face à ce manque de considération.

Un bon parcours dans les qualifications pour la Coupe du Monde 2014 confirme la montée en puissance capverdienne, mais une CAN 2015 ratée, et une non qualification pour celle de 2017 brisent l’élan des Requins Bleus. "L’effet de surprise est passé, et il y a eu aussi un peu de relâchement de notre part", tente d’expliquer le Dijonais. "On n’a plus la même force qu’on a connue il y a quelques années. Il faut qu’on soit plus soudés, qu’on ne fasse qu’un, comme lors des moments où ça a marché."

Et il faut le faire vite, serait-on tenté d’ajouter. Car dans le troisième tour qualificatif pour Russie 2018, les Capverdiens ont perdu leurs deux premiers matches, contre le Sénégal et le Burkina Faso, et n’ont plus droit à l’erreur avant une double confrontation contre l’Afrique du Sud. "Il y a encore moyen de se qualifier, mais on sait que ce sera très compliqué", reconnaît Tavares. "Il faudra quasiment gagner tous nos matches, et en Afrique, c’est très compliqué, surtout à l’extérieur. Mais on va tout faire pour faire bonne figure, essayer de remonter au classement", conclut-il, avant d’insister une dernière fois sur le moteur de sa carrière : "Et surtout, se faire plaisir."